Les rois d'Ecosse - Maison de Dunkeld (1034-1290)


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Duncan Ier, roi d'Écosse (1034-1040)

Donnchad mac Crínáin
(gravure du xviie siècle)

Duncan Ier ou Donnchad ua Maíl Choluim est le fils de Crinán, abbé laïc de Dunkeld († 1045), et de Bethóc, fille du roi Malcolm II († 1034). L'hypothèse qu'il ait un frère, Maldred, qui aurait épousé une fille de Uchtred le Hardi († 1016), comte de Northumbrie est erronée selon Dauvit Broun1.

Duncan aurait été désigné de manière inhabituelle comme successeur ou tánaise par son propre grand-père, qui avait éliminé préalablement les héritiers potentiels de son cousin et prédécesseur Kenneth III d'Écosse. Les historiens anciens, à la suite de Jean de Fordun, ont souvent supposé que Duncan Ier avait été favorisé par son grand-père Malcolm II comme héritier du trône d'Écosse. 

Malcolm II meurt le 25 novembre 1034, il est le dernier descendant en ligne masculine de Kenneth Ier à posséder le royaume. Il n'est pas cependant le dernier membre masculin de la dynastie. Le Clann Duib, c'est-à-dire les descendants du roi Dubh († 966) continuent de manière ininterrompue la descendance masculine jusqu'au milieu de xive siècle mais peut-être qu'aucun adulte mâle descendant de Kenneth Ier n'est actif en 1034. Peut-être que Duncan est tout simplement un opportuniste car à cette époque réclamer une succession royale en ligne féminine est très inhabituel. Quoi qu'il en soit, quelques jours après la mort de Malcolm II, il est reconnu comme roi des Scots fin 1034.

La première expédition de Duncan en dehors de son royaume provoque la dévastation du Strathclyde par Eadulf III de Bernicie en 1038, qui étend peut-être son contrôle sur la Cumbrie et la région environnante avec comme conséquences que le Strathclyde est désormais ouvert à la pénétration des Northumbriens aussi bien qu'à celles des Gall Gaedhil, ce qui entame sérieusement son intégrité.

Fin 1039, Duncan, à la tête d'une grand armée, entreprend le siège de Durham, Les assaillants sont repoussés et attaqués pendant leur retraite. Duncan Ier réussit à s'échapper mais l'année suivante il doit également faire face à des problèmes dans le nord de son royaume. Alors qu'il mène une expédition dans le domaine de Macbeth le Mormaer de Moray qui avait épousé Gruoch, la fille de Boite mac Cinaeda probablement un frère de Malcolm II, Duncan Ier est tué « par les siens »  à « Both Gobhanán », identifié avec Pitgaveny, près d'Elgin, dans le en Moray le 14 août 1040. Il devait être âgé d'environ vingt-cinq ans.


Macbeth, roi d'Écosse (1040-1057)

Macbeth, peint par Jacob Jacobsz de Wet vers 1680

Macbeth ou en gaëlique Mac Bethad mac Findlaích est le fils de Findlaech mac Ruaidrí († 1020), roi de Moray, et probablement « nepos » c'est-à-dire neveu ou petit-fils, de Malcolm II († 1034). Il devient roi de Moray en 1032 quand son cousin Gille Comgáin mac Maíl Brigte est brûlé vif avec cinquante personnes de sa suite dans l'incendie de sa résidence, peut-être par ordre du roi Malcolm II mac Kenneth ou plus vraisemblablement de Macbeth.

Gille Comgáin et son frère Mael Coluim († 1029) avaient tué en 1020 Findlaech, le père de Macbeth. Macbeth épouse la veuve de Gille Comgáin, Gruoch, la fille de Boite mac Cinaeda, qui était probablement un fils de Kenneth II († 995).

Comme roi de Moray, Macbeth doit faire face au pouvoir grandissant de Thorfinn Sigurdsson comte des Orcades. La saga des Orcadiens, une source d'une fiabilité douteuse, relate comment un certain « Karl Hundason  » (dont l'une des identifications possibles est Macbeth) fait campagne sans succès afin d'asseoir son contrôle sur le Caithness et le Sutherland

Selon la Chronique Anglo-saxonne, MacBeth est l'un des trois rois, les deux autres étant Maelcoluim et un certain Jehmar, qui se soumettent temporairement à Knut le Grand en 1031. L'occasion de devenir roi mise à profit par Duncan Ier dans la crise de succession en 1034 est maintenant saisie par Macbeth qui devient roi des Scots. Le roi de Moray affronte finalement le nouveau roi des Scots, petit-fils de Malcolm II, Duncan Ier dont la campagne contre le Moray se termine en 1040 par sa défaite et sa mort lors d'un combat le 14 août contre Macbeth, à « Pitgaveny » près d'Elgin.

Quelles que soient les prétentions dynastiques de Macbeth, il est notable que son père, Findlaech, comme son cousin Mael Coluim, sont connus comme « rí Alban » lors de leurs obits dans les chroniques d'Irlande, même si la base de leur pouvoir semble avoir été limitée au Moray. L'accession au trône de Macbeth est peut-être simplement la prise de contrôle par le Moray du titre prestigieux de « rí Alban ».

Macbeth a également des domaines et de l'influence au-delà du Moray, peut-être par l'intermédiaire de son épouse Gruoch, qui est une descendante du lignage dominant issu de Kenneth Ier. Il est mentionné comme bienfaiteur du Céli Dé de Loch Leven, à qui lui et son épouse font des donations importantes en Fothriff dans l'ouest du Fife.

La royauté de Macbeth ne demeure néanmoins pas incontestée. En 1045, il défait et tue Crinán abbé laïc de Dunkeld, le père de Duncan Ier. Mais en 1050, la position de Macbeth lui semble suffisamment stable pour qu'il puisse effectuer un pèlerinage à Rome et où il « distribue de l'argent comme des semences pour les pauvres ».

Macbeth est aussi sensible à l'évolution du reste du monde et en 1052, il engage deux chevaliers normands à son service ; il est le premier roi d'Écosse à recruter de tels mercenaires. En 1054, il doit faire face à la compétition du fils de Duncan Ier maintenant devenu adulte, Malcolm Canmore, qui avec l'appui d'une puissante armée fournie par Siward de Northumbrie envahit l'Écosse. Un sanglant combat s'ensuit le 27 juillet, probablement à Dunsinane dans ce qui est aujourd'hui le Perthshire, à la suite duquel Macbeth est obligé d'abandonner à Malcolm une partie de son territoire. À partir de cette base, Malcolm se proclame prétendant au trône et tue Macbeth le 15 août 1057, dans un endroit localisé par les listes royales du XIIe siècle comme « Lumphanan » dans le Mar, c'est-à-dire près de la Dee dans l'actuel Aberdeenshire.

Le principal bénéficiaire de sa mort est son beau-fils Lulach qui devient roi. Son père, Gille Comgáin, avait été tué par Macbeth. Et il est possible que Macbeth ait finalement été vaincu par les fils des deux rois qu'il avait tués pour accéder au pouvoir. Une source postérieure et discutable avance qu'il a été inhumé à Iona.


Lulach,  roi d'Écosse (1057-1058)

Né vers 10312, Lulach est le fils de Gillacomgain mac Maelbrigte, mormaer de Moray depuis 1029, et de Gruoch, fille de Boite mac Cinaeda. Son père est tué en 1032, probablement sur ordre de Macbeth. Ce dernier lui succède comme mormaer de Moray et épouse Gruoch, devenant ainsi le beau-père de Lulach.

Lulach devient roi après la mort de Macbeth dans un combat contre Malcolm Canmore à Lumphanan, le 15 août 1057. Il est remarquable qu'après cette défaite, les partisans de Macbeth soient encore assez puissants pour imposer Lulach comme roi au détriment de Malcolm. En réalité, il est possible que Lulach n'ait été reconnu roi qu'en Moray, une région qui aurait résisté à l'invasion de Malcolm plus longtemps que le reste de l'Écosse. Dans ce cas, il est peu probable qu'il ait été couronné à Scone comme l'affirme Jean de Fordun.

Son règne ne dure que sept mois : il est tué par Malcolm le 17 mars 1058, à Essie, près de Rhynie, en Strathbogie dans l'actuel Aberdeenshire1. Les circonstances de sa mort sont incertaines : Fordun rapporte des traditions contradictoires qui le font mourir en bataille rangée, ou dans une embuscade (les Annales de Tigernach qualifient sa mort de « per dolum », « par traîtrise »)

Dauvit Broun suggère une autre interprétation des faits : Lulach et Malcolm auraient été dans un premier temps alliés contre Macbeth, responsable de la mort de leurs pères respectifs, avant de devenir rivaux après la disparition de leur ennemi commun. Nick Aitchison juge cette hypothèse peu probable.

Selon les sources, Lulach est inhumé à Iona ou bien non loin d'Essie, là où il est mort. Une tradition locale veut que la « Pierre de Luath », une pierre dressée située dans la paroisse de Tough, marque l'emplacement de sa tombe, mais il s'agit plus vraisemblablement d'un mégalithe préhistorique.


Malcolm III,  roi d'Écosse (1058-1093)

Portrait fictif de Malcom III.

Pendant le règne de Macbeth (1040-1057), qui a tué Duncan Ier pour s'emparer du trône, Malcolm est exilé à la cour d'Édouard le Confesseur, roi d'Angleterre, qui lui donne un petit fief dans le Northamptonshire.

En 1054, Malcolm avec une petite troupe accompagne l'armée du comte Siward, qui envahit l'Écosse par ordre du roi Édouard. Le 27 juillet les forces du comte défont Macbeth, à un endroit traditionnellement identifié avec la colline de Dunsinnan dans les Sidlaws, avec de lourdes pertes dans les deux camps. Cette victoire met Malcolm en possession de l'Écosse au sud du Firth of Tay. Trois ans plus tard le 15 août 1057, Malcolm tue Macbeth à Lumphanan, dans l'actuel Aberdeenshire.

Bien que le beau-fils de Macbeth, Lulach, soit accepté comme souverain par les Scots, Malcolm réussit à se faire reconnaître comme roi à Scone, le traditionnel lieu d'intronisation des souverains d'Écosse. Lulah est tué à son tour dans une embuscade dans les environs de Rhynie près de Strathbogie, le 25 mars 1058 et selon l'historien du xive siècle Jean de Fordun, Malcolm III lui succède alors sur le trône.

En plus d'une rencontre pacifique avec Édouard le Confesseur en 1059 lorsque Malcolm III est conduit au roi par Cynesige l'archevêque d'York, l'évêque Æthelwine de Durham et le comte Tostig, le premier des cinq raids de Malcolm en Northumbrie anglaise intervient en 1061, quand Lindisfarne est pillée. Depuis au moins 1018 la « Northumbrie écossaise » c'est-à-dire le Lothian et le Berwickshire font partie du royaume d'Écosse. Malcolm III semble être déterminé à annexer la Northumbrie comprise entre la Tweed et la Tees, cette ambition est une réponse à la revendication des Anglo-Saxons qui considèrent que le territoire entre la Tees et le Firth of Forth doit être sous leur souveraineté.

Avant 1070, le second et célèbre mariage de Malcolm III avec Marguerite († 1093), fille d'Édouard l'Exilé († 1057), et petite-nièce d'Édouard le Confesseur, est une conséquence de la conquête normande de l'Angleterre. En 1066, après la mort du « Confesseur » et l'accession de Harold Godwineson au trône anglais, Tostig, le frère de Harold et jusqu'en 1065 comte de Northumbrie où il avait succédé à Siward, complote avec Harlad Hardrada, roi de Norvège, et Malcolm, roi des Scots, pour détrôner Harold Godwineson et, sans doute partager l'Angleterre entre eux.

Bien que pendant l'été 1066 Tostig se réfugie chez Malcolm, et qu'il devienne son « frère juré », les Scots ne jouent aucun rôle dans la tentative d'invasion navale menée dans le Nord de l'Angleterre par Tostig et le roi de Norvège, qui se termine par la défaite et la mort des deux chefs de l'expédition le 25 septembre lors de la bataille de Stamford Bridge. Malcolm semble avoir vu dans la confusion qui suit la victoire de Guillaume de Normandie à la bataille d'Hastings une opportunité pour satisfaire ses ambitions en Northumbrie au sud de la Tweed.

La chronologie des événements survenus entre 1068 et 1071 est difficile à établir avec certitude, il semble toutefois que la résistance anglaise aux Normands voyait dans l'Écosse un refuge et un soutien militaire. Dans l'été 1068, Edgar Ætheling, qui portait les aspirations des nationalistes anglo-saxons, fuit à la cour d'Écosse avec sa mère Agatha et ses deux sœurs, Marguerite et Christine.

Une intervention écossaise dans le Nord est évitée lors de l'occupation d'York par le roi Guillaume Ier qui conclut un accord avec Malcolm III écartant ainsi la menace écossaise. Selon Siméon de Durham, au printemps 1070, Malcolm avec une grande armée effectue un raid au sud de Tweed. Il n'est pas certain qu'il voulait avec cette incursion tenter de soutenir la seconde révolte des Northumbriens, commencée après le meurtre en janvier 1069 de Robert de Comines, nommé par Guillaume Ier comte de Northumbrie car cette révolte avait été écrasée par le Conquérant dès Pâques 1070.

C'est à cette époque, vers 1069-1070, que Malcolm III épouse Marguerite, la sœur d'Edgar Ætheling. Cette union pouvait être considérée par Guillaume Ier comme un défi car elle signifiait que les héritiers du roi d'Écosse par ce second mariage pouvaient éventuellement prétendre au royaume anglais.

Relations avec les Normands

La politique agressive de Malcolm amène Guillaume Ier d'Angleterre à organiser une expédition en Écosse. En 1072, Guillaume Ier conduit une armée et une flotte vers le nord jusqu'au Firth of Tay, au cœur du royaume d'Écosse et reçoit l'hommage du roi des Scots à Abernethy. Sans doute à la suite de cette soumission, Edgar Ætheling, désormais isolé, fait la paix avec Guillaume le Conquérant qui le traite honorablement.

Malgré l'opportunité présentée par la révolte de Waltheof de Northumbrie en 1074-1076, Malcolm III demeure en paix avec Guillaume Ier jusqu'en 1079. Cette année-là, le roi des Scots mène son troisième grand raid dans le Northumberland, épargnant les domaines de l'église de Hexham sans doute en signe de révérence pour les saints locaux. Le Conquérant répond en dépêchant en 1080 vers le nord son fils aîné, Robert Courteheuse, avec une armée, mais Robert ne pénètre pas plus loin que Falkirk où il rencontre Malcolm III et obtient la confirmation de sa soumission de 1072. Robert achève seulement la construction d'un « château neuf » sur la rive nord de la Tyne, près du site du pont romain dit « pons Ælius ».

Malcolm III est très sensible à la question de son autorité sur la « Northumbrie écossaise » comme le montre un récit de Siméon de Durham dans son Libellus de exordio. Selon l'auteur, Turgot, qui sera ensuite le chapelain et confesseur puis biographe de la reine Marguerite d'Écosse avant d'être évêque de St Andrews, en association avec Aldwin, plus tard moine à l'abbaye de Hailes à Winchcombe dans le Gloucestershire, tentent de faire revivre la vie monastique dans l'abbaye de Melrose, peut-être dans les dernières années de la décennie 1070. Le roi d'Écosse demande alors aux moines anglais de lui prêter un serment de fidélité, et à la suite de leur refus, il les persécute de différentes manières jusqu'à ce qu'ils soient rappelés en Angleterre par l'évêque Walcher de Durham († 1080).

En 1087, après l'accession au trône de Guillaume II d'Angleterre, Duncan, le fils aîné de Malcolm, qui était otage en Angleterre depuis 1072, est armé chevalier par le nouveau roi avec qui il avait été élevé et qui lui rend sa liberté. Duncan choisit de résider le plus souvent à la cour anglaise.

En 1091 Malcolm III effectue un nouveau raid en Northumbrie jusque vers Durham. En représailles, une expédition navale et terrestre est montée contre lui par Guillaume II le Roux, mais elle doit faire face au mauvais temps qui détruit la flotte et fait des ravages parmi la cavalerie. Robert Courteheuse et Edgar Ætheling négocient une paix qui laisse à Malcolm III les domaines anglais qui lui avaient été concédés par le Guillaume le Conquérant, en contrepartie selon certaines sources, d'un hommage à Guillaume II le Roux.

Ce dernier semble inquiet de la fragilité de sa frontière avec l'Écosse car en 1092 il vient dans le Nord, expulse le gouverneur Dolfin et annexe Carlisle et son district, il y construit immédiatement une imposant château fort et installe dans la région des paysans anglais. Une information émanant de l'Historia regum de Siméon de Durham, qui indique qu'en 1070 la Cumbria est sous le contrôle de Malcolm III, « possédée non par le droit mais subjuguée par la force », démontre à la fois que la région est bien sous la domination du roi d'Écosse et comment les Anglais ressentent cette occupation. Le statut de la Cumbrie a en fait été longtemps disputé, si bien que la saisie par Guillaume II Rufus de Carlisle et de sa région ne constitue pas un événement sans précédent. Elle donne néanmoins à Malcolm III un sujet important d'animosité.

Relations avec les Orcades et le Moray

Par contraste avec les nombreux conflits relevés par la saga des Orcadiens sous le règne de son prédécesseur Macbeth, les relations de Malcolm III avec les souverains scandinaves des Orcades sont amicales. Vers 1065, il épouse sa première femme, Ingibjorg, qui était soit la veuve soit une fille du comte des Orcades, Thorfinn Sigurdsson. G.W.S. Barrow estime qu'elle est plus probablement une fille du comte car la mort de Thorfinn est généralement datée de 1064 ou 1065 et avec cette première épouse, Malcolm à deux ou trois fils, Duncan II, Domnall qui termine « sa vie de façon malheureuse » en 1085, c'est-à-dire tué par les « Hommes de Moray », et peut-être Malcolm, dont les naissances doivent être intervenues pendant la période comprise entre le milieu de la décennie 1060 et le second mariage du roi en 1069 ou 1070.

Les dynastes héritiers de MacBeth qui règnent de manière quasi indépendante sur la Moray contestent la royauté de Malcolm III. En 1078, Mael Snechta mac Lulaig, le fils de Lulach, était en rébellion, Malcolm II capture « sa mère et ses meilleurs hommes et ses trésors ». Une réconciliation suit au terme de laquelle Mael Snechta meurt paisiblement en 1085 après s'être retiré dans un monastère.

Fin du règne

Malcolm envoie des messagers à la cour du roi d'Angleterre à Gloucester à la fin d'août 1093, pour demander le traité de paix qu'on lui a promis. La négociation est menée par Edgar Ætheling, beau-frère de Malcolm. Le roi Guillaume II donne son accord pour une entrevue. Lors de son voyage vers le sud, Malcolm prend part le 11 août à la cérémonie de la pose de la première pierre de la nouvelle et actuelle cathédrale de Durham. Malcolm arrive à Gloucester le 24 août, mais le roi Guillaume refuse dédaigneusement de le recevoir et lui refuse aussi le traité, à moins que les barons anglais ne jugent de l'affaire eux-mêmes. Cette demande est bien sûr inacceptable pour Malcolm III qui serait traité comme un baron vassal et non comme un souverain indépendant.

Malcolm furieux, après avoir rendu visite à sa fille aînée Édith dans son monastère de Wilton, repart en Écosse, où il rassemble son armée. Il entre en campagne fin octobre, commet des ravages (unræde : méfaits) en Northumbrie et met le siège devant Alnwick. Il est accompagné d'Édouard, le fils aîné de son second mariage qu'il avait désigné comme son héritier, et d'Edgar, son fils cadet. L'armée écossaise trouve en face d'elle une petite armée anglaise commandée par Robert de Montbray, comte de Northumbrie, gouverneur de la forteresse de Bamburgh sur la côte. Les chevaliers anglais attaquent les Écossais par surprise sous les remparts d'Alnwick. Malcolm et Édouard sont tous deux tués, Malcolm III est abattu par Arkil Morel de Bamburgh, un neveu du comte, décrit comme son « frère juré », le 13 novembre 1093 ; il est aussi présenté comme l'intendant (stiward) de Robert de Montbray, lui-même « parrain » (godsib) de Malcolm. L'événement, appelé la bataille d'Alnwick a lieu le jour de la saint Brice. Édouard meurt de ses blessures quelques jours plus tard. D'après le récit du chroniqueur Orderic Vital, Malcolm s'en retournait en paix dans ses États, quand Robert de Montbray, son neveu Morel et des hommes armés l'assaillent à l'improviste et le tuent, lors même qu'il était sans arme.

Malcolm III est inhumé au prieuré de Tynemouth, sur les terres de Robert de Montbray. Son jeune fils, Edgar, apporte les nouvelles de la mort de son père et de celle de son frère aîné à Édimbourg où sa mère, la reine Marguerite, tombe malade épuisée par le régime de jeûnes qu'elle s'imposait et meurt de douleur le 16 novembre. Elle est inhumée dans l'église de sa fondation monastique de Dunfermline. C'est peut-être vers 1115 qu'Alexandre Ier fait exhumer les restes de son père et les fait transférer à l'abbaye de Dunfermline, dans l'église de la Sainte-Trinité, dont la construction vient de s'achever. Le 20 juillet 1250, les restes du roi Malcolm sont de nouveau transférés, ils sont réinhumés dans la chapelle Notre-Dame de l'abbaye de Dunfermline, derrière le chœur ; Malcolm rejoint là le sarcophage de son épouse, la reine Marguerite, qui vient d'être canonisée. Lors de la Réforme protestante en Écosse, vers 1580, les tombeaux seront saccagés et les sépultures profanées. Les restes de sainte Marguerite d'Écosse et de Malcolm sont transférés par Philippe II d'Espagne à l'Escurial près de Madrid où ils se trouvent encore.


Donald III  roi d'Écosse (093-1094).

Portait imaginaire de Donald III

Donald III, Domnall Bán ou Donalbane est né avant 1040, lorsque son père, le roi Duncan Ier, est tué dans un combat « à un âge immature ». Sa mère Suthen, est d'origine inconnue, et il a un frère aîné, Malcolm. Un autre frère putatif, Máel Muire, est uniquement attesté par la Saga des Orcadiens, et selon A.A.M. Ducan, cette relation familiale peut être considérée avec scepticisme. Une caractéristique physique peut être envisagée du fait de son surnom gaélique de « Domnall Bán », Donald « le Blond » c'est-à-dire « le Beau » mais il est communément attribué à l'époque. Après la mort de son père et la prise de pouvoir par Macbeth († 1057), Donald s'est sans doute enfui d'Écosse, mais aucune information relative à lui pendant les règnes de Macbeth et de Malcolm III n'a été conservée.

À la mort lors d'une embuscade le 13 novembre 1093 près d'Alnwick de Malcolm III et d'Édouard l'aîné des fils nés de son mariage avec Marguerite, fille de Édouard l'Exilé († 1057), les Scots choisissent Donald comme leur roi, les nobles écossais revenaient ainsi à la vieille tradition de la tanistrie en réaction avec la tendance anglophile du règne précédent. La Chronique Anglo-saxonne précise qu'il « chasse les Anglais qui avaient été avec le roi Malcolm » .

En effet Duncan, le fils aîné de Malcolm III par son premier mariage vivait depuis 1072 comme otage en Normandie et en Angleterre et était considéré par les scots comme de culture anglo-normande. L'élection de Donald III était aussi certainement une réaction contre Marguerite morte une semaine après son époux et son fils, ses autres fils que Donald III exile comme les anglo-saxons qui avaient émigré dans le pays à la suite de la reine.

Six mois après Duncan II, avec l'aide de Guillaume II d'Angleterre expulse Donald III en mai 1094. Donald se réfugie dans les Highlands et il rassemble des forces contre le nouveau souverain. Duncan II est incapable d'imposer son autorité en Écosse et doit renvoyer ses chevaliers normands et il est tué lors d'un combat le 12 novembre 1094, lors d'un retour offensif de Donald III, aidé semble-t-il par Edmund, le second fils de Malcolm III et de Marguerite. Edmund semble avoir alors partagé le royaume avec Donald ce dernier étant sans fils sans doute dans la perspective de lui succéder.


Edgar d’Écosse, dit le pacifique,  roi d'Écosse (1097-1107)

Dessin du sceau d'Edgar d'Écosse

Edgar est probablement le quatrième fils de Malcolm III et de sa seconde épouse sainte Marguerite d'Écosse, il est sans doute né à la fin de la décennie 1070 et il porte le nom du célèbre ancêtre de sa mère le roi Edgar d'Angleterre, il doit avoir été le fils qui a annoncé à sa mère la nouvelle de la mort de son père et de son frère aîné, Édouard, après leur défaite à Alnwick le 13 novembre 1093

Après la mort de sa mère et l'accession au trône de son oncle Donald III d'Écosse il se réfugie en Angleterre sous la protection de son oncle maternel Edgar Atheling. Il est probablement le « Edgar » qui appose sa marque sur la charte de son demi-frère Duncan II d'Écosse lors d'une donation à Saint Cuthbert en 1094. Il est sans doute de nouveau expulsé d'Écosse lors de la restauration de Donald III en novembre 1094.

Edgar ne peut obtenir le royaume d'Écosse qu'avec l'aide anglaise, que lui fournit en 1097, son oncle Edgar Ætheling, sur ordre du roi Guillaume le Roux, lorsqu'il envahit l'Écosse, défait Donald III lors d'une bataille et place Edgar sur le trône, comme « fidèle » de Guillaume le Roux; le frère aîné d'Edgar Edmund, allié et corégent de Donald III, est laissé en vie mais enfermé jusqu'à sa mort dans un monastère en Angleterre.

L'année suivante le roi Magnus III de Norvège, lors de sa première grande expédition vers les « îles de l'Ouest » navige des Orcades, vers l'île de Man, et Anglesey qu'il pille. Selon la saga, il décide alors, au lieu de faire la guerre à l'Écosse, de négocier avec le « roi Malcolm » une paix par laquelle il conserve toutes les îles de l'ouest de l'Écosse, c'est-à-dire les Hébrides, en y ajoutant Kintyre après qu'il a fait traverser par ses bateaux l'isthme de Tarbert. Les historiens considèrent que le « roi Malcolm » évoqué dans la saga est en fait Edgar et que le royaume de Man et des Îles trouve son origine dans cet événement mais il est douteux qu'aucun roi d'Écosse ait obtenu l'hommage pour les Hébrides et l'île de Man à cette époque.

En 1099, Edgar porte l'épée du roi anglais lors de la grande fête organisée pour l'inauguration du hall de Westminster. Il obtient également la libération de Robert, fils de Godwin de Winchester, à qui il avait donné un fief au Lothian, et qui avait été arrêté par les hommes de Rainulf Flambard, évêque de Durham, apparemment pour avoir cherché à construire un château sur le domaine épiscopal.

Edgar prive alors l'évêque du comté de Berwick, bien qu'un prieuré dépendant de l'église de Durham soit fondé à Coldingham quarante ans plus tard. Edgar n'assiste pas à l'ouverture de la tombe de Saint Cuthbert en 1104, mais il ajoute à ses donations Swinton dans le Berwickshire, ancienne possession d'un propriétaire terrien local, avec vingt-quatre bovins et le paiement annuel par les habitants d'un demi-merk d'argent.

Par ailleurs, Edgar avait donné le domaine d'Ednam à un certain Thor le Long, qui avec l'aide du roi l'avait développé et y avait construit une église dédiée à Saint Cuthbert. Vers 1105, Thor cède une partie de ce domaine à l'église de Durham pour « l'âme de mon seigneur le roi Edgar, les âmes de ses père et mère le salut de ses frères et sœurs et la rédemption de Lefwine mon frère bien aîmé... ». Des informations fragmentaires suggèrent que le Berwickshire a subi de sérieuses dévastations à l'époque de Malcolm III ou à celle de l'évêque Rainulf.

Les sièges épiscopaux de Saint Andrews et de Glasgow restent vacants pendant tout le règne d'Edgar mais il donne Portmoak, dans l'actuel comté de Perth and Kinross, au monastère de Culdee de Loch Leven et un domaine sur la côte nord du Firth of Forth au prieuré et future abbaye de Dunfermline, fondé par sa mère, où l'archevêque de Canterbury envoie à sa demande des moines. C'est probablement Edgar qui rétablit cette fondation familiale après son effondrement sous le règne de Donald III. L'attitude du roi vis-à-vis de l'église reste toutefois difficile à cerner et est peut-être liée à ses relations avec le roi d'Angleterre.

Edgar n'entretient pas avec le nouveau roi d'Angleterre Henri Ier, qui cherche des appuis pour lutter contre son frère Robert Courteheuce, les mêmes relations de soumission qu'avec son prédécesseur. Toutefois, une fois le pouvoir d'Henri Ier établi, il ne semble pas que le roi d'Écosse soit intervenu lorsque sa sœur Edith, renommée ensuite Mathilde, est retirée de son couvent anglais afin qu'elle épouse le 11 novembre 1100, Henri désireux de s'unir avec une princesse issue de la Maison de Wessex, ni même qu'il ait été consulté l'année suivante quand ce même Henri Ier fait épouser son autre sœur Marie à Eustache III de Boulogne, après qu'elle a été refusée par Étienne de Blois, comte de Mortain, le neveu du roi.

Edgar entretient aussi des relations avec l'Irlande. Il envoie comme présent en 1105 à Muirchertach Ua Briain, roi de Munster et Ard ri Erenn, très actif à cette époque sur la côte est de la Grande-Bretagne, « un merveilleux grand animal » considéré comme un chameau qui avait sans doute été ramené en Écosse par un participant à la Première croisade à laquelle un contingent de scots incluant Robert, fils de Godwin s'était joint.

Dans ses dernières volontés, Edgar spécifie qu'un important apanage au Strathclyde et au Teviotdale dans l'actuel district de Dumfries and Galloway soit affecté à son jeune frère, David; il est possible que ce même domaine ait été attribué à Alexandre, son frère puiné, pendant le règne d'Edgar. Le roi ne contracte a priori aucune union et il ne lui ait pas connu d'enfant. Il est décrit par Aelred de Rievaulx comme « doux et aimable, n'employant pas la tyrannie, sans dureté, ni cupidité vis-à-vis de son peuple, mais régnant sur ses sujets avec grande charité et bienveillance ». Edgar meurt à Édimbourg le 8 ou plutôt le 15 janvier 1107, et il est inhumé à l'Abbaye de Dunfermline dans le Fife. Il a comme successeur son frère Alexandre Ier.

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