L'empire Byzantin


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PÉRIODE PROTOBYZANTINE

On considère que la période protobyzantine s’étend de l’époque de la fin de l’Empire romain — daté selon certains à la chute de Rome en 476 ou au début du règne de Justinien en 527 — jusqu’à la mise en place du système des thèmes (fin du VIIe siècle - début du VIIIe siècle). Durant cette période qui précède l'arrivée des Slaves, les habitants de l'Empire se considèrent toujours comme des Romains, qu'ils soient hellénophones (Grecs du sud de l'Italie à l'Asie mineure occidentale et au Delta du Nil), latinophones (Italiques, Valaques des Balkans, Romans d'Afrique du nord), arménophones (Arméniens en Asie mineure orientale), sémitiques (Araméens, Judéens et Arabes de Syrie et Palestine) ou encore coptes (Egyptiens).


AUX TEMPS DE JUSTINIEN

Le règne de Justinien, qui commence en 527, voit une période de conquêtes impériales des anciens territoires romains. Le VIe siècle voit aussi le commencement d’une longue série de conflits avec les voisins de l’Empire, comme les Perses sassanides, les Slaves et les Bulgares. Des crises théologiques, comme le monophysisme dominent aussi l’Empire.

Justinien a peut-être déjà exercé le pouvoir durant le règne de son prédécesseur, Justin (518-527). Justin est un ancien officier de l’armée impériale qui a été chef des gardes sous Anastase, et qui a été proclamé empereur à la mort d’Anastase — il a alors près de 70 ans. Justinien est le fils d’un paysan d’Illyrie, mais aussi le neveu de Justin. Justinien est plus tard adopté par Justin en tant que fils. Justinien deviendra un des personnages les plus raffinés de son temps, habité par le rêve de rétablir la loi romaine sur tout le monde méditerranéen. Il réforme l’administration et la loi, et à l’aide de brillants généraux comme Bélisaire et Narsès, regagne temporairement quelques unes des anciennes provinces romaines perdues à l’Ouest, en conquérant une bonne partie de l’Italie et de l’Afrique de Nord et en récupérant la Bétique.

En 532, Justinien sécurise la frontière orientale de l’Empire en signant un traité de « paix éternelle » avec le roi sassanide Khosrau Ier. Cependant, cette paix nécessite le paiement d’un énorme tribut d’or tous les ans. La même année, la sédition Nika, ou révolte de Nika, dure près d’une semaine à Constantinople. C’est l’explosion de violence la plus grave à laquelle la ville a dû faire face jusque là, et à son issue près de la moitié en est brûlée ou détruite.

Les conquêtes de Justinien à l’ouest commencent en 533, quand Bélisaire est envoyé pour réclamer l’ancienne province d’Afrique avec une petite armée de 18 000 hommes — principalement des mercenaires. Alors qu’une expédition précédente en 468 a été un échec, cette nouvelle aventure est un succès.Le royaume des Vandales à Carthage n’a plus la force du temps de Genséric et les Vandales se rendent après quelques batailles contre les forces de Bélisaire. Bélisaire retourne à Constantinople recevoir le triomphe romain avec le dernier roi vandale, Gélimer, comme prisonnier. Cependant, la reconquête de l’Afrique prend quelque temps à se stabiliser et ce n’est pas avant 548 que toutes les tribus locales indépendantes seront entièrement soumises. 

Basilique Sainte Sophie à Istanbul 

En 535, Justinien lance sa plus ambitieuse campagne, la reconquête de l’Italie. À cette époque, l’Italie est toujours sous la coupe des Ostrogoths. Il envoie une armée par la terre qui fait le tour de la côte dalmate, tandis que le contingent principal, transporté par bateaux et de nouveau sous le commandement de Bélisaire, débarque en Sicile et conquiert l’île sans trop de difficultés. L’armée s’enfonce dans les terres et dans un premier temps les villes importantes comme Naples, Rome ou la capitale Ravenne tombent les unes après les autres. Les Goths semblent défaits et Bélisaire est rappelé à Constantinople par Justinien en 541. Bélisaire emmène avec lui le roi ostrogoth Vitigès, prisonnier et enchaîné. Cependant, les Ostrogoths et leurs soutiens sont vite réunifiés sous le commandement énergique de Totila. La Guerre gothique qui s’ensuit est une série exténuante de sièges, batailles et retraites, et qui consomme presque toutes les ressources fiscale byzantines et italiennes, appauvrissant une bonne partie des campagnes. Bélisaire est rappelé par Justinien qui ne lui fait plus confiance. Les Byzantins sont sur le point de perdre toutes les possessions gagnées par leur armée. Après avoir négligé de fournir suffisamment de ressources logistiques et financières aux troupes désespérées précédemment sous le commandement de Bélisaire, Justinien envoie une armée de 35 000 hommes (principalement des mercenaires d’Asie et Germains) à l’été 552. L’astucieux et diplomatique eunuque Narsès est choisi pour commander. Totala est écrasé et tué à la bataille de Taginae. Le successeur de Totila, Teias, est aussi battu à la bataille du mont Lactarius (près du Vésuve, en octobre 552). Malgré une résistance qui continue de la part de quelques garnisons gothes, et deux invasions des Francs et des Alamans, la guerre pour la reconquête de la péninsule italienne prend fin.

Les plans de conquêtes de Justinien sont étendus en 554 quand une armée byzantine prend une petite partie de l’Espagne aux Wisigoths. Toutes les principales îles méditerranéennes sont aussi à présent sous le contrôle byzantin. En marge des conquêtes, Justinien met à jour l’ancien droit romain avec le nouveau Corpus Juris Civilis. Même si les lois sont toujours écrites en latin, la langue elle-même était devenue archaïque et à peine compréhensible même par ceux écrivent le nouveau code. Sous le règne de Justinien, l’église Sainte-Sophie est construite dans les années 530. Cette église deviendra le centre de la vie relieuse byzantine et le centre de la chrétienté orthodoxe orientale. Le VIe siècle voit aussi une culture florissante et bien que Justinien ferme l’Académie à Athènes, l’Empire romain d’Orient produit des artistes notables comme le poète épique Nonnos de Panopolis, le poète lyrique Paul le Silentiaire, l’historien Procope de Césarée, le philosophe Jean Philoponus et d’autres.

Les conquêtes à l’ouest ont pour conséquence le fait que les frontières orientales sont dégarnies, bien que Justinien ait construit bon nombre de forteresses tout au long de son règne. En 540, Khosrau Ier a déjà brisé le pacte précédemment signé avec Justinien et pille Antioche. La seule façon pour Justinien de devancer les velléités belliqueuses de Khosrau est de payer chaque année une somme toujours plus importante. Les Balkans sont sujets à des incursions répétées des Slaves, qui avaient déjà franchi la frontière impériale pendant le règne de Justin. Ils prennent avantage des lignes de défense dégarnies de l’Empire et s’enfoncent dans les terres byzantines jusque qu’au Golfe de Corinthe. Les Bulgares (Huns koutrigours) attaquent aussi en 540. Les Slaves envahissent la Thrace en 545 et assaillent le port de Dyrrachium (actuelle Durrës) sur l’Adriatique, en 548. En 550, les Sklavènes sont à moins de 65 kilomètres de Constantinople. En 559, l’Empire romain d’Orient se trouve incapable de résister à une grande invasion de Koutrigours et de Sklavènes. Divisés en trois, les envahisseurs atteignent les Thermopyles, la péninsule de Gallipoli et les environs de Constantinople. Les Slaves craignent plus la puissance intacte de la flotte romaine du Danube et les Bulgares — que les Romains ont payé — que l’opposition de l’armée byzantine mal préparée. L’empire est sauf pour cette fois, mais la souverainté byzantine sur les Balkans est presque anéantie dans les années qui suivent.

Très vite après la mort de Justinien en 565, les Lombards, une ancienne tribu foederati (peuple fédéré), envahissent et conquièrent la plus grande partie de l’Italie. Les Wisigoths conquièrent Cordoue, la principale cité byzantine en Espagne, une première fois en 572 et définitivement en 584. Les dernières places fortes byzantines en Bétique sont balayées les 20 années qui suivent. Les Turcs arrivent en Crimée, et en 577, une horde de 100 000 Slaves envahissent la Thrace et l’Illyrie. Sirmium (actuelle Sremska Mitrovica), la cité byzantine la plus importante sur le Danube, est perdue en 582 mais l’Empire romain d’Orient parvient tout de même à garder le contrôle du fleuve quelques années encore bien qu’il perde progressivement le contrôle de ses provinces.  

ATTAQUES DES PERSES ET DES ARABES

Le successeur de Justinien, Justin II, refuse de payer tribut à l’empire sassanide. Il en résulte une longue et dure guerre qui dure jusqu’au règne de ses successeurs, Tibère II Constantin et Maurice Ier et qui se focalisera sur le contrôle de l’Arménie. Heureusement pour les Byzantins, une guerre civile éclot dans l’empire perse. Maurice prend l’avantage de son amitié avec Khosrau II — qui a été aidé par Maurice pour son accession au trône — pour signer un traité de paix favorable en 591. Le traité donne le contrôle d’une bonne partie de l’Arménie occidentale à l’Empire romain d’Orient. Maurice Ier réorganise le reste des possessions byzantines à l’Ouest en créant deux exarchats à Ravenne et Carthage, augmente leurs capacités d’auto-défense et délègue leur direction à des autorités civiles locales.

Les Avars et plus tard les Slaves conquièrent la plus grande partie des Balkans et à l’aube du VIIe siècle, les Sassanides envahissent l’Égypte, la Palestine, la Syrie et l’Arménie. Les Perses sont finalement défaits et les territoires reviennent à l’Empire grâce à l’empereur Héraclius en 627 à la suite de la bataille de Ninive. Cependant, l’apparition inattendue des Arabes nouvellement convertis et unis sous la bannière de l’Islam prend l’Empire — épuisé par ses combats contre les Perses — par surprise et les provinces méridionales sont perdues. La défaite la plus catastrophique pour l’Empire romain d’Orient est infligée par les Arabes à la bataille du Yarmouk, en Syrie. Héraclius et les gouverneurs militaires de Syrie sont lents à réagir à cette nouvelle menace et la Mésopotamie, la Syrie, l’Égypte et l’exarchat d’Afrique sont incorporés de façon permanente au Dar al-Islam à partir du VIIe siècle, un processus qui sera complété par la chute de Carthage en faveur du califat en 698.

Les Lombards continuent leur expansion en Italie du Nord, prenant la Ligurie en 640 et conquérant la plus grande partie de l’exarchat de Ravenne en 751, ne laissant aux Byzantins que le contrôle de quelques petites zones en Italie du Sud ainsi que quelques villes côtières comme Venise, Naples, Amalfi et Gaète.

La perte de territoires est contrebalancée dans une certaine mesure par une consolidation et une uniformisation accrue de l’Empire. L’empereur Héraclius hellénise complètement l’Empire en faisant du grec la langue officielle, mettant ainsi un terme aux derniers vestiges d’utilisation du latin et aux anciennes traditions romaines. L’usage du latin dans les édits gouvernementaux — avec des titres latins comme Augustus et le concept d’Empire romain d’Orient faisant un avec Rome — tombent en désuetude, ce qui permet à l’Empire de trouver sa propre identité. Héraclius cherche aussi à unifier religieusement les habitants de l’Empire, adoptant le compromis du monothélisme.

Beaucoup d’historiens considèrent les réformes en profondeur opérées durant le règne d’Héraclius comme une rupture avec le passé de l’ancienne Rome. Il est courant de faire référence à l’Empire romain d’Orient en le qualifiant de « byzantin » à partir de ce moment. Les rites et pratiques religieuses au sein de l’empire deviennent aussi sensiblement différentes de ceux des anciennes provinces d’Europe occidentale.

Les provinces impériales méridionales diffèrent sensiblement du point de vue culturel de celles du nord, adoptant le monophysisme plutôt que l’orthodoxie chalcédonienne. La pertes de ces territoires méridionaux en faveur des Arabes renforce les pratiques orthodoxes dans les territoires restants.

Constant II subdivise l’empire en un système de provinces militaires appelées « thèmes » afin d’améliorer la réactivité de la population locale soumise à la menace constante d’assauts extérieurs. En dehors de la capitale, la vie urbaine décline tandis que Constantinople croît et devient la plus grande cité du monde chrétien.

Durant le règne de Constant, les Byzantins se retirent complètement d’Égypte et les Arabes lancent de nombreuses attaques contre les îles de la mer Méditerranée et de la mer Égée. Constant envoie une flotte contre les Arabes à la bataille de Phœnix de Lycie en 655 (près de l’actuelle Finike), mais il est défait : 500 navires byzantins sont détruits dans la bataille et l’empereur lui-même a frôlé la mort. Seule une guerre civile avec les chiites empêche le plan d’attaque des Arabes sur Constantinople de se réaliser. 

Mosaïque montrant l'empereur Justinien entouré d'officiers et d'une unité de tagmata.

En 658, l’armée impériale défait les Slaves sur le Danube, ralentissant temporairement leur avance vers les Balkans. Constant, s’étant attiré la haine du peuple de Constantinople, déplaça temporairement sa capitale à Syracuse. En 661, il lance une attaque sur la possession lombarde du duché de Bénévent en Italie méridionale. Après quelques victoires et pillages, il fait retraite à Naples. Il est le dernier empereur d’Orient à visiter Rome jusqu’au XVe siècle. Il est assassiné en Sicile peu après et aucune action sérieuse ne sera entreprise pour reconquérir l’Italie du sud avant le IXe siècle.

Les Arabes mettent le siège devant Constantinople en 672. Ils ne seront délogés qu’en 678 grâce à l’utilisation du feu grégeois. Les Arabes reviennent assiéger la capitale byzantine en 717, ils seront là encore défaits à l’été 718 par le feu grégeois, les hautes murailles de la ville et les compétences des généraux byzantins et de l’empereur-guerrier Léon III l’Isaurien. Après le siège de 718, dans lequel les Arabes subirent des pertes énormes, le Califat n’était plus une menace sérieuse pour le cœur de l’Empire. Il faudra une autre civilisation, celle des Turcs seldjoukides, pour rejeter définitivement les forces impériales d’Anatolie orientale et centrale.

Dans son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, l’historien des Lumières Edward Gibbon dépeint l’empire byzantin de cette époque comme perverti et décadent [1]. Cependant, un autre regard est maintenant porté par les médiévistes et les byzantinologistes et révèle une superpuissance militaire au haut Moyen Âge. Les universitaires mettent en exergue la cavalerie lourde impériale (les cataphractaires), ses dotations (bien qu’inconstantes) en paysans-guerriers bons à tout faire formant la base de recrutement de la cavalerie, son extraordinaire système de défense interne (les thémes), et son utilisation de ruses diplomatiques pour faire combattre ses ennemis les uns contre les autres. D’autres facteurs peuvent aussi être ajoutés : un système de renseignement très efficace de l’Empire, des communications et un système logistique basé sur les trains de mules, une marine incomparable (bien que souvent sous-dotée) et des doctrines et stratégies militaires rationnelles qui préconisent l’utilisation de la surprise, de la dissimulation, des manœuvres rapides, et du rassemblement de forces écrasantes au lieu et à l’heure voulue par le commandant.

PÉRIODE ICONOCLASTE (726-843)

Le VIIIe siècle est dominé par la controverse et la division religieuse de l’iconoclasme.Les échecs imposés par les arabes aux armées impériales étaient interpretées comme autant de manifestations de la colère divine.Les byzantins s'interrogeaient sur les raisons du courroux divin.Les hérésies avaient pourtant été réduites,quelles étaient donc les pratiques religieuses irritant le Ciel? Leon III avait observé que le culte des icones prenait des formes extremes (leur poussiere guérit,elles sont données pour parrains..); en condamnant ce culte et ses excès,l'empereur espérait apaiser la fureur divine. Les icones avaient pourtant toujours fait partie de la spiritualité orthodoxe. Les icônes sont bannies par l’empereur Léon III en 730. C'est le début du premier iconoclasme (730-787) dont l'histoire nous reste fort mal connue tant les sources qui s'y rapportent sont issues des "iconodoules" (partisan des images).Au reste les réactions sont plutot moderées:le patriarche germain démissionne et se retire dans un monastère sans etre inquieté;le pape Grégoire II proteste.En 740 Léon III remporte la nette victoire d'Akroinon sur les arabes, ce qui renforca le credit de l'iconoclasme.Celui-ci prit, sous son fils Constantin V,une forme plus radicale,s'appuyant sur ses victoires contres les Bulgares et les Arabes.Constantin V s'attaque aux milieux monastiques,réputés favorables aux images.La contestation s'étend à travers tout l’Empire. Après les efforts de l’impératrice Irène, le deuxième concile de Nicée a lieu en 787 et affirme que les icônes peuvent être vénérées mais ne peuvent faire l’objet d’un culte. Irène tente aussi une alliance par mariage avec Charlemagne. En théorie, cette alliance aurait pour effet de réunir les deux empires « romains » et de créer une superpuissance européenne comparable en puissance à l’ancienne Rome. En pratique, les deux empires sont si différents qu’il est difficile d’imaginer qu’une telle union puisse avoir lieu. De toute façon, ces plans sont abandonnés quand Irène est déposée cinq ans plus tard.

La controverse iconoclaste revient au début du IXe siècle, elle est définitivement résolue par l’impératrice Théodora, qui restaure les icônes. Ces controverses contribuent à la désagrégation des relations avec l’Église catholique romaine et l’Empire romain germanique, tous deux continuant d’accroître leur puissance et leur indépendance.

Le Christ Pantocrator : célèbre mosaïque byzantine du XIIe siècle se trouvant dans l'église de la Sainte Sagesse (Hagia Sophia) à Istanbul 


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