Les Huns


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Les Huns sont un peuple asiatique turco-mongol, probablement de langue turque, ou à tout le moins altaïque. C’est le premier peuple mentionné comme tel par les historiens.

Des références à un peuple appelé Xiongnu (Hsiung-nu) existent dans les sources chinoises depuis -1200, faisant allusion aux ancêtres des Huns.

Un groupe appelé les Huns européens et mené par Attila est considéré comme étant l’extension occidentale des Huns. L’établissement du premier État hun a été un des premiers aspects bien documentés de la culture de la migration à dos de cheval.

Ces tribus nomades surpassèrent leurs rivaux dans la maîtrise du cheval, grâce à la promptitude et la mobilité étonnante de leurs montures, ainsi qu’au talent des cavaliers, initiés dès le plus jeune âge. Cet avantage, couplé à l’arc court qui pouvait être utilisé depuis le dos de la monture, fut crucial dans les nombreuses batailles que livrèrent les Huns.

Selon l’histoire hongroise traditionnelle, les Huns, les Magyars et les Avars faisaient tous partie du même peuple ; le mot « Hongrie » (Hungary en anglais) vient d’ailleurs de « Hun », et les Hongrois se nomment eux-mêmes les Magyars.

L’archéologie témoigne de l’arrivée et de la progression des Huns en Europe au IVe siècle. D’importants vestiges hunniques ont été découverts autour de plusieurs centres : dans la région de Saratov et celle de Volgograd, sur les deux rives d’un gué important de la Volga ; dans la région centrale du Caucase du Nord ; près de la Caspienne, au Daghestan ; dans la région du bas Dniepr à la Crimée (Dniepropetrvsk, Zaporojie, Kherson) ; sur la presqu’île de Crimée ; entre le Boug méridional et le Prout ; sur les bords du Dniestr et du Prout en Moldavie et en Roumanie ; dans la vallée du Buzaul, qui relie les Carpates du sud-est et le coude du Danube en Dobroudja ; en Olténie.

l’arrivée des Huns en Europe ne passa pas inaperçue. Ptolémée les cite dès 172 apr. J-C. tout en les situant au nord du Caucase. Mais c’est lorsqu’ils franchirent pour la première fois la Volga en 375 apr. J.-C. que les Huns commencèrent à jouer un rôle important dans l’histoire européenne. Dès lors, la pression qu’ils exercèrent sur tous les peuples germains voisins de l’Empire romain fut telle qu’elle engendra un grand mouvement de migration qui conduisit l’Empire à sa perte. En effet, de 370 à 375, les Huns ravagèrent le royaume Goths situé en Ukraine en lançant diverses expéditions. Puis, en 375, traversant la Volga, les Huns détruisirent le royaume des Alains et surtout celui des Goths d’Ermararic qui, vaincu, se suicida. Affaiblis par la famine, menacés par les Huns, leur royaume anéanti, les Goths entreprirent alors de chercher refuge dans l’Empire romain et, pour la première fois, y voulurent s’y établirent définitivement. Mais occupant l’ancien territoire des Goths, les Huns venaient d’entrer en contact avec l’Empire romain. En 378, ils lancèrent une incursion en Thrace.

Après avoir anéanti le royaume Goths, les Huns envahirent la péninsule anatolienne en 395,et déferlèrent en 396 depuis le Caucase sur la frontière romaine de l’Anatolie du Nord-Est alors que l’Empire d’orient était particulièrement vulnérable car il ne disposait alors que de peu légions à opposer aux Huns.

En vérité, il est difficile d’aborder les Huns du fait de la légende noire qui les attache et qui exagèrent leur sauvagerie. En fait, il est indéniable que les Huns eurent une civilisation brillante bien que mal connue comme montre le fait de la création entre 424 et 434 sous le roi Hun Uldin puis sous le roi Mundziuch (ou Mundiock) d’un vaste royaume et d’un état relativement organisé allant de la Mer Noire aux Alpes Orientales jusqu’en Pannonie. Dès lors, s’étant organisés, les Huns devinrent pour l’Empire une véritable puissance qui pouvait représenter une menace particulièrement dangereuse.

UN INDÉFECTIBLE ALLIÉ DE ROME, UN ENNEMI MORTEL DE CONSTANTINOPLE

Les relations se dégradèrent entre l’Empire romain d’Orient et les Huns à partir de 408 lorsque le roi Uldin chercha à s’installer dans les provinces romaines de Thrace et de Mésie alors que, depuis 400 et le pogrom anti-Goths qui eut lieu à Constantinople, l’Empire romain d’Orient se méfiait du rôle politique que pouvait jouer les barbares dans les affaires gouvernementales et non plus dans le domaine militaire. Mais en 430, l’empereur d’Orient Théodose II s’engagea à verser annuellement un lourd tribut aux Huns qui s’engagèrent en échange à ne plus lancer de raids contre l’Empire d’Orient.

Mais contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, les Huns eurent par la suite d’excellentes relations avec Rome et devinrent même des alliés précieux pour lutter contre les autres peuples barbares notamment les Goths d’Alaric. En effet, Aetius, officier romain qui avait été envoyé comme otage chez les Huns, se lia d’amitié avec le prince Attila et apprit la culture et les mœurs de ce terrible peuple nomade.

Cependant, les Huns demeuraient les plus fidèles soutiens et alliés indéfectibles de l’Empire romain d’Occident et Aetius, devenu le plus grand général romain du V°s, Maître des Milices c’est à dire commandant toutes les armées romaines d’occident, les utilisa pour lutter contre les Wisigoths en 427. Puis, il les lança contre les Francs en 428 puis contre les Burgondes en 430. En peu de temps, les Huns annihilèrent avec une sauvagerie certaine les royaumes de ces deux peuples.

Mais si le règne du successeur du roi Mundziuch, Rua, vit la consolidation du royaume et de l’état hunnique, c’est sous le règne du fils de Rua, Attila, que les Huns acquirent une puissance, une richesse et une renommée inégalée parmi les peuples barbares. Accédant au pouvoir en 434 à la mort de son père Rua, qui était également son oncle, Attila régna avec son frère Bléda jusqu’à l’assassinat de ce dernier par Attila en 445. Mais il semble incontestable qu’Attila devait disposer de la totalité du pouvoir dès 434 puisqu’il organisa le noyau d’une administration centrale et fixa sa capitale. Son amitié personnelle avec Aetius permit à l’Empire romain d’Occident de résister contre les assauts germains et explique le fait que les Huns n’attaquèrent jamais la partie occidentale de l’Empire.

Néanmoins, Attila dirigea ses expéditions contre l’Empire romain d’Orient. Après avoir doublé puis triplé le tribut exigé de Constantinople qui finalement refusa de payer, Attila lança ses troupes qui envahirent les Balkans puis dévastèrent la Macédoine et la Grèce centrale en 447, et pillèrent Sirmium. En 449, Théodose II, incapable de refouler les hordes hunniques, est finalement contraint d’envoyer une ambassade afin de faire cesser les attaques. 

Les Huns à la bataille de Chalons. Illustration de A. De Neuville (1836-1885) pour A Popular History of France From The Earliest Times Volume I of VI (P 135)

UN SPECTACULAIRE RETOURNEMENT D’ALLIANCE

Mais un brutal et spectaculaire retournement d’alliance diplomatique eut lieu en 450. En effet, la sœur de l’empereur romain d’occident Valentinien III, Honoria, désireuse de se venger de son frère qui avait ordonné l’exécution de son amant, proposa à Attila de l’épouser, faisant ainsi entrer Attila dans la famille impériale. Devant le refus de l’empereur de céder la main de sa sœur, Attila, fort de la légitimité de sa demande et du soutien d’Honoria, entreprit de tourner son armée contre l’Empire d’Occident et contre la Gaule. En réalité, il semble qu’il savait pertinemment qu’il ne pourrait jamais obtenir ce mariage. Attila recherchait le moindre prétexte pour lancer une expédition de razzia et amasser du butin. Ainsi, en 451, remontant le cours du Danube, il franchit le Rhin avec près de 30 000 cavaliers à Mayence, ravagea la Belgique, pille Trèves, Metz, avant de se diriger vers Paris, où s’organisa la résistance sous la conduite de sainte Geneviève.

Puis il se tourna vers Orléans mais les Alains récemment installés et fédérés par Aetius autour de la ville, dont l’inimitié envers les Huns avait pour source la destruction de leur royaume en 375, firent vaillamment face et, sous la conduite de l’évêque Aignan, contraignirent Attila à établir un siège. Mais devant l’arrivée d’une formidable coalition menée par Aetius et composée de romains, de Francs, de Burgonde et surtout de Wisigoths, Attila leva le siège et retraita. Rapidement rejoint par ses ennemis, Attila livra la célèbre bataille des Champs Catalauniques[1] où il fut vaincu. Mais cette défaite, bien qu’elle frappa les esprits puisqu’elle signifiait la fin de l’invulnérabilité hunnique et l’union des romains et des barbares contre un péril commun, n’amoindrit pas la puissance d’Attila mais affaiblit considérablement Aetius qui n’avait plus assez de forces militaires.

Si la Gaule lui était dès lors fermée, le roi des Huns se dirigea en 452 vers la péninsule italienne. S’il ne put prendre la famille impériale réfugiée à l’intérieure de la capitale impériale, Ravenne, protégée derrière des marais, Attila pilla de nombreuses cités importantes dont Aquilée, Milan, Pavie, Padoue, Mantoue, Vérone et songea un instant à assiéger Rome. Mais le Pape Léon Ier lui proposa en échange de la Ville Éternelle un tribut et la main de la princesse Honoria. Satisfait, ayant obtenu la main de sa promise, Attila repartit contrer l’attaque de l’empereur d’Orient Marcien sur le cours moyen du Danube. C’est là qu’Attila mourut subitement en 453 au cours d’un festin.

UNE DISPARITION RAPIDE

Dès lors, l’État et le royaume hunnique déclinèrent rapidement sous les querelles successorales. En effet, les deux fils d’Attila, Ellac et Ernac entra en guerre et, profitant des désordres, les peuples germains soumis par les Huns - Ostrogoths, Gépides, Ruges, Hérules, Skires - reprirent leurs indépendances et formèrent une vaste coalition anti-hunnique dirigée par le roi des Gépides Ardaric. Pendant l’affrontement sur le fleuve Nedao en 454, près de la Pannonie, Ellac trouva la mort. C’est alors qu’Ernac vit son dernier frère, Dengizik, revendiquer à son tour le trône. Cela engendra une nouvelle guerre fratricide qui accentua le déclin irrémédiable des Huns.

Leur vaste royaume s’étant effondré avec l’indépendance de leurs anciens vassaux, le peuple Hun se divisa, se morcela et se dispersa rapidement. On trouve des tribus qui sont demeurés en Pannonie mais sous le tribut de Rome. Le roi Ostrogoth Théodoric Ier engagea dans ses troupes une petite bande de Huns dirigés par Mundo qui se trouvait alors en Mésie. D’autre s’installèrent au sud du Danube et servirent un temps l’Empire d’Orient. Le reste repartit vers l’Ukraine.

A partir de 491, les Huns se perdent définitivement dans la brume de l’histoire puisque dorénavant plus aucune sources historiques ou archéologiques ne les mentionnèrent. Devenus fortement minoritaires, on peut émettre l’hypothèse qu’ils furent probablement amalgamés puis intégrés parmi d’autres peuples autochtones.

CHRONOLOGIE

73-91 : guerre des Huns en Chine.
316 : les Hsiung-nu envahissent le nord de la Chine.
350 : les Huns envahissent la Perse et l’Inde.
352-354 : guerre des Huns contre les Alains.
357 : les Alains rallient l’armée des Huns en Asie occidentale.
371 : l’empire des Ostrogoths est aux mains des Huns.
375 : forte poussée des Huns qui détruisent le royaume ostrogoth en Russie du Sud.
376 : les Wisigoths qui occupent une partie de la Dacie depuis 150 ans, demandent aux Romains sous la pression des Huns, l’autorisation de traverser le bas Danube. La permission est accordée.
378 : invasion de la Thrace, avec de nombreux autres peuples (dont les Taifales)
410 : naissance d’Attila, roi des Huns.
422 : l’empereur Théodose II accepte de payer un tribut aux Huns en échange de la paix.
423 : 40 000 Huns sont incorporés comme mercenaires dans l’armée romaine.
423 : Rome cède aux Huns la province de Savie.
430 : les Huns hephtalites, établis en Asie centrale, attaquent la Perse.
430 : Byzance paie un tribut annuel de 113 kg d’or aux Huns.
434 : début du règne d’Attila, roi des Huns (fin en 453).
434 : Ruga partage l’empire des Huns entre ses deux neveux Attila et son frère Bleda avant de mourrir.
434 : les Huns doublent le tribut de Rome (226 kg d’or).
434 : les armées de Théodose II sont défaites par les Huns en Thrace.
436 : les Burgondes sont battus à Worms par les Huns mercenaires de l’empire romain.
441 : Attila écarte son frère Bléda et devient le seul monarque des Huns.
447 : les Huns conduits par Attila traversent le Danube, envahissent la Thrace.
447 : les Huns forcent les Romains à payer un lourd tribut (le triple du précédent)
447 : les Huns obligent les Romains à se retirer d’une large bande de terre sur les bords du fleuve.
451 : Attila, roi des Huns, envahit la Gaule. Il est battu aux champs Catalauniques (près de Troyes) par le général romain Aetius, aidé par les Francs et les Wisigoths.
451 : les Huns contournent Paris. Ce miracle est attribué à sainte Geneviève.
452 : la ville de Venise est fondée par des réfugiés de Padoue et d’Aquilée qui fuient les Huns.
452 : les Huns envahissent l’Italie et mettent à sac plusieurs villes du Nord de l’Italie, dont Padoue et Vérone.
455 : fin de l’Empire des Huns en Europe.
455 : Skandagupta défait l’invasion des Huns et devient empereur des Indes.
465 : les Huns conquièrent la plaine de Gandhara en Inde du Nord.
475 : les Huns battent les armées de l’Empire Gupta et mettent fin à cet empire.
477 : Sakala devient la capitale des Huns dans l’Inde du Nord.
484 : les Huns défont les Perses commandés par le roi Pérôz.
565 : les Perses et les Turcs combattent ensemble contre les Huns Hephtalites et se partagent la Bactriane conquise en commun.
800 : l’étrier, déjà connu des Huns, apparaît en Occident.

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