L'armorique


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LES INVASIONS DES BRITTONS

Un événement capital dans l'histoire de la Bretagne se produisit au cours des Ve et VIe siècles. Ce fut l'arrivée de nombreuses bandes d'émigrants d'origine celtique et déjà chrétiens, chassés de la Bretagne d'Outre Manche par les invasions germaniques. Ces Bretons s'installèrent principalement dans l'ouest de notre péninsule qui redevint, dans cette partie, un pays de langue celtique et fut dès lors appelée Bretagne. Des moines venus également d'Outre Manche fondèrent des monastères et de nouveaux évêchés, organisèrent les émigrés en paroisses et achevèrent de christianiser le pays. Beaucoup ont été honorés depuis comme des saints nationaux. Des chefs, guerriers comme Waroch, ou pacifiques comme Judicaël, gouvernèrent les différentes régions occupées par les émigrés : Domnonée, Cornouaille et Bro Waroch ou Broërec.

Les Bretons d'Outre Manche. Vers le milieu du Ve siècle la péninsule armoricaine vit arriver de nouveaux envahisseurs qui, cette fois, n'étaient pas des pirates en quête de pillage, mais des immigrants à la recherche d'une nouvelle patrie. Ils venaient d'OutreManche, de la grande île de Bretagne où s'étaient jadis installés, nous avons vu, des Celtes que l'on avait dès lors appelés les Bretons.

Soumis par les Romains un siècle après les Gaulois, les Bretons n'avaient pas été romanisés aussi profondément que ceux ci et n'avaient pas oublié leur langue nationale. Cependant, de même que les Gaëls d'Irlande, qui n'avaient jamais été romanisés, ils s'étaient convertis au christianisme.

Comme l'Armorique, la Grande Bretagne fut en butte aux attaques de guerriers germains ainsi que de Pictes et de Scots; ce dernier nom était donné aux Gaëls d'Irlande et d'Écosse, les Pictes étaient un peuple du nord de la Grande Bretagne que les Romains n'avaient pas soumis. Après le départ définitif. des troupes romaines, en 407, les Saxons et les Angles prirent pied dans l'île et refoulèrent les habitants vers les régions montagneuses de l'ouest, Pays de Galles et Cornouaille. Beaucoup de Bretons en vinrent alors à quitter leur pays. Certaines de leurs bandes s'en allèrent jusqu'en Espagne où ils s'établirent sur les côtes de Galice. Mais le plus grand nombre se dirigèrent vers l'Armorique. 

L'installation des Bretons en Armorique. C'est alors que notre péninsule commença à s'appeler la Bretagne. On ne sait pas grand'chose de certain sur la manière dont les Bretons s'y installèrent. D'après les noms d'origine bretonne que portent certaines localités, on peut se rendre. compte que les immigrants s'avancèrent à l'est jusqu'au voisinage des embouchures du Couësnon et au delà de celles de la Vilaine, sans jamais occuper toutefois les environs immédiats de Rennes. 

On sait que l'invasion ne se fit pas d'un seul coup, mais que Bretons arrivèrent par bandes successives pendant un siècle et demi, depuis l'an 440 jusque vers l'an 600. Ils ne s'installèrent dans le pays de Vannes, sans en devenir complètement maîtres, qu'au temps de Waroch, à la fin du VIe siècle. Plus tard, au temps de Nominoë et d'Erispoë, ils s'étendirent encore davantage vers le sud est jusqu'aux .environs de Donges, Blain et Nozay dans la Loire Inférieure actuelle, et même au sud de la Loire jusqu'à Pornic. Une, de leurs colonies avait auparavant fondé Guérande (Gwenn Ran,, le Domaine blanc). Il est certain que, dans bien des cas, ils dépossédèrent par la force les anciennes populations qui s'enfuirent. Mais, par endroits, ils purent s'établir sans résistance sur des terres abandonnées ou de tout temps désertes. Ils devinrent en tout cas les maîtres du pays. 

Les différentes zones d'occupation bretonne. Mais il importe de distinguer deux zones : 

1- Ce qui s'est passé par la suite permet de supposer que les Bretons s'installèrent plus facilement et en plus grand nombre dans la partie occidentale de la péninsule, la Basse Bretagne. Ils y purent assimiler et receltiser rapidement une population clairsemée; leurs dialectes celtiques devinrent la langue commune du pays et les habitants en ont conservé l'usage jusqu'à nos jours. 

2- Mais, à l'est de la limite actuelle de la langue bretonne, dans le pays appelé aujourd'hui pays gallo , , les immigrants ne formèrent sans doute que des colonies dispersées au milieu d'une population galloromaine plus nombreuse. Là, ce furent les Bretons qui finirent, au bout de plusieurs siècles et à la faveur de certaines circonstances, par être assimilés et par abandonner leur langue pour adopter le français. 

Les comtés gallo francs. A l'est, les pays de Rennes, de Vannes et de Nantes restèrent sous l'autorité de comtes désignés par les rois mérovingiens. Les populations gallo romaines de ces dernières régions avaient promptement reconnu l'autorité des rois francs. Leurs évêques, qui étaient leurs chefs les plus écoutés depuis l'effondrement de l'empire romain, virent dans Clovis et ses successeurs les plus sûrs défenseurs de l'ordre et de la religion. L'évêque de Rennes, saint Melaine, fut probablement le principal négociateur de la soumission à Clovis des cités gallo romaines d'Armorique et il serait resté l'un de ses conseillers écoutés. A Saint Félix, évêque de Nantes de 550 à 583, la tradition attribue des travaux importants pour l'aménagement de l'Erdre et de la Loire et l'achèvement d'une première cathédrale; il s'employa à protéger ses fidèles contre les ravages des chefs bretons, intervenant par exemple auprès de Waroch.

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