La bataille de Taillebourg 1242


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Le comté a une longue tradition d'autonomie au sein de l'Aquitaine, loin des capitales successives du royaume de France ou d'Angleterre, dans la mouvance duquel il se trouve depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt. Le Poitou tombe en commise le 28 avril 1202 sur jugement de Philippe Auguste à l'encontre de Jean sans Terre, et est rattaché à la couronne de France peu après. C'est donc à la fois pour ménager la défiance des seigneurs poitevins à l'égard d'un suzerain récent, et pour constituer un domaine à son fils cadet, que Louis VIII le Lion donne le Poitou en apanage à Alphonse de Poitiers. Celui-ci n'a que 6 ans à la mort de son père, en 1226, et est donc comme son frère aîné Louis, placé sous la régence de sa mère Blanche de Castille.

Il n’est adoubé qu'à l'âge de 18 ans, par son frère, et ne prend possession de son fief qu'en 1240. Il reçoit à cette occasion l'hommage lige des seigneurs de la province, dont l'un des plus puissants d'entre eux, Hugues X de Lusignan. Celui-ci, outre son fief familial, possède plusieurs places en Poitou, dont le château de Montreuil, et surtout le comté de la Marche.

Tout comme de nombreux seigneurs poitevins, Hugues de Lusignan n'accepte pas de perdre l'autonomie qu'il avait auparavant, et comme en 1173-1179, 1188 et 1194 contre le roi d'Angleterre, et en 1219-1224, la noblesse poitevine se ligue contre son suzerain trop puissant. Le point de départ de l'affrontement se situe à Noël 1241, lorsque, sans doute à l'instigation de son épouse Isabelle d'Angoulême, mère d'Henri III d'Angleterre et ancienne fiancée de son père Hugues IX, Hugues X de Lusignan insulte le comte de Poitiers dans son palais.


La reprise en main capétienne

Immédiatement, la famille capétienne réagit. Le 5 janvier 1242, Alphonse de Poitiers convoque la noblesse poitevine à Chinon pour la Pâques. Des seigneurs fidèles, d'autres moins fidèles mais ennemis des Lusignan, répondent à l'appel : ainsi Geoffroi IV de Rancon, seigneur de Gençay. Bien que sa mère Blanche ait déjà fait face avec succès à des révoltes féodales et gère encore les affaires du royaume depuis 1226 avec le titre de baillistre, Louis IX décide de porter secours à son frère et dirige la campagne. Il arrive à Chinon le 28 avril, à Poitiers le 4 mai, avec une armée de 30 000 hommes, chevaliers et fantassins, et des engins de siège. Le 9 mai ils réussissent à s'emparer du château de Montreuil-Bonin, la place forte des Lusignan. Après avoir pris la tour de Béruges, Moncontour, Vouvant et Fontenay-le-Comte ils se dirigent vers Saintes. Le roi d'Angleterre, Henri III, a en effet débarqué à Royan à la mi-mai, avant de rejoindre à Pons son parent Hugues de Lusignan et Raymond VII de Toulouse qui cherche à compenser le traité de 1229 qui lui a ôté la plus grande part de ses terres. Il est également accompagné de son frère Richard, prince de Cornouailles et comte de Poitiers en titre depuis 1225.


Déroulement

Le roi de France est hébergé au château de Taillebourg, qui surplombe le premier pont sur la Charente depuis son embouchure et passage stratégique entre Saint-Jean-d'Angély et le Poitou au nord, et Saintes (qui appartenait alors aux Lusignan) et la Guyenne au Sud.

Le 19 juillet, les deux armées se font face de chaque côté du pont, sans qu'un véritable combat ait lieu. La bataille a lieu le 21 juillet, et se résume en une charge massive des chevaliers français, qui déboulent du château et bousculent leurs adversaires, contraints à fuir. Le sire de Bourbon, Archambaud VIII, l'un des commandants de l'armée royale, est mortellement blessé.

Après cet engagement qui leur permet de contrôler un pont stratégique, les Français et leurs alliés exploitent leur avantage. Le 23 juillet, a lieu la bataille qui est réellement décisive sous les murs de Saintes. Les Anglo-Aquitains sont à nouveau battus, de façon définitive.


Bilan

Le roi d'Angleterre signe une trêve de cinq ans à Pons le 1er août 1242. Une paix plus durable est conclue à Paris le 4 décembre 1259 (traité de Paris).

Le roi de France restitue à son vassal infidèle les terres dont il n'est pas sûr que la conquête ait été parfaitement légitime : Quercy, Limousin et Saintonge, pensant que ce noble geste lui assurerait à la fois la paix avec l'Angleterre, dont il estime le roi, et garde la possession du Poitou, du Maine, de l’Anjou et de la Normandie.

Le règlement de la révolte féodale est moins avantageux et plus rapide pour Hugues X de Lusignan : un tiers de ses châteaux poitevins est confisqué, réarmé et vendu par Alphonse de Poitiers ; il perd aussi la pension qu’il percevait du trésor royal. Sa petite fille Isabelle de Lusignan, à peine pubère, épouse en 1250 le fils de son ennemi Geoffroi de Rancon, seigneur de Gençay, qui fait reconstruire son château avec la dot.

Quant à Raymond VII, la paix de Lorris, signée en janvier 1243, renouvelle les conditions qui lui avaient été faites auparavant.

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