Les Angles


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Le peuple des Angles (latin gens anglorum), qui donne son nom aux Anglais et à l’Angleterre, est une peuplade germanique probablement originaire des régions cotières s’étendant entre la Hollande actuelle et le sud de l’actuelle péninsule du Danemark correspondant à l’actuelle Frise. Les Angles s’installèrent durablement en Grande-Bretagne dès le Ve siècle.

Selon Bède, les Angles vinrent avec des contigents de Jutes et de Saxons pour répondre à l’appel du roi breton Vortigern au début du Ve siècle : les territoires sur lesquels règnait ce dernier étaient menacés par les Scots, des envahisseurs venus d’Irlande. Au contraire, selon l’historien byzantin Procope, les premiers Angles étaient surtout accompagnés de Frisons. La présence de ces derniers est effectivement attestée par l’archéologie.

D’autres tribus suivirent un autre chemin ; on en trouve trace en Poitou, où ils s’installèrent à Angles-sur-l’Anglin, village qui a gardé leur nom, ainsi que la rivière qui passe à ses pieds.

LES ORIGINES DES ANGLES SELON LA TRADITION

En tous cas, ils auraient été menés au combat par deux frères : Hengist et Horsa. Ces premiers rois des Angles sont présentés comme les descendants d’un certain Woden (Odin) selon l’historiographie médiévale anglo-saxonne et selon la tradition germanique. Pour Bède et selon la tradition chrétienne, ils seraient venus d’un « angle » (latin angulus) du monde et auraient servi d’instruments du châtiment divin contre les Bretons hérétiques dans l’« angle » opposé : la future Angleterre (dans cette perspective eschatologique, le monde est alors vu symboliquement comme un carré, dont les angles sont les quatre points cardinaux, et dont Rome, c’est-à-dire l’Église romaine, occupe le centre).

En rattachant ainsi les Angles à la tradition chrétienne (du Deutéronome, un livre de l’Ancien Testament), Bède n’agit pas différemment des autres historiens nationaux du Moyen Âge (Grégoire de Tours, Paul Diacre...) : il cherche à légitimer par la religion chrétienne l’existence des royaumes germaniques des Angles, alors même que les origines de ceux-ci sont païennes. Les Angles sont alors dépeints comme un nouveau peuple élu.

L’INSTALLATION SUR L’ÎLE DE BRETAGNE

Quoi qu’il en soit, l’origine géographique exacte des Angles est inconnue. Leurs territoires ancestraux sont cependant situés sur les rives de la Baltique, entre la Hollande actuelle (la Frise du haut Moyen Âge) et le Danemark.

Ces mercenaires, ou ces envahisseurs païens s’établirent dans l’île de Bretagne et bâtirent leurs royaumes par la force au détriment des royaumes bretons. Le retrait des troupes romaines avait laissés ces derniers sans défense, ce qui fut probablement la cause première de l’arrivée des Angles. Dès 410, en effet, les sources latines mentionnent la présence de pirates frisons en Mer du nord et dans la Manche, mais il semble que leur immigration massive n’ait débuté que dans les années 430.

LES ROYAUMES DES VIIE-VIIIE SIÈCLES

Au tout début du VIIe siècle, alors que ces peuples germaniques étaient encore païens, il existait une douzaine de royaumes anglo-saxons dans l’île. Parmi ceux-ci, trois se détachèrent :

le royaume de Northumbrie, dont le peuple est qualifié de peuple des Angles par Bède. Il se situe au nord de la rivière Humber qui constitue une formidable frontière naturelle par sa largeur.
le royaume de Mercie, au centre, qui demeura longtemps païen sous le roi Penda et pour lequel on ignore quelle était la peuplade dominante.
le royaume de Wessex (qui tire son nom des Saxons de l’ouest) au sud-ouest

En réalité, à cette époque et plus encore par la suite, un roi dominant s’imposait dans l’île : c’est le cas du roi northumbrien Edwin au VIIe siècle, des rois merciens Æthelbald puis Offa au VIIIe siècle, et enfin du roi du Wessex Egbert au début du IXe siècle. Aussi, vers 731, Bède a déjà conscience de l’unité anglo-saxonne et il est tout naturel – par sa nationalité et en raison de la renommée de l’Église northumbrienne – qu’il mette surtout en avant le peuple « anglais », par opposition aux Bretons mais aussi probablement aux Saxons et aux Jutes. L’unité du peuple anglais s’entend ainsi comme spirituelle et culturelle, par-delà des différences politiques qu’elle ne remet pas en question.

LA FIN DES ROYAUMES DES ANGLES

Néanmoins, dès la fin du VIIIe siècle, des envahisseurs nordiques viennent menacer les côtes anglaises et pillent les monastères de Lindisfarne (793), Jarrow (le monastère de Bède, en 794) et Iona (en 795). Ceux-ci accomplissent des progrès militaires tout au long du IXe siècle. En 879, les Danois de Guthrum, lequel vient de recevoir le baptême, s’installent définitivement dans l’Anglie orientale (Est-Anglia), alors que les Vikings norvégiens atteignent York. C’est la fin, à proprement parler, des « royaumes des Angles ». 


LES ROYAUMES DES ANGLES

Selon Bède, les royaumes peuplés par les Angles étaient :

l’Est-Anglie ou « royaume des Angles de l’Est »
la Mercie ou « royaume des Angles du milieu »
la Northumbrie, réunissant les royaumes de Deira et de Bernicie. En réalité, il est quasiment certains que les populations de ces royaumes étaient très mélangées. Sans doute se considéraient-ils angles en raison de la dynastie régnante, compte tenu de l’importance qu’avaient les liens personnels pour les Saxons. Les cadres du pouvoir, plus que qu’une quelconque homogénéité ethnique, peuvent expliquer cette notion d’identité. De plus, chez Bède, le latin natio (qui désigne une ethnie) est rarement employé, en tous cas non pour désigner les habitants des royaumes des Angles.

Parmi ces « royaumes des Angles », deux méritent une attention particulière :

la Northumbrie : le terme désigne les terres au nord du fleuve Humber. Elle se distingue à travers le rayonnement culturel de sa capitale, York, dès le synode de Whitby, en 664 et plus encore à l’époque de Bède. L’école archi-episcopale de York est fondée par l’archevêque Egbert d’York), pupille du précédent, et devient une pépinière de missionnaires anglais. Par la suite, la renommée de l’école atteint le continent sous la direction d’Alcuin. Ce dernier, à l’invitation de Charlemagne qu’il rencontre à Rome, devient le responsable de l’école du Palais et participe ainsi à la renaissance carolingienne.

le royaume des Angles de l’est ou Est-Anglie est surtout connu pour la découverte d’une tombe royale à Sutton Hoo. Celle-ci a été attribuée à Redwald, de la dynastie des Wuffingas. C’est cette dynastie à laquelle appartiendrait le héro du poème épique Beowulf. Si l’attribution de la nécropole de Sutton Hoo à l’un des rois angles dont le règne est attesté par Bède demeure une hypothèse, il n’en demeure pas moins que cette tombe a livré quelques magnifiques œuvres d’art germaniques très proches du style suédois. Ce témoignage archéologique exceptionnel ferait donc pencher la balance en faveur d’une origine danoise des Angles. En même temps, la présence d’une pièce d’orfèvrerie gauloise montre les rapports qu’il y avait dès cette époque entre les Anglo-Saxons et les Francs.

AUTRES ANGLES

Comme tous les peuples Barbares, les Angles ne sont pas un peuple monolithique. On en retrouve des rameaux ailleurs qu’en Angleterre. Ainsi une petite tribu s’est établie au Haut Moyen Âge dans le Haut-Poitou, à Angles-sur-l’Anglin, donnant son nom à un village et à une rivière.

RELATIONS AVEC LES FRANCS

Si les Angles participèrent activement à la conquête de la Grande-Bretagne au cours du V°s aux cotés des Jutes, des Saxons, des Scots ou des Pictes, ils intéressent tout particulièrement l’histoire franque puisque les sept grands royaumes formés par les Anglo-Saxons sur cette île entretinrent d’étroites relations diplomatiques, culturelles et économiques avec le royaume mérovingien. Nous nous contenterons simplement ici de signaler le trésor monétaire funéraire retrouvé dans la tombe du roi Raedwald (mort en 625) à Sutton Hoo composé essentiellement de monnaies frappées en Gaule. Surtout, les liens entre le royaume du Kent et celui des Francs semblent particulièrement forts puisque le roi Ethelbert épousa la fille de Caribert Ier, la princesse Berthe, qui favorisa activement à la christianisation de l’Angleterre, convertit son époux et favorisa l’établissement du premier évêché de l’île à Canterbury. Enfin, la célèbre reine Bathilde, épouse de Clovis II, fut originaire de l’île mais elle fut vendue comme esclave au maire du palais Erchinoald, puis emmenée en Gaule où le jeune roi s’éprit d’elle et l’épousa.

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