Les vestiges romains en Occident


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Face aux barbares qui développaient leurs états et qui entreprenaient une politique systématique d’extension des limites de leurs territoires, le monde romain se réduisit à quelques régions géographiquement restreintes et isolées les unes des autres. Les réduits romains furent au nombre de quatre.

L’ITALIE

En premier lieu, l’Italie qui préserva la romanité envers et contre tout malgré les pillages successifs de la “Ville Éternelle” notamment celui de 410 mené par Alaric et celui de 455, nettement plus dévastateur, organisé par le roi vandale Genséric. La résistance s’exprima surtout en 453 lorsque Attila fut détourné de Rome grâce à l’action du Pape Léon Ier. De plus, la brillante civilisation romaine fut préservée et défendue même après la chute du dernier empereur romain Romulus Augustule en 476 puisque son successeur, le roi des Skires Odoacre, parfaitement romanisé, entreprit une politique très nettement conservatrice au sens premier du terme. Ecrasant Odoacre pour le compte officiel de l’empereur Byzantin, les Ostrogoths s’empressèrent de bâtir leurs propre royaume. Lais la politique d’Odoacre fut reprise par la suite par les Ostrogoths de Théodoric Ier à partir de 493 qui développa un véritable système dualiste plaçant les romains et les ostrogoths sur le même plan égalitaire mais strictement séparé. Cela se traduisit par l’établissement de deux administrations parallèles. Malheureusement, l’effroyable guerre de reconquête de la péninsule menée par l’empereur d’Orient Justinien Ier fut paradoxalement la principale cause de l’agonie de la civilisation romaine qui fut finalement achevée par l’invasion des Lombards. L’Italie ne s’en remit que très difficilement.

LA DALMATIE ILLYRIENNE

Si la péninsule italienne qui abrita le foyer originel de la civilisation romaine fut la dernière région à perdre véritablement cette romanité, il existait une survivance de celle-ci en Dalmatie où subsistait les lambeaux de l’armée romaine du Danube qui s’y était repliée et où elle disposait d’une réelle autonomie entre 454 et 481. Mais par la suite, cette région se fractionna entre deux obédiences, l’une se mettant sous la direction d’Odoacre et partagea son sort, la seconde sous celle de l’empereur d’Orient Zénon.

LA PROVENCE

En outre, il existait une région qui préserva la romanité alors qu’elle ne disposait d’aucune force militaire. En effet, s’appuyant sur une administration civile romaine encore intacte, la Provence garda ses institutions malgré les assauts barbares qui avaient déferlé sur la Gaule. Malheureusement, la Provence fut trahie par Rome puisqu’elle fut cédée par Odoacre aux Wisigoths en 477 avant de passer aux mains des Ostrogoths en 507 après l’écrasement des wisigoths durant la bataille de Vouillé. Notons au passage que d’autres régions eurent un destin similaire comme l’Auvergne, qui ne fut conquit par les Wisigoths qu’en 475, et la Tarraconaise cédée aux Wisigoths par Odoacre en 477.

LE ROYAUME DE SOISSONS

Le dernier vestige, le plus célèbre, est celui situé au Nord de la Gaule, et est appelée le royaume de Soissons. En effet, autour de celle ville, l’une des plus importantes armées romaines s’y fixa sous le commandement d’Aetius. Mais totalement abandonnée à son sort depuis 461, cette Légion préserva la dernière enclave de la romanité de la Gaule sous la direction du Comte Paul puis d’Aegidius. Maître de la milice de Gaule, Aegidius repoussa de la Provence les Goths puis s’allia avec le roi franc Childéric Ier pour lutter contre les Wisigoths. A sa mort en 464, son fils Syagrius se proclama roi des romains tout en demeurant maître de la milice.

La puissance de cette enclave fut suffisamment importante pour tenir à l’écart ses puissants et redoutables voisins comme les Wisigoths, les Burgondes ou les Francs. Notons que certains rois francs préférèrent souvent s’allier avec cette armée et œuvrer sous sa direction comme le fit notamment le père de Clovis, Childéric Ier. Mais en entreprenant l’audacieuse et périlleuse offensive contre ce réduit autonome en 486, Clovis, après s’être allié avec le roi franc de Cambrai, Ragnacaire, détruisit ce royaume et annihilait le dernier foyer purement romain de la Gaule. S’enfuyant à Toulouse, Syagrius fut livré par Alaric II avant d’être secrètement exécuté.

Néanmoins, si tous les vestiges et lambeaux de la civilisation romaine disparurent les uns après les autres, la romanité ne connut pas d’extinction mais au contraire un véritable renouvellement en opérant une fusion avec les apports culturels barbares pour créer finalement une remarquable et originale synthèse entre deux brillantes civilisations fondamentalement différentes

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