Bataille des Portes Persiques -330


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Ariobarzane (ou Ariobarzanês) fut fait Satrape en 335 par le Roi Darius III (336-330). Les historiens se demandent toujours pourquoi le Roi nomma un Satrape pour Persépolis et Persis (ou Pārs). Il semble qu'avant lui, ce poste n'existait pas. Après la défaite Perse à la bataille de Gaugamèles en 331, Darius III se rendit compte qu'il ne pouvait pas défendre sa capitale Persépolis et partit à l'Est pour tenter de reconstruire ses armées, laissant les commandes à Ariobarzane (ou Ariobarzanês). 

Pendant ce temps, Alexandre divisa son armée et en mena une partie vers la capitale Perse via les Portes Persiques. Durant l'hiver de 330, Ariobarzane mena la défense d'une dernière position malgré l'infériorité de ses forces. Il tendit une embuscade avec succès à l'armée d'Alexandre, infligeant de lourdes pertes aux Macédoniens. Toutefois, son succès aux Portes Persiques fut de courte durée car après avoir tenu pendant 30 jours, Alexandre déborda sa position et écrasa les défenseurs. Ariobarzane lui-même fut tué, soit pendant la bataille ou pendant la retraite vers Persépolis. Certaines sources indiquent que les Perses furent trahis par un chef de tribu capturé par Alexandre qui montra aux Macédoniens un autre chemin qui leur permis de déborder Ariobarzane. 

 

Statue d'Ariobarzane à Yasuj dans les monts Zagros

Le contexte et prélude

L'Empire Perse Achéménide de Darius III  subit une série de défaites contre les forces du Roi de Macédoine Alexandre le Grand, au Granique en Mai 334, à Issos en Novembre 333 et enfin à Gaugamèles en Octobre 331. Cette dernière fut une défaite écrasante et permit à Alexandre, l'armée Perse démantelée, de continuer sa course dans les provinces centrales et de faire route vers Babylone et Suse. Après quelques jours de repos à Babylone, Alexandre continua de pourchasser Darius III. Cette poursuite le mena à la ville royale de Suse qui fut prise sans combat. Le Macédonien choisit comme prochaine destination, une autre cité royale, Persépolis. La Route Royal Perse qui partait de Suse (La première capitale d'Élam) était connectée avec les capitales les plus orientales de Persépolis et Pasargades en Perse (ou Persis ou Pārs, la province méridionale du Fars dans l'actuel Iran), et fut donc la destination naturelle pour la suite de la campagne d'Alexandre.

Pendant ce temps, Darius III qui avait encore espoir de reprendre le dessus, reconstruisit une nouvelle armée à Ecbatane. Le Roi Perse qui ne pouvait pas en même temps défendre sa capitale Persépolis, nomma son Satrape Ariobarzane.

Alexandre traversa probablement le fleuve Pasitigris à Shushtar et atteignit le mois suivant les contreforts de la partie Sud des monts Zagros. Il avait maintenant devant lui deux alternatives pour atteindre Persépolis. Soit il continuait de suivre la Route Royale, qui cependant contournait le Zagros plus au Sud, ou alors il prenait un raccourci, le chemin passant au travers de la chaîne de montagne d'une manière directe. Probablement du fait du gel Alexandre divisa son armée en deux parties. Le Général Parménion en prit une moitié qu'il dirigea le long de la Route Royale, les troupes fédérales Grecques, les mercenaires et les unités lourdement armées. Alexandre prit la route vers la Persis avec l'autre moitié, l'infanterie Macédonienne, la cavalerie des "Compagnons", les Agrianiens (Tribus Thraces), la cavalerie légère et les archers. 

Pour le Roi, l'accès en Persis à travers la montagne passait par la passe appelée "les Portes Persiques", un étroit col de montagne qui se prêtait facilement à une embuscade, qui était dans les temps anciens la frontière entre l'Élam et la Persis. Là les gens des montagnes, la tribu des Uxiens, lui demandèrent de payer un tribut pour traverser la passe, comme le faisait préalablement les Rois Perses. Bien sûr le Roi refusa et les habitants durent se soumettre devant la force militaire et Alexandre put continuer sa route. Estimant qu'il ne rencontrerait plus de forces ennemies au cours de sa marche, le Macédonien négligea d'envoyer des éclaireurs au-devant de son armée. La vallée appelée Meyrantals, précédant les Portes Persiques, était dans un premier temps très large, permettant à l'armée Macédonienne d'entrer dans la montagne à pleine marche, mais elle se resserrait petit à petit pour devenir une gorge très étroite, flanquée des deux côtés par des falaises abruptes. Elle était située sur la frontière de la province de Kohgiluyeh et Buyer Ahmad (Province de Fars). 

Alexandre atteignit ce "ravin" dans les premiers jours de l'année 330, ce qui se révélait être pour lui comme un but et il pensait n'avoir à rencontrer qu'une escouade Perse. Cependant, le Satrape Ariobarzane, qui avaient déjà mené un contingent à la bataille de Gaugamèles, avait anticipé le chemin que prendrait le Macédonien et il occupait une position près du village moderne de Cheshmeh Chenar. Le passage comme dit plus haut était de moins en moins large et les courbes de la route au Sud-est (Pour faire face au soleil levant) se rétrécissaient considérablement à cet endroit, ce qui rendait le terrain particulièrement traitre et donc bien adapté pour les besoins d'Ariobarzane. 


Le déroulement

Avec ses troupes le Satrape Ariobarzane occupait la sortie Est de la gorge qu'il rendit impraticables en faisant entasser des pierres. Les Portes Persiques avaient seulement quelques mètres de large au point d'embuscade. Derrière eux, ainsi que sur les parois rocheuses de la gorge, il avait laissé ses archers. Alexandre stationna ses troupes au niveau de la forêt, à la sortie Ouest, pour une nuit, voulant attendre le lendemain pour marcher directement à travers la gorge. Apparemment, il considérait qu'une percée du mur de pierre par une attaque frontale était possible. Le lendemain donc il se mit en marche. Mais lorsque les Macédoniens eurent passé la gorge de moitié et qu'ils furent suffisamment avancés dans le passage étroit, depuis le versant Nord, les Perses firent pleuvoir sur eux des rochers et depuis les hauteurs au Sud une grêle de flèches. L'armée d'Alexandre subit de lourdes pertes, perdant des pelotons entiers à la fois, les bombardements les attaquant sur trois côtés en même temps. 

Alexandre confronté à tant d'insécurité donna l'ordre de reculer dans le canyon et de retourner à leur camp initial. Malheureusement sur ce chemin du retour avait déjà avancé l'arrière-garde Macédonienne ce qui rendit une retraite ordonnée dans ce passage étroit impossible. Alexandre fut contraint de laisser ses morts derrière lui pour sauver le reste de son armée. Une grande marque de honte pour les Grecs et les Macédoniens pour qui il était impératif la récupération et le bon enterrement des leurs. À ce moment Ariobarzane avait des raisons de croire que la victoire était proche et que celle-ci allait changer le cours de la guerre. Tenir le passage des Portes Persiques forcerait l'armée Macédonienne à utiliser d'autres routes plus appropriées pour envahir la Perse, ce qui donnerait à Darius III plus de temps sur le terrain pour construire une autre armée et peut-être arrêter complètement l'invasion Macédonienne.

Ariobarzane et ses troupes tinrent la position un mois. Alexandre n'avait aucune connaissance de la géographie locale et il buttait contre la résistance de ces derniers, pensant qu'il ne pouvait les contourner, mais il s'obstina refusant la défaite. Il eut alors l'idée de faire un interrogatoire sévère à des prisonniers pour que ceux-ci lui dévoilent un autre chemin pour contourner la passe. Parmi eux se trouvait un chevrier local, fils d'un Lycien et d'une Perse, on trouve aussi selon les sources un Chef de tribu. Pour une récompense de 30 talents il trahit les Perses et informa Alexandre d'un chemin caché dans les rochers sur lequel les défenses Perses n'avaient pas accès. Après avoir partagé ses troupes, Alexandre mena la majeure partie de ses soldats, de nuit par une marche forcée, par le sentier jusqu'aux positions arrière des Perses. La marche fut épuisante en raison de la forte accumulation de neige, mais ils arrivèrent inaperçus, sous le couvert de l'obscurité, sur les positions fortifiées Perses, qui furent surpris dans leur sommeil et surtout de la direction inattendue de l'attaque, ce qui provoqua la panique. Ils fuirent rapidement vers les montagnes et exposèrent leur camp sans protection. 

La place fut conquise avec 3.000 Macédoniens sous la direction de Ptolémée (Futur Ptolémée I, Roi 305-282), les Perses furent encerclés par une attaque en tenaille avec Philotas, un des plus proches "Compagnons" et officiers d'Alexandre, qui fit une brèche dans leurs défenses. À ce moment, le Roi décida d'une attaque directe sur Ariobarzane. Il donna l'ordre, à la fois à ses hommes, commandés par Cratère, d'avancer dans le canyon et à d'autres l'attaque simultanée sur le mur. Les Perses furent alors en proie à de grandes difficultés, incapables de contrer ces attaques de directions différentes. À-la-merci des Macédoniens, et de plus légèrement armés, ils furent rapidement perdus dans la mêlée. Ils essayèrent de fuir, mais se retrouvèrent face à Ptolémée  et ses hommes. 

Selon la tradition, l'armée Perse fut détruite dans un véritable massacre, quelques guerriers réussirent toutefois à s'échapper du champ de bataille, y compris Ariobarzane avec ses hommes restants, qui fuirent vers Persépolis pour se retrancher dans la ville. Mais les nouvelles de sa défaite l'avaient précédé et lorsqu'il se présenta aux portes de la ville il fut rejeté par Tiridate, le commandant de la forteresse, un noble Perse, qui avait pris des contacts secrets avec Alexandre. Avec les restes de son armée il retourna alors vers les rives de l'Araxe, où il fut très vite rejoint par le Macédonien. Dans une bataille finale avec le conquérant il fut tué. 


Après la bataille

Des Similitudes entre la bataille des Thermopyles et celles des Portes Persiques ont été reconnues par les auteurs anciens et modernes. La bataille des Portes Persiques aurait pu être une sorte de renversement de la guerre comme le fut celle des Thermopyles dans une tentative pour les Perses de repousser les forces de l'envahisseur, mais ce ne fut pas le cas. La campagne d'Alexandre était pour se venger de l'invasion Perse de la Grèce et la défaite des forces d'Ariobarzane retirait le dernier obstacle militaire entre le Macédonien et Persépolis. Après la bataille finale sur l'Araxe, Alexandre put donc se diriger sans résistance vers la plus ancienne ville royale Perse. Continuant son avancée, il franchit l'Araxe sur un pont de bateaux et parvint fin Janvier 330 dans cette ville symbolique du pouvoir Perse, où, selon Robin Lane Fox il trouva environ 120.000 talents en métaux précieux. La cité était un objectif important, ne serait-ce qu'en termes de propagande, parce qu'elle était le centre politique des Perses. 

 À son arrivée dans la ville Alexandre nomma un Général du nom de Phrasaortes, comme successeur d'Ariobarzane. Quatre mois plus tard, le Roi permit à ses troupes de piller la cité, de tuer tous ses hommes et d'asservir toutes ses femmes, peut-être comme un dernier acte de vengeance envers les Perses?. Cette destruction de la ville par le Macédonien est considérée comme inhabituelle et incompréhensible pour les chercheurs modernes, surtout que ses habitants se rendirent sans combat et Alexandre avait déjà quitté des villes Perses qu'il avait conquises, comme Suse, en les laissant relativement intacte. Cela ne s'arrêta pas là, en Mai 330, le Roi ordonna que les palais de la terrasse soient incendiés. 

En fonction des auteurs, cet incendie est interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales qu'Alexandre pratiquait. D'après certains le Roi aurait ainsi voulu venger les destructions Perses à Athènes, en 480. Une autre interprétation affirme qu’Alexandre aurait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé par une jeune courtisane Athénienne du nom de Thaïs, qui fut en 323 l'épouse de Ptolémée I. Il est possible que le Roi ait simplement souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Selon Plutarque (Philosophe, biographe et moraliste Grec, 46-v.125) il regrettera par la suite son geste qui fut très mal perçu par les Perses, mais accompli avec joie par les troupes Macédoniennes. Puis Alexandre quitta la ville et continua sa recherche pour retrouver Darius III (336-330). 

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