Guerre romano-étrusque (-389 - 308)


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Avant la fondation de Rome

Selon la légende romaine sur la création de Rome, relayée par Tite-Live, les Étrusques, menés par le roi Mézence allié au roi Turnus du peuple des Rutules, ont attaqué les Latins et les Troyens en exil, respectivement dirigés par Latinus et Énée. Les Latins et les Troyens sortirent victorieux, mais Énée fut tué dans la bataille. La paix fut ensuite conclue sur la base que le Tibre serait la frontière commune entre les Étrusques et les Latins.

Au viiie siècle av. J.-C., sous le règne du premier roi de Rome, Romulus, les Fidénates (un peuple étrusque) décide de détruire Rome, car il considère la cité comme une menace pour l'avenir, et ils commencèrent à prendre du territoire à Rome. Romulus décida de marcher sur Fidènes et de camper à un mile de la cité. Préparant une embuscade dans les fourrés, Romulus décide d'emmener le reste de son armée aux portes de Véies pour provoquer la sortie des Fidénates de leur ville. Voyant le départ de l'armée romaine pour Véies, les Fidénates sortirent à leur poursuite et sont pris dans l'embuscade de Romulus. Les troupes romaines poursuivent les habitants de Fidènes jusqu'aux portes de la ville, que ceux-ci ne peuvent refermer à cause de la proximité des soldats romains qui les poursuivent et la ville est prise.

Les habitants de Véies furent préoccupés par la situation de Fidènes, tant en raison de sa proximité avec Véies que dans leur proximité culturelle (ce sont deux cités étrusques), et par conséquent lancèrent une incursion en territoire romain. Après l'incursion, l'armée de Véies retourna à Véies avec le butin pris. Romulus et l'armée romaine les suivirent et les rattrapèrent devant les murailles de Véies, la bataille s'engagea. Les Romains furent vainqueurs et l'armée de Véies se replia dans la ville. Les Romains, n'ayant pas la force de prendre la ville d'assaut, se contentèrent de dévaster le territoire. Véies demanda la paix, et un traité de cent ans fut conclu entre Véies et Rome en échange d'une partie du territoire de Véies.

Dans la deuxième guerre avec Fidènes et Véies au viie siècle av. J.-C., Tite-Live décrit Fidènes comme une colonie romaine. Il se peut que la colonie ait été établie après la victoire de Romulus.

Au viie siècle av. J.-C., sous le règne de troisième roi de Rome, Tullus Hostilius, les Fidénates et les habitants de Véies s'allièrent de nouveau contre Rome. Selon Tite-Live, ils furent incités à la guerre par Mettius Fufetius, le dictateur d'Albe la Longue, qui avait été défait par les Romains et était devenu, en substance, un vassal de Rome.

Les Fidénates se révoltèrent ouvertement contre Rome. Tullus Hostilius convoqua Mettius Fufetius et son armée d'Albe la Longue et, de concert avec l'armée romaine, marcha sur Fidènes. L'armée romaine et l'armée d'Albe la Longue franchirent l'Anio et campèrent près de la jonction de l'Anio et du Tibre. L'armée de Véies traversa également le Tibre et, avec les Fidénates, formèrent une ligne de bataille près de la rivière (les plus proches de la rivière étant l'armée de Véies et les plus proches des montagnes étant les Fidénates). L'armée "romano-albaine" fit face à cette ligne de bataille, les Romains étant face à l'armée de Véies et l'armée d'Albe faisant face aux Fidénates.

Peinture étrusque — Wikipédia

La bataille commença, mais Mettius Fufetius et ses troupes d'Albe la Longue se dirigèrent lentement vers les montagnes, avec l'intention de déserter. Tullus Hostilius exhortait ses troupes, en leur disant de l'armée d'Albe la Longue avait fait mouvement sur ses ordres. Les Fidénates, qui, étant des colons romains comprenait le latin, entendirent ce que disait Tullus Hostilius au sujet d'Albe la Longue et craignant que l'armée d'Albe la Longue charge sur leurs arrières: ils décidèrent de fuir la bataille. Les Romains mirent ensuite en déroute l'armée de Véies.

Au vie siècle av. J.-C., selon Tite-Live, le sixième roi de Rome Servius Tullius entra en guerre contre Véies (après l'expiration d'une trêve conclut quelques années auparavant) et les Étrusques. Peu de choses sont connues de cette guerre, sauf sur le roi de Rome qui se fait remarquer par son courage et sa bonne fortune, quand il mit en déroute une grande armée des Étrusques et des habitants de Véies. Cette guerre aida Servius Tullius à consolider sa position à Rome, alors qu'il était récemment devenu roi.


Sous la République romaine

Les épisodes des guerres romano-étrusques du ve siècle av. J.-C. contre Véies jusqu'à la prise de Volsinies en 264 av. J.-C. sont des événements historiques principalement connus par l'historiographie romaine, en particulier Tite-Live, et la recherche archéologique vient parfois confirmer certains évènements. L'historien romain a tendance à minimiser les revers subis par les Romains alors qu'il détaille davantage les victoires.

La durée des affrontements entre Romains et Étrusques, qui s'étendent sur plus de deux siècles, témoigne de la difficulté pour Rome à vaincre des Étrusques qui se montrent cependant désordonnés et désunis pour lutter. Chaque cité étrusque mène sa propre politique et on dénote pendant ces deux siècles une absence de cohésion au sein de la ligue étrusque.



Guerre romano-étrusque (389 - 386)

La guerre romano-étrusque de 389 à 386 av. J.-C. est un conflit opposant la République romaine à certaines cités étrusques.

En 395 av. J.-C., peu de temps après la chute de Véies, les Romains s'emparent de Sutrium et de Nepete, d'anciennes places fortes étrusques situées en terres falisques. Les Capénates, peuple italique situé non loin de Faléries, passent aussi sous domination romaine. Les cités étrusques de Volsinies, de Vulci et de Tarquinia se trouvent dorénavant en contact ou non loin de la puissance romaine. Alors que ces cités ne se sont que senties très peu concernées par la guerre entre Rome et Véies, elles semblent dorénavant réagir. Des raids de Volsiniens sont notés par Tite-Live en 392 et 391 av. J.-C. Quant à Caeré, qui est venue en aide aux Romains lors du sac de Rome de 390 av. J.-C., elle se voit octroyer par Rome le droit d'hospitalité et choisit une attitude neutre, voire l'alliance, avec Rome dans les premières décennies qui suivent ce premier raid gaulois. Il s'agit peut-être d'une alliance maritime, Caeré ayant besoin du bois du Latium pour sa flotte et les deux cités cherchent peut-être à enrayer l'avancée syracusaine, menée par le tyran Denys l'Ancien, en ce début de ive siècle av. J.-C. Clusium entretient aussi des rapports d'amitié avec Rome depuis un siècle.


Combats à Sutrium, Nepete et près de Tarquinia (389–386)

Selon Tite-Live, de nombreux hommes venant de toute l'Étrurie se réunissent au sanctuaire de Voltumna pour former une alliance contre Rome. Assaillis par des dangers de toute part, les Romains nomment Marcus Furius Camillus dictateur. Camille choisit de marcher contre les Volsques en premier, laissant, selon Tite-Live, une force commandée par le tribun consulaire Lucius Aemilius Mamercinus sur le territoire de Véies pour faire face aux Étrusques. Au cours de deux campagnes, Camille inflige des défaites écrasantes aux Volsques et aux Èques et est prêt à se tourner contre les Étrusques.

Tite-Live, Plutarque et plus sommairement Diodore de Sicile, racontent les combats entre les Romains et les Étrusques en des termes très similaires. Alors que Camille mène campagne contre les Volsques au sud, les Étrusques assiègent Sutrium, une colonie romaine. Les Sutriens demandent l'aide de Rome et Camille, alors victorieux des Volsques et des Èques, marche à leur secours. Mais avant qu'il ne puisse les soutenir, ils sont contraints à une reddition conditionnelle, étant autorisés à quitter la ville sans armes et en ne portant qu'un seul habit chacun. Rencontrant les Sutriens exilés le même jour, Camille ordonne de laisser le train de bagages en arrière et fait mener son armée à marche rapide sur Sutrium où il trouve les Étrusques dispersés et occupés à piller la ville. Camille ordonne que toutes les portes de la ville soient fermées et attaque avant que les Étrusques puissent concentrer leurs forces. Pris au piège et un temps destinés à se battre jusqu'au bout, ils se rendent finalement en grand nombre lorsqu'ils apprennent que leurs vies seront épargnées. Ainsi, Sutrium est prise deux fois le même jour. 


En 388 av. J.-C. une armée romaine envahit le territoire de Tarquinia et que les cités de Cortuosa et Contenebra sont capturées. La première est prise par surprise et tombe lors du premier assaut. À Contenebra, une petite garnison tente de résister, mais elle cède après quelques jours face à la supériorité numérique des Romains.

Les opérations militaires entre Rome et les Étrusques de 389 à 386


En 387 av. J.-C., une rumeur rapporte que l'Étrurie est en arme et les Romains se tournent une fois de plus vers Camille qui est élu parmi les six tribuns consulaires pour l'année 386 av. J.-C. Cependant, Camille doit faire face à une menace plus urgente, les Volsques ayant envahi le territoire pontin. Alors que Camille marche vers le sud, les Étrusques attaquent les colonies frontalières de Nepete et de Sutrium. Camille vainc rapidement les Volsques et rejoint une seconde armée levée à Rome. Avec son collègue Publius Valerius Potitus Publicola, il reçoit le commandement de cette nouvelle armée et de la guerre contre les Étrusques. Au moment où Camille et Valerius arrivent à Sutrium, les Étrusques ont pris la moitié de la ville, les Sutriens défendant désespérément le reste derrière des barricades. Camille divise son armée en deux et ordonne à son collègue d'attaquer les murs du côté de la ville tenue par les Étrusques. Attaqués à la fois au sein et hors de la ville, les Étrusques fuient dans la panique et sont tués en grand nombre. Ayant repris Sutrium, l'armée romaine marche sur Nepete, qui est entre-temps tombée aux mains des Étrusques à la suite d'une trahison interne. Camille essaie d'abord de convaincre les Nepetiens de chasser les Étrusques. Devant leur refus, il prend la ville d'assaut. Tous les Étrusques et leurs partisans sont tués et une garnison romaine est mise en place.


Après ces victoires romaines, aucun autre conflit n'est rapporté dans les sources antiques entre les Romains et les Étrusques jusqu'en 358 av. J.-C. et la guerre opposant Rome à la cité étrusque de Tarquinia ainsi qu'aux Falisques.


Guerre romano-étrusque (358 - 351)

Tite-Live écrit qu'en 358 av. J.-C., Rome déclare la guerre à Tarquinia après qu'une troupe armée de cette ville a procédé à un raid en territoire romain. Le consul Caius Fabius Ambustus reçoit le commandement de cette guerre. Cependant, les Tarquiniens défont le consul Fabius et sacrifient 307 prisonniers de guerre romains

L'année suivante, en 357 av. J.-C., Rome déclare aussi la guerre aux Falisques. Ils ont combattu avec les Tarquiniens et ont refusé de rendre les déserteurs romains qui ont fui à Faléries après la défaite, même après que les fétiaux aient demandé leur reddition. Cette campagne est attribuée au consul Cnaeus Manlius Capitolinus Imperiosus. Il ne fit cependant rien militairement. Il convoque l'armée au camp près de Sutrium en assemblée citoyenne et fait voter une loi taxant l’affranchissement des esclaves. Les tribuns de la plèbe, devant ce dangereux précédent, font du fait de convoquer l'assemblée en dehors du lieu habituel un crime capital. Diodore de Sicile rapporte aussi une guerre entre Romains et Falisques, avec uniquement des raids et des pillages.

Selon Tite-Live, en 356 av. J.-C., le consul Marcus Fabius Ambustus commande l'armée romaine contre les Falisques et les Tarquiniens. L'armée étrusque est accompagnée de prêtres brandissant des serpents et des torches, et ce spectacle provoque la panique dans les rangs romains, mais le consul exhorte ses hommes à reprendre le combat. Les Étrusques sont dispersés et leur camp capturé. Cela provoque la mobilisation de toute l'Étrurie, sous la direction des Tarquiniens et des Falisques, qui marchent sur les salines romaines à l'embouchure du Tibre. En urgence, les Romains nomment Caius Marcius Rutilus dictateur, le premier plébéien à atteindre cette magistrature. Il transporte ces troupes de l'autre côté du Tibre par des radeaux. Après avoir capturé un certain nombre de pillards étrusques, il s'empare du camp étrusque par une attaque surprise et fait 8 000 prisonniers, les autres étant tués ou chassés du territoire romain. Le peuple de Rome attribue au dictateur plébéien un triomphe, mais celui-ci n'est pas confirmé par le Sénat. Les Fasti triumphales rapporte un triomphe du dictateur Marcius Rutilus sur les Étrusques le 6 mai. Selon Diodore de Sicile, les Étrusques pillent le territoire romain jusqu'au Tibre avant de retourner sur leurs terres.

En 354 av. J.-C., les Romains forcent les Tarquiniens à se rendre après les avoir écrasé dans une bataille. Les prisonniers sont tous exécutés, sauf 358 nobles qui sont envoyés à Rome, où ils sont fouettés et décapités sur le Forum comme châtiment pour les Romains immolés par les Tarquiniens en 358 av. J.-C. Selon Diodore de Sicile, ce sont 260 nobles qui sont exécutés sur le Forum Romanum.

En 353 av. J.-C., des rumeurs rapportent à Rome que le peuple allié de la cité étrusque de Caeré a pris le parti de leurs compatriotes de Tarquinia contre Rome. Ces rumeurs sont confirmées lorsque les salines romaines sont pillées alors que le consul Caius Sulpicius Peticus ravage le territoire tarquinien. Une partie du butin est envoyé à Caeré et sans doute quelques-uns des pillards sont des hommes de la cité étrusque. Ainsi les Romains nomment Titus Manlius Torquatus dictateur et déclarent la guerre à Caeré. Les Caérites regrettent amèrement leurs actes et envoient des émissaires à Rome pour plaider en faveur de la paix. Compte tenu de la vieille amitié entre Rome et Caeré, une trêve de cent ans est accordée. Les Romains tournent ensuite leur attention vers les Falisques, mais ils ne rencontrent aucune armée falisque et rentrent à Rome après avoir ravagé le territoire falisque, sans avoir essayé de s'emparer de la moindre ville.

En 352 av. J.-C., en raison de rumeurs, sans fondement, que douze villes étrusques forment une ligue contre Rome, les Romains décident de nommer un dictateur. Caius Iulius Iullus est nommé par les consuls alors qu'ils sont encore dans leur camp, plutôt qu'à Rome.

En 351 av. J.-C., la dernière année de la guerre, le consul Titus Quinctius Pennus Capitolinus mène une campagne contre Faléries tandis que son collègue Caius Sulpicius Peticus est chargé de Tarquinia. Il n'y a aucune bataille, mais les Falisques et Tarquinia, las de la guerre, et après avoir vu leurs territoires ravagés année après année, demandent une trêve. Les Romains leur en accordent une de quarante ans.

Art étrusque : le sarcophage des époux

Clio et Calliope

Guerre romano-étrusque (311 - 308)

Selon les historiens romains, et notamment Tite-Live, la guerre commence par l'attaque de toutes les cités étrusques, à l'exception d'Arezzo, contre la colonie de Sutrium en 311.

Cette dernière a été le théâtre de plusieurs conflits dans la première partie du ive siècle av. J.-C. et semble représenter pour les Étrusques la clé de la route de Rome. Cette colonie, avec sa voisine Nepete, a en effet une grande importance stratégique. Les Étrusques tentent de profiter des difficultés romaines contre les Samnites.

Selon Tite-Live, le consul Quintus Aemilius Barbula remporte une victoire devant Sutrium. Les Étrusques ont combattu jusqu'au bout malgré des pertes importantes et c'est la tombée de la nuit qui laisse des soldats étrusques survivantsa 2. Le consul triomphe sur les Étrusques le 13 aoûta 3.

L'année suivante, le consul Quintus Fabius Maximus Rullianus met les Étrusques en déroute, toujours prêt de Sutrium. Il lance ensuite une offensive audacieuse au cœur de l'Étrurie, pour la première fois de l'histoire romaine, à travers l'impénétrable forêt ciminienne jugée comme étant un défilé infranchissable et sauvage. Il s'agit du massif du mont Viterbe qui marque alors la frontière entre l'Étrurie indépendante et les cités soumises par Rome.

Devenu proconsul, Fabius Maximus vainc les Étrusques qui laissent, selon Tite-Live, 60 000 morts, probablement à la sortie de la forêt du côté de Pérouse (cependant, une distance de plus de 80 kilomètres sépare la forêt de la cité de Pérouse). Une trêve de 30 années est ratifiée avec Pérouse, Cortone et Arezzo. Les Romains battent ensuite les Étrusques au lac Vadimon (situé tout proche de la forêt). Selon Tite-Live, « cette bataille porte le premier coup à la puissance étrusque, bâtie sur de longues années de prospérité. Les meilleurs éléments de l'armée étrusque trouvent la mort ». Le proconsul vainc les restes de l'armée étrusque près de Pérouse, qui a rompu la trêve. La cité se soumet. Quintus Fabius Maximus Rullianus triomphe sur les Étrusques le 13 novembre.

Certaines tribus ombriennes, se sentant en danger devant cette intrusion romaine au nord, entrent en guerre. Elles sont vaincues.

En 308, le consul Publius Decius Mus contraint les Tarquiniens à une trêve de 40 ans contre des indemnités. Il s'empare de bourgs fortifiés sur le territoire de Volsinies. Une trêve d'un an est ensuite accordée à toute la nation étrusque contre une nouvelle indemnité, selon Tite-Livea.

La même année, les Ombriens qui ont souffert du passage de l'armée romaine sur leur territoire, entrent en guerre. Ils ont pour but de marcher sur Rome. Decius Mus quitte l'Étrurie et s'installe entre Rome et Gabies tandis que son collègue Fabius Maximus, alors dans le Samnium, remonte à Mevania, dans le sud de l'Ombrie. Il vainc les Ombriens et selon les dires de Tite-Live, « les jours suivants, toute l'Ombrie se rend ; seuls les Ocriculans reçoivent une promesse d'alliance ».

Cette guerre marque le début du déclin des Étrusques. Ces derniers sont désunis, et des conflits éclatent même au sein de chaque cité. À l'instar des cités campaniennes telles que Capoue en 343 et Naples en 327, Rome trouve sur place des alliés parmi l'aristocratie qui doit faire face aux éléments populaires. Ainsi, les nobles étrusques n'hésitent pas à se tourner vers Rome pour se maintenir au pouvoir.

En 302, à Arezzo, la plèbe locale tente de chasser la puissante famille étrusque des Cilnii qui dirige la ville. Ces derniers font appel à Rome et non à une autre cité étrusque pour se maintenir au pouvoir. Désormais, seule Rome est en mesure d'intervenir dans les affaires internes des cités étrusques. L'Étrurie joue dorénavant un second rôle en Italie.


La conquête romaine de l'Étrurie

Rome doit aussi faire face aux Marses, donc un dictateur est nommé : Marcus Valerius Maximus, qui choisit pour maître de la cavalerie Marcus Aemilius Paulus. Une fois les Marses écrasés, le dictateur se tourne contre les Étrusques. Le maître de la cavalerie est victime d’une embuscade et « se voit, avec ses soldats honteusement massacrés et mis en fuite, rejeté dans son camp ». L'armée romaine se déplace non loin de Roselle et échappent à une nouvelle embuscade grâce à l'intervention des Caérites.

En 301, les sources de Tite-Live divergent : Rome remporte peut-être une victoire décisive et une trêve de deux ans est accordée aux Étrusques qui ont combattu Rome Ou alors, ce qui est plus accepté par les historiens modernes, le dictateur pacifie l’Étrurie sans aucune bataille mémorable, en arrangeant seulement la sédition d’Arezzo et en faisant rentrer la famille Cilnius en grâce auprès de la plèbe.

La troisième guerre samnite (298 - 290)

En 299, Rome prend la ville ombrienne de Nequinum qui est peut-être l'élément déclenchant la troisième guerre samnite en 298. Les Romains fondent sur place la colonie de Narnia.

En 298, selon Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, la guerre commence avec une attaque samnite contre les Lucaniens. Incapable de résister, ces derniers envoient des ambassadeurs et des otages à Rome pour demander une alliance. Les Romains décident d'accepter l'alliance, envoient les Fétiaux auprès des Samnites pour leur demander d'évacuer la Lucanie, et devant leur refus, la guerre est déclarée. Pour Denys d'Halicarnasse, la véritable cause de la guerre n'est pas la compassion romaine, mais la peur de la puissance des Samnites s'ils soumettent les Lucaniens.

Rome peut avoir délibérément cherché une nouvelle guerre contre les Samnites en s'alliant avec ses ennemis, malgré la proximité entre ces peuples. En tout cas, la Lucanie est annexée par Rome. Et cela signifie un encerclement presque total du Samnium par Rome et ses alliés.

Les Étrusques dans la guerre

Les premières années (298 - 296)

Tite-Live écrit que les consuls de 298, Lucius Cornelius Scipio Barbatus et Cnaeus Fulvius Maximus Centumalus, se divisent les commandements militaires entre eux, Cornelius Scipio recevant l'Étrurie et Fulvius Maximus le Samnium. Cornelius Scipio marche sur Volterra où il affronte les Étrusques dans un combat indécis avant de se replier sur Faléries. Il y établit son camp et, de là, ravage la campagne étrusque. Les Fasti Capitolini donnent à Fulvius Maximus un triomphe à la fois contre les Samnites et les Étrusques.

Pour l'an 297, les Romains élisent deux consuls confirmés, Quintus Fabius Maximus Rullianus pour la quatrième fois et Publius Decius Mus pour la troisième fois. Ce sont deux commandants expérimentés qui ont déjà été consuls ensemble en 308 lors de la deuxième guerre samnite. Fabius Maximus est par ailleurs le général qui a mené l'expédition audacieuse et victorieuse au cœur de l'Étrurie en 311/310. Selon Tite-Live, les élections consulaires pour cette année ont eu lieu sur fond de rumeurs que les Étrusques et les Samnites lèvent d'immenses armées et que les Étrusques blâment leurs dirigeants de ne pas s'allier avec les Gaulois. Il est impossible d'établir aujourd'hui que les sources de Tite-Live aient ou non eu des preuves de l'existence de ces rumeurs, ou s'il s'agit de simples conjectures de ses sources ou de l'auteur lui-même. Par contre, il est probable que les hésitations des Étrusques au sujet d'acheter ou non l'alliance des Gaulois soient réelles. Il écrit que des envoyés de Sutrium, Nepete et Faléries arrivent à Rome avec comme informations que les Étrusques souhaitent la paix, et Tite-Live ne les mentionne plus pour cette année.

La coalition contre Rome (296 - 295)

En l'an 296, les consuls romains sont Lucius Volumnius Flamma Violens et Appius Claudius Caecus. Le premier est chargé de la guerre dans le Samnium, le second de l'Étrurie.

Tite-Live rapporte que des contingents samnites abandonnent leurs terres et rejoignent l'Étrurie pour former une coalition contre Rome. La coalition au nord prend forme : les Samnites et certaines cités étrusques s'allient. Gellius Egnatius, général samnite, prend le commandement de l'armée coalisée. Si l'on en croit le récit de Tite-Live, les Samnites partent au nord car les Romains ravagent de toute part le Samnium et sont obligés d'abandonner leurs terres. Cependant, il est probable qu'il s'agisse d'un plan audacieux de la part des Samnites pour s'unir aux autres ennemis de Rome. Tite-Live rapporte quelques dissensions entre les consuls qui se sont rejoints en Étrurie. Les deux armées consulaires défont une première armée de coalisés et s'emparent de leur camp.

La coalition contre Rome s'agrandit, avec en plus de troupes étrusques et samnites, certaines tribus ombriennes et d'importants contingents de mercenaires Gaulois, principalement Sénons, payés avec l'or étrusque. Le poids de la domination romaine dans le centre de l'Italie unit des peuples pourtant hétérogènes aux intérêts divergents : toute l'Italie centrale est en arme contre une « tyrannie intolérable » écrit Tite-Live. Les Romains ne sauront empêcher la jonction des forces coalisées, hormis les Étrusques qu'ils maintiendront essentiellement sur leurs terres.

À Rome, les deux même consuls qu'en l'an 297 sont élus : Quintus Fabius Maximus Rullianus et Publius Decius Mus, revenant chacun de leur proconsulat dans le Samnium. Il s'agit là de deux chefs expérimentés, ce qui tend à montrer que Rome a pris l'ampleur du danger qui la menace. Fabius Maximus, célèbre pour avoir grandement contribué à la victoire dans la guerre romano-étrusque de 311-308, reçoit le commandement de l'Étrurie. Tite-Live donne plusieurs versions de dissensions internes au Sénat, mais finalement les deux consuls se rendent en Étrurie. Ces rivalités entre les grandes familles romaines, notamment avec les Fabii et les Claudii, sont probablement réelles.

Entretemps, une légion romaine campe près de Clusium sous les ordres d'un propréteur, Lucius Cornelius Scipio Barbatus. Les sources de Tite-Live divergent, mais la légion romaine subit une défaite, qui va selon les sources d'une simple embuscade à un désastre complet. Quant aux ennemis, il s'agit soit de Gaulois Sénons, ce que pense Tite-Live, soit d'Ombriens. Outre l'armée complète menée par les deux consuls, deux autres légions sont levées pour faire face à la menace des coalisés en Étrurie, commandées par deux propréteurs. Une campe sur le territoire falisque, l'autre dans la plaine vaticane aux abords de Rome.

Les consuls traversent les Apennins et rencontrent l'armée des coalisés sur le territoire de Sentinum, au nord de l'Ombrie. Selon Tite-Live, l'armée coalisée étant importante et composée de peuples différents, elle se divise en deux : d'une part les Samnites et les alliés gaulois, d'autre part les Étrusques et les Ombriens. Sur ordre des consuls, les deux légions proprétoriennes ravagent les terres étrusques autour de Clusium de l'autre côté des Apennins, attirant l'armée étrusco-ombrienne. Les consuls romains engagent ensuite le combat contre l'armée samnito-gauloise de Gellius Egnatius. Selon Polybe, les forces étrusco-ombriennes n'ont jamais été présentes, ce qui est l'avis des auteurs modernes quant aux Étrusques, alors que les Ombriens ont peut-être combattu aux côtés des Samnites et des Gaulois. Les historiens modernes retiennent par contre l'idée de diversions romaines qui retiennent les Étrusques, voire aussi les Ombriens, sur leurs terres.

La bataille de Sentinum est longtemps indécise mais se termine par une grande victoire de Rome. En Étrurie, les armées proprétoriennes ont emporté quelques victoires, mais la guerre couve encore. Le consul Fabius Maximus y retourne et vainc une armée de Pérouse.

En l'an 294, les nouveaux consuls romains sont Lucius Postumius Megellus et Marcus Atilius Regulus. Un des consuls se rend en Étrurie pour dévaster les territoires de Volsinies puis de Roselle. Cette dernière est prise d'assaut puis détruite. Volsinies, Pérouse et Arezzo demandent la paix, et obtiennent de Rome une trêve de quarante ans contre un tribut. Les Étrusques n'ont finalement que peu participé à la coalition contre Rome.

En l'an 293, les consuls romains sont Lucius Papirius Cursor et Spurius Carvilius Maximus. Une nouvelle menace venant de l'Étrurie pèse sur Rome, ainsi que l'alliance des Falisques, jusque-là restés proches de Rome, avec les Étrusques. Carvilius Maximus part pour l'Étrurie où il s'empare de plusieurs places fortes. Les Falisques demandent la paix et obtiennent une trêve d'un an contre tribut. Il est très probable que même Caeré, pourtant proche de Rome tout au long du ive siècle av. J.-C., s'est révoltée contre Rome lors de cette guerre. Elle est probablement soumise en 293 aussi.

En 290, les consuls romains sont Manius Curius Dentatus et Publius Cornelius Rufinus. Curius Dentatus, après avoir massacré les Samnites, vaincu les Sabins, qui se sont révoltés, et reçu leur soumission, triomphe deux fois pendant la même magistrature. Les Samnites, sans doute épuisés, demandent la paix et, pour la quatrième fois, le traité de 354 est renouvelé. Sous l'apparence d'un simple rétablissement de relations antérieures, les Samnites perdent une partie de leur territoire, acceptent de déplacer la frontière sur la haute vallée du Vulturnus, plus au sud-est que la Liris, et doivent surtout fournir des troupes à Rome en tant qu'alliés ainsi que des subsides. Les Samnites deviennent en réalité de « véritables sujets forcés d'obéir en tout à Rome ».

Bilan étrusque

Les cités étrusques font preuve d'une cohésion nouvelle entre elles pour lutter contre Rome. Cependant, il semble que certaines cités telles que Clusium, qui a des relations d'amitié avec Rome depuis deux siècles et Tarquinia, fer de lance étrusque des précédentes guerres, ne participent pas à la guerre. Au contraire, Caeré ou encore les Falisques, les alliés de Rome, se révoltent.

La coalition entre quatre peuples, les Samnites, les Étrusques, les Ombriens et les Gaulois, contre Rome en 296 est un vrai danger pour Rome. Ils ne réussissent cependant pas à affronter les Romains ensemble. Les Samnites et les Gaulois sont défaits à la bataille de Sentinum en 295 tandis que les Étrusques et les Ombriens sont vaincus non loin de Volterra.

En 294, la cité de Roselle est détruite et sa population décimée. Les ruines des murs de la ville se dressent encore de nos jours. Volsinies, Pérouse et Arezzo se soumettent alors à Rome. Les Falisques et les Caérites sont probablement soumis en 293.


La fin de la conquête romaine de l'Étrurie

Le récit intégral de Tite-Live s'arrête avec la troisième guerre samnite et il ne reste plus que des résumés, les Periochae, pour les trois-quarts du siècle restant jusqu'à la deuxième guerre punique. Ces Periochae ne sont que de modestes palliatifs au récit de Tite-Live, et les évènements des années qui suivent proviennent de diverses sources qui n'ont pas la fiabilité et la circonspection de Tite-Live.

Le dernier sursaut étrusque a lieu en l'an 284. Le consul Lucius Caecilius Metellus Denter est sévèrement battu sous les murs d'Arezzo par des Sénons, son armée est écrasée et lui-même y perd la vie. Les Étrusques, mais aussi les Samnites et les Lucaniens, en profitent pour se révolter. Cependant, les Romains reprennent le dessus très rapidement. Manius Curius Dentatus, vainqueur des Samnites et des Sabins en 290, est élu consul suffect. Il repousse les Sénons et annexe leur territoire. Ensuite, en 283, les Romains remportent la deuxième bataille du Lac Vadimon. Les Boïens et les Étrusques sont vaincus par le consul Publius Cornelius Dolabella qui anéantit l'armée coalisée.

En 282, Rome entreprend la conquête du sud de l'Italie, face à Tarente, ville grecque. Cette dernière fait appel en 281 au roi d'Épire, Pyrrhus Ier. Les cités étrusques de Vulci et Volsinies saisissent l'occasion pour s'opposer à Rome. Le consul romain Quintus Marcius Philippus est honoré d'un triomphe sur les Étrusques en 281, sans doute pour une nouvelle victoire près de Populonia.

Malgré la victoire épirote d'Héraclée en 280, le roi d'Épire doit renoncer à marcher sur Rome, n’ayant reçu que peu de soutiens hormis les Lucaniens et les Samnites. La Campanie et le Latium restent fidèles à Rome même lorsque Pyrrhus atteint Préneste, toute proche de l’Urbs. Il se retire ensuite dans le sud, sans avoir fait jonction avec les Étrusques. Le consul Tiberius Coruncanius triomphe sur les Volsiniens et les Vulciensa. Vulci et Volsinies sont alors contraintes d'accepter une paix très dure avec Rome en 280. Vulci se voit retirer une partie de ses terres. Pyrrhus, quant à lui, mène des campagnes victorieuses mais non décisives jusqu'en 275, année à laquelle il est vaincu par Manius Curius Dentatus à la bataille de Beneventum.


Intégration romaine de l’Étrurie

Rome poursuit alors l'intégration de l’Étrurie dans son territoire. Les Romains déduisent des colonies en des lieux stratégiques, pour romaniser la région et faire office de garnisons. En 273, sur les anciennes terres de Vulci, est installée la colonie de Cosa.

Vers 273, il est possible que Caeré, alliée de Rome tout au long du ive siècle av. J.-C. à nouveau soumise en 293, se soit opposée à la politique romaine de domination de la côte tyrrhénienne. Un fragment antique de Dion Cassius semble montrer qu'elle s'incline sans combat, mais l'archéologie montre d'importantes dévastations à Pyrgi, détruite et reconstruite sous forme de colonie entre 273 et le milieu du siècle. Caeré est alors un municipe sine suffragio, mais c'est peut-être déjà le cas depuis 353. Il s'agit sans doute d'une anticipation, et cette théorie est rejetée par d'autres historiens modernes qui datent ce statut de 273.

Les cités étrusques reçoivent le statut de cités alliées (civitates foederatae), les obligeant à fournir autant d'hommes qu’en demande Rome, et une partie de leurs terres est confisquée.


Chute de la dernière cité étrusque libre (265 - 264)

Après l'annexion d'une part des terres de Vulci, Volsinies est la dernière cité étrusque encore libre. Située sur un plateau, la ville est dans une position défensive presque inexpugnable. Cependant, avant 265, une révolte de la plèbe locale chasse l'aristocratie de la cité, qui appelle alors Rome pour se rétablir. Les Romains menés par le consul Marcus Fulvius Flaccus, après un long siège, s'emparent de la ville en 264 et la détruisent. Fulvius Flaccus triomphe alors sur les Volsiniens, dernier triomphe sur les Étrusques de l'histoire romaine. Les habitants survivants sont exilés sur les bords du lac de Bolsena (Volsiniensis lacus) tout proche, où est construite une nouvelle ville. Rome rend alors le pouvoir à l'aristocratie locale. Le sanctuaire confédéral de Voltumna est pillé par les Romains.

Cet épisode, à l'instar de celui d'Arezzo en 302/301, montre que les cités étrusques sont en proie à d'importants troubles sociaux, ce qui contribue grandement à leurs affaiblissements depuis la guerre romano-étrusque de 311 à 308. Les aristocraties locales n'hésitent pas à en appeler à Rome pour conserver leur pouvoir face aux révoltes populaires, au détriment de leur indépendance.

À la suite de la destruction de Volsinies, les haruspices étrusques annoncent la fin du sixième saeculum de leur nation. L'Étrurie est dorénavant une simple région sous domination romaine. Les cités étrusques restent gouvernées par leurs aristocraties locales pour les affaires internes, avec un semblant d'autonomie, mais en fait sous le contrôle absolu de Rome.

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