Les Francs


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ORIGINE DES FRANCS


ORIGINE DES FRANCS

Les Francs sont un peuple germanique apparaissant sous la forme d'une confédération de tribus au moment des Grandes invasions. Une partie d'entre eux joue un rôle central dans l'Histoire de France, des Pays-Bas, de Belgique et d'Allemagne à compter de leur sédentarisation en Gaule romaine.

Les Francs apparaissent au début du Ier millénaire dans les sources latines. Le terme désigne probablement une ligue - ou confédération - de peuples germaniques installés sur la rive droite du Rhin inférieur, au-delà des frontières de l'Empire romain, et qui n'étaient pas assujettis à l'Empire ou à un autre peuple plus important. Le latin francus, franci tend à prouver qu'ils se nommaient ainsi, puisque frank signifie libre en langue germanique (on peut aussi retrouver l'origine du mot Franc dans le mot Frekkr (signifiant hardi, vaillant) issu de la langue Germanique).

Au IVe siècle, les Francs saliens, battus par l'empereur Julien, deviennent les Lètes de Rome, qui les laisse s'installer en Gaule belgique. C'est ainsi le premier peuple germanique à s'établir de manière permanente en territoire romain, et donc le premier aussi à se latiniser. Ces peuples avaient pour point commun de rivaliser avec les Alamans (germ. Alle Männer, tous les hommes), autre regroupement d'ethnies établies plus au sud sur la rive droite du Rhin.

La langue - ou les dialectes - originellement parlés par les Francs ainsi que leur faciès culturel sont rattachés au groupe ethno-linguistique indo-européen germain occidental, comme les Angles, les Frisons et les Saxons par opposition au groupe germain oriental auquel appartiennent notamment les Goths.

Les peuples qui constituaient la ligue des Francs comprenaient vraisemblablement : les Chamaves, les Chattes, les Ansivariens ou Ampsivariens ou Angrivariens, les Bructères les Chérusques, les Angrivariens, les Hattuaires, les Tubantes, les Tenctères, les Usipètes. Les Sugambres ou Sicambres n'étaient pas considérés comme des Francs, les Chauques, établis au nord-est des Frisons, plus souvent rattachés aux Saxons qu'aux Francs. Plus tard on parlera des Francs saliens, établis près de la rivière Sale et des bouches de l'Yssel et des francs ripuaires installés sur la rive droite du Rhin. 


LES GRANDES INVASIONS

Au IIIe siècle, les Francs participent aux grandes invasions dites "barbares" (257), aux côtés d'autres peuples qui pénètrent dans l'Empire romain. Le rôle des Francs reste cependant controversé. Il s'ensuit un rétablissement pour Rome, car les ligues germaniques de l'époque ne pouvaient tenir tête à l'armée impériale.

Vers la fin de l'Empire, aux IVe et Ve siècles, on retrouve des Francs comme Lètes dans la défense du limes, alors grandement romanisés, et en lutte contre d'autres barbares plus menaçants. Pour plus de détails sur ces Francs soumis à l'empire, voir les : Fédérés francs.

Le terme de barbare disparaît avec la fin de la civilisation romaine et de l'espace culturel gallo-romain.

LES MÉROVINGIENS

Parmi les Francs qui sont entrés au service de l'Empire depuis la fin du IIIème siècle, se trouvent les Francs saliens. Leur ancêtre légendaire, sans doute quasi-divin selon les rites germaniques, est pour eux la principale source de légitimité du pouvoir royal. Il se nomme Mérovée.

Toutefois, au Ve siècle leur roi est aussi devenu proconsul des Gaules, c'est-à-dire un fonctionnaire romain d'origine germanique mais très bien assimilé. Les Francs sont alors solidement établis dans les territoires qui allaient devenir la Neustrie et leurs fonctions militaires leur confèrent un pouvoir important en ces temps troublés : le jeune Clovis (germ. Hlodowecus, qui donne par la suite les prénoms Ludovic ou Ludwig en Allemagne et Louis en France) devient leur roi à Tournai, probablement en 481. Mais il lui faut plus que le pouvoir d'essence divine que lui confère la mythologie tribale germanique, pour s'imposer face aux évêques, aux patrices ou à la population gallo-romaine en partie christianisée

Le début du règne de Clovis

A la mort de son père, Clovis a quinze ans, il est donc adulte (la majorité est à douze ans). Il succède à Childéric de plein droit. Il est roi par la naissance, il n'est pas élevé sur un pavois, ce qui arrive quand les Francs doivent délibérer sur la succession du roi défunt et que le nouveau souverain ne disposant pas d'un titre héréditaire incontestable doit être librement choisi par le peuple. Il est acclamé par les guerriers qui considèrent que la jeunesse du prince est pour eux le gage d'un règne long et glorieux. Quelques jours plus tard, Clovis reçoit une lettre de Rémi, l'évêque métropolitain de Reims qui le félicite pour son avènement et lui prodigue des conseils. Cette lettre contient des exhortations empreintes de confiance et d'affection paternelle, elle parle aussi de son père Childéric, sans aucun doute, elle a du faire impression sur le jeune roi. Elle montre que Rémi et le clergé de seconde Belgique saluent en Clovis leur souverain et ainsi prend position dans le face à face avec Syagrius.

Mais Clovis est prudent, et il ne se signale par aucune campagne militaire avant 486. La consolidation de son autorité et la menace que représente Euric, le souverain wisigoth doivent expliquer ce calme. Et pourtant, l'avenir est du côté du Sud ! Au Sud, il y a un espace de romanité qui subsiste entre la Somme et la Loire de la Manche à la Haute-Marne. Un espace de romanité alors que l'Empire d'Occident s'est éteint. Il n'y a plus de magister militum, ni de Patrice. L'Etat a disparu, seuls restent les évêques, arbitres des cités où ils sont installés et le fils d'Aegidius. Le sort des armes va décider entre les deux rivaux.

Situation de la Gaule du Nord en 486 (wikipedia) 

La bataille de Soisson 486

C'est Clovis qui ouvre les hostilités, un fois Euric disparu (485). Après moult délibérations au palais de Tournai, après la recherche des alliances. Les rois saliens apparentés à Clovis, Chararic et Ragnacaire, promettent de participer à la campagne. Se conformant à l'usage germanique, Clovis envoie un défi à Syagrius, le sommant de lui fixer la date et le lieu de la rencontre. Syagrius se préoccupe de couvrir Soissons qui est une des rares cités épargnée par la grande invasion de 406 et par celle d'Attila. Il se porte en avant de sa capitale, avec tout ce qu'il a pu rassembler comme soldats, soit les vétérans d'Aegidius restés fidèles à Syagrius, des soldats gallo-romains et des colons barbares. Comment ces troupes sans enthousiasme vont ils résister au choc impétueux des forces franques ?

Mais, Clovis a un moment d'inquiétude, lorsqu'il voit le roi Chararic, rester à distance de la mêlée, attendant de voler au secours de la victoire selon Grégoire de Tours. Mais dès la première charge des Francs, les troupes de Syagrius se débandent et leur chef s'enfuit à Toulouse. Là Alaric II, tremblant devant la colère de Clovis, lui livre son hôte. "C'est l'habitude des Goths de trembler." écrit Grégoire de Tours.

La ville de Soissons accueille Clovis qui s'installe dans le château d'albâtre, expression populaire pour désigner le palais des gouverneurs romains et la résidence de Syagrius. Le roi Salien fait de Soissons sa nouvelle capitale et prend possession de tout le domaine du fisc impérial resté sans maître. C'est l'origine de ses richesses. Ce domaine comprend un grand nombre de villas qui se retrouveront ensuite dans le patrimoine des rois mérovingiens. 

Dans une des églises que les soldats de Clovis ont pillée, tous les ornements sacerdotaux et tous les vases sacrés ont été emportés. Parmi ceux-ci se trouve une grande urne, d'une beauté remarquable et à laquelle l'évêque du diocèse tient beaucoup. Il envoie donc prier le roi de lui faire rendre au moins cet objet d'art. Cette démarche est celle d'un homme qui ne voit pas un ennemi dans le roi des Francs. Clovis dont l'expédition est terminée, invite le mandataire de l'évêque à le suivre jusqu'à Soissons, où doit avoir lieu le partage du butin selon le procédé traditionnel. On fait un tas de ce qui a été pris. Une part privilégiée, le cinquième habituellement, est assignée au roi par le sort. Tout le reste est partagé en lots qu'on tâche de rendre aussi égaux que possible et qu'on distribue entre tous les soldats. Les oeuvres d'art plus précieuses ne sont évaluées qu'au poids du métal : si elles semblent dépasser la valeur d'une part ordinaire, elles sont mises en pièces.

Clovis risque de perdre de sa popularité pour faire plaisir à l'évêque lorsqu'il demande qu'on lui adjuge le vase en dehors de sa part. Mais ses guerriers l'estiment et comme la demande ne semble pas conséquente, ils sont unanimes à souscrire à son désir. Toutefois, un mécontent, peut être un des commissaires préposés au partage, proteste et casse le vase avec sa hache, en déclarant que le roi n'en aurait tout ou partie que si le sort le mettait dans son lot. Le soldat insolent est dans son droit le plus strict, il défend celui de tous ses camarades et Clovis doit ravaler sa colère. Le vase ayant été attribué au roi par le vote de l'armée, Clovis en prend les morceaux qu'il rend à l'envoyé épiscopal. La bataille de Soissons a ouvert la campagne de 486, le partage du butin dans la même ville l'a close.

L'année suivante, en passant ses troupes en revue, au début de sa campagne, Clovis reconnaît l'homme au vase et le critique sévèrement sur l'état de ses armes.

"Nul n'est aussi mal équipé que toi : ta framée, ton épée, ta hache, rien ne vaut." dit-il en lui arrachant sa hache et en la jetant par terre. Et pendant que le soldat se baisse pour la ramasser, Clovis abat sa francisque sur la tête du soldat en disant : "C'est ce que tu as fait au vase de Soissons." Personne ne bouge dans l'armée et cet acte de sévérité frappe de terreur tous les soldats. Clovis a épargné le soldat la première fois parce qu'il fallait trouver une occasion ou un prétexte pour le frapper.

Cet incident montre que le roi des Francs ménage l'épiscopat au cours de ses conquêtes et cette politique coïncide mal avec l'humeur farouche de ses guerriers. Ceux-ci veulent du butin et rêvent de pillage. Leur donner toute satisfaction risque de voir se lever la région entière et les évêques se faire l'âme de la résistance. Mais montrer trop d'égards envers les autochtones, risque de mécontenter l'armée. Il faut naviguer entre ces deux dangers et laisser passer les violences qu'on ne peut empêcher tout en s'évertuant à réparer aussitôt le mal qui a été fait. De la sorte, la population mécontente contre les soldats, s'aperçoit qu'elle est protégée par leur chef et elle se persuade qu'elle a tout intérêt à reconnaître l'autorité de ce protecteur.

Les sources sont presque muettes sur les dix ans qui suivent cette bataille de Soissons. Mais en 496, Clovis est maître de la Gaule jusqu'à la Loire, il a donc passé une partie de ce temps à la conquête de ces belles provinces et à éliminer les derniers partisans de Syagrius. Deux épisodes nous montrent, s'ils sont vrais, que Clovis rencontra parfois une vive résistance. Le premier est tiré de la Vita Sacra Gennovefae (la vie de sainte Geneviève) et concerne Paris. Lorsque les barbares apparaissent, les habitants abandonnent à l'ennemi les villae et les sanctuaires dans ses faubourgs et se réfugient dans l'île à l'abri des fortifications romaines. Paris ne veut pas se rendre.

L'hagiographe dit que le siège dure cinq ans, cela semble un peu long, mais il ajoute que la disette est là, plusieurs personnes meurent de faim. Et malgré un investissement rigoureux de l'île par les assiégeants, Geneviève, qui a déjà rassuré les Parisiens lors de l'invasion d'Attila, réussit à s'échapper en barque sur la Seine et à revenir avec une flottille de ravitaillement. Après avoir failli périr durant cette navigation, elle rentre triomphalement dans Paris et distribue aux affamés les abondantes provisions qu'elle a rapportées. On ne sait pas comment le siège s'est terminé mais on peut supposer que l'influence pacifiante de Geneviève a facilité le pacte qui a enfin cédé Paris à Clovis.

Pendant que Paris, protégée par les deux bras de la Seine et sa muraille romaine, inaugure la série de sièges mémorables qu'elle a soutenus, les Francs achèvent la conquête de la Gaule romaine située sur la rive droite de la Seine. Le deuxième épisode se passe à l'est dans la première Belgique. Il s'agit de Verdun sur la Meuse. Quand les Francs arrivent pour investir cette ville, l'évêque Possessor est mourant. L'armée franque déploie toutes les ressources de la poliorcétique la plus savante à cette occasion. Du haut des tours, les habitants voient la ligne de circonvallation progresser chaque jour. Lorsque cette étape est terminée c'est le bélier qui commence à battre les murailles tandis qu'une grêle de traits refoule les défenseurs qui se présentent sur les remparts.

L'évêque expire et le danger s'accroit. La population démoralisée n'attend son salut que de la clémence du roi barbare. Mais comment, alors que le protecteur de la cité vient de disparaître? On s'avise qu'un vieux prêtre est vénéré pour ses vertus, il se nomme Euspicius. Il accepte d'aller recommander ses concitoyens au barbare victorieux. Clovis lui accorde une capitulation honorable et sans doute la sécurité pour les personnes. Deux jours de réjouissances scellent la réconciliation écrit le narrateur de la Vita sancti Maximini. Le pays situé au nord de la Seine passe sous l'autorité du roi salien dans des conditions spéciales. Il n'est pas conquis selon les lois de la guerre, ni annexé selon un traité régulier.

Clovis en prend possession comme d'une terre sans maître qui a besoin d'un protecteur et en général il est salué comme tel. L'occupation se fait sans trop d'à-coups, en raison de l'intervention active des évêques qui savent s'interposer entre les uns et les autres, mettre la confiance et la modération dans les relations mutuelles et procurer aux Gallo-Romains une situation très favorable.

Et ces autochtones prennent le nom de Francs tout comme les barbares. Ils restent en possession de leurs biens, il n'y a pas de partage comme dans les autres royaumes barbares. Les Francs qui veulent s'établir dans les nouvelles conquêtes de leur roi n'ont pas besoin de dépouiller les habitants, les terres du fisc et les domaines abandonnés sont très nombreux. Les provinces voient d'un bon oeil ces nouveaux colons puisqu'ils apportent du travail et de la vie. Les guerriers de Clovis qui se mêlent aux Gallo-Romains dans la gaule du Nord sont peu nombreux et peu encombrants. Aucune source contemporaine ne relate le moindre conflit résultant de la différence des origines.

Clovis ne s'arrête pas à la Seine. Il la franchit se fait reconnaître comme souverain des terres entre Seine et Loire. Il s'agit d'une deuxième conquête, distincte de la première. Ainsi dans Liber historiae (VIIIè siècle), on peut lire : 

"En ce temps, Clovis, augmentant son royaume, l'étendit jusqu'à la Seine. Plus tard, il se rendit encore maître de tout le pays jusqu'à la Loire.

Pourquoi cette différence ? La Gaule au Nord de la Seine était la sphère d'influence de Syagrius. Mais au Sud de la Seine son influence était nulle. Cette partie de la Gaule a déjà secoué le joug de Rome et s'est pourvu en gouvernements locaux à la fin de l'Empire. Elle a, plus tard résisté à Aegidius. Alors comment est gouverné ce pays ? On peut supposer que dans ces régions, un certain nombre de "républiques municipales" sont inspirées par leurs évêques et l'identité des intérêts a rapproché en une sorte de fédération nationale. Les évêques, installés dans les palais des gouverneurs héritent aussi de leurs fonctions désormais sans titulaire. Ce que fut le pape Grégoire le Grand dans la ville de Rome menacée par les Lombards et délaissée par les empereurs, les évêques de Gaule le sont pour leur ville.

Comment Clovis va implanter son autorité ? Par la guerre ou par la négociation ? Les annalistes sont muets mais Clovis est connu, son père a laissé de bons souvenirs. Les Gallo-Romains n'ont aucune hostilité préconçue contre les Francs et dégoûtés de l'Empire, ils voient plutôt en eux des libérateurs. Un écrivain byzantin, presque contemporain, qui fait des erreurs sur les détails locaux mais décrit avec netteté les situations générale, Procope qui est venu en Italie et a été en rapport avec des Francs, écrit :

"Les Francs ne pouvant avoir raison des Armoriques par la force, leur proposèrent l'alliance et des mariages réciproques. Les Armoriques acceptèrent cette proposition, car les deux peuples étaient chrétiens, et de la sorte ils n'en formèrent plus qu'un seul et acquirent une grande puissance."

Quand Procope parle d'Armoriques, il désigne les populations de la Gaule occidentale. La preuve c'est la parfaite égalité entre les autochtones et les conquérants, comme au Nord de la Seine. Quand Procope écrit cela, il n'y a plus aucune distinction, les deux peuples se sont fondus en un seul. Procope apporte un autre témoignage sur la Gaule de cette époque : 

"Il restait aux extrémités de la Gaule, des garnisons romaines. Ces troupes ne pouvant ni regagner Rome ni se rallier aux ennemis ariens, se donnèrent avec leurs étendards et avec le pays dont elles avaient la garde aux Francs et aux Armoriques. Elles conservèrent d'ailleurs leurs usages nationaux, et elles les transmirent à leur descendants qui les suivent fidèlement jusqu'à ce jour..." 

Cette information est confirmée par la Notitia Dignitatum et par Grégoire de Tours. Au Vème siècle, en Gaule, il y a un grand nombre de colonies militaires, formées par des barbares de toute nationalité, en particulier entre Seine et Loire. Ces barbares se trouvent à présent sans maître et sans titre de possession des terres que l'Empire leur a donné en échange de leur sang versé sous l'étendard des légions. Ils retrouvent un maître et un titre de possession en saluant Clovis comme leur souverain. Pour cet hommage qui ne doit guère leur coûter, ils conservent leur rang et leurs biens. Les Francs ont l'habitude d'incorporer tous les barbares qu'ils trouvent établis dans leurs nouvelles conquêtes.

Mais deux groupes plus compacts demeurent entre Seine et Loire moins faciles à assimiler il s'agit d'une part des Saxons et d'autre part des Bretons. Les Saxons s'échelonnent sur le littoral de la Manche depuis la Belgique actuelle jusqu'aux limites de la Bretagne. Et au delà, ils sont installés sur les rives de la Loire près de son embouchure. Une partie est déjà intégrée au royaume franc depuis Clodion, il s'agit des Saxons qui sont venus près de Gesioracum (Boulogne) au temps de Carausius. Ils sont renforcés par de nouveaux venus, originaires de Basse Saxe, au Ve siècle. 

Une autre groupe plus important est venu par la mer dès le IIIè siècle et demeure dans le Bassin, dans l'actuelle Basse Normandie, dans le pays des Bajocasses, près d'Augustodurum (actuellement Bayeux). Les Saxons sont majoritaires dans cette région appelée par les Romains Litus Saxonicum (rivage saxonique). A la fin du VIe siècle, ils forment encore une enclave germanique au milieu du royaume franc.

Le troisième groupe établi dès l'époque romaine sur la rive gauche de la Loire vers son embouchure et sur les îles de son estuaire, ont terrorisés les habitants. Leur défaite contre le comte Paul allié à Childéric 1er, ne les a pas réduits, au contraire, sous le règne de Clovis, ils menacent Portus Namnetum (Nantes) qui est un des principaux centres de commerce en Gaule. Comment ses habitants ont ils réagi en voyant les troupes franques arriver ? Il n'y a pas de réponse précise mais on peut penser qu'un accord pacifique est passé comme dans le reste de cette Gaule romaine. Et les Saxons de la région gardent pendant toute cette période leurs traditions. Mais c'est dans le Bessin que cette "nationalité" est restée la plus vivace puisqu'on trouve dans un capitulaire de 853, l'appellation de Otlinga Saxonia qui désigne ce pays.

Pour les Bretons, installés depuis le milieu du Vème siècle avec l'autorisation de l'Empire, ils lui ont servi d'auxiliaires contre les Barbares. Mais au moment où Clovis vient étendre son royaume jusqu'à la Loire, les Bretons sont plus nombreux suite à l'immigration massive en provenance de la Britannia et ils attaquent les voyageurs entre Tours et Orléans. Et comme le cite Léon Fleuriot, la cité de Bleso Castro (Blois) est occupée par les Bretons depuis environ 410. La prise de la cité par Clovis en 491 et l'expulsion des Bretons sont confirmées par la Chronique du château d'Amboise datant du XIè siècle. Il ne semble pas qu'une guerre ouverte a éclaté entre Francs et Bretons, mais une sorte d'accord particulier, reconnaissant la suzeraineté du roi des Francs et l'indépendance et les chefs nationaux pour les Bretons. Ce que nous retrouvons chez Grégoire de Tours quand il dit : "Après la mort de Clovis, les Bretons continuèrent de rester sous l'autorité des Francs, mais en gardant des chefs nationaux* qui portaient le titre de comtes et non de roi." Cela n'empêchera pas les combats entre Francs et Bretons souvent remportés par ces derniers car combattant à cheval avec des javelots contre de l'infanterie lourde.

* A cette époque la Bretagne est formée de deux puissances distinctes, le littoral Nord jusqu'au Cotentin est la Domnonée tandis que le Sud, jusqu'à la région de Brest est la Cornouaille. La limite avec le territoire franc suit la Vilaine et la Rance.

A cette période ou bien plus tard selon Grégoire de Tours, Clovis exécute ses cousins et alliés : le roi Ragnacaire (Cambrai) et ses frères Richaire et Rignomer, le roi Chararic (Dispargum), son fils et ses parents, par la ruse. En 491, Clovis combat avec ses Francs une bande de Thuringiens qui viennent attaquer son royaume par le Nord sur le Rhin inférieur, et la repousse.


Le mariage de Clovis (493)

Clovis a une position éminente en Occident et il est temps qu'il se marie avec une femme de lignée royale. Théodoric le Grand mène une politique matrimoniale en Occident et le royaume Franc ne doit pas tomber dans sa "clientèle". Ce sont les Francs qui vont trouver "l'oiseau rare" pour leur roi, chez les Burgondes. Clovis est veuf d'une femme de la famille princière des Francs Ripuaires dont l'histoire n'a pas retenu le nom qui lui a laissé un fils, Theutric (en français Thierry) né entre 485 et 490. La promise se nomme Clotilde, la fille de Chilpéric, le défunt roi de Genua (actuellement Genève) et la nièce de Gondebaud dont Clovis recherche l'alliance.

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Elle est louée pour sa beauté et ses vertus. Clovis est vite désireux d'épouser la princesse burgonde. Il doit négocier le mariage avec Gondebaud et la famille royale Burgonde est flattée de l'alliance qui la rattache à ce souverain si puissant et éventuel allié face aux Goths d' Italie et d'Espagne. Le seul scrupule vient de Clotilde, catholique fervente, troublée par un mariage avec un païen, mais elle doit obéir à Gondebaud. Elle se tourne vers les prélats qui la rassurent, en particulier Saint Avitus, l'évêque de Vienne.

Une ambassade solennelle part selon la coutume chercher la jeune fiancée et la ramène à son futur époux qui est venu à sa rencontre à Victrix (actuellement Vitry le François) aux confins des deux royaumes. Ensuite il la conduit à Soissons où se déroule le mariage, en 493 écrit Grégoire de Tours; Le couple vit heureux mais la naissance du premier enfant va mettre en lumière la distance religieuse qui sépare les époux. Suivant les recommandations des prélats, Clotilde fait baptiser ce bébé du nom d'Ingomir et Clovis accepte que l'héritier du trône devienne catholique. C'est un baptême royal avec beaucoup de faste, il s'agit de frapper l'imagination du roi. Mais l'enfant n'a pas encore été dévêtu de la robe de baptême qu'il expire.

Le père accablé prononce ces paroles : "C'est votre baptême qui est la cause de sa mort, si je l'avais consacré à nos dieux, il serait encore vivant."

L'année suivante, Clodomir, un autre fils naît et vient consoler les jeunes époux de la perte d'Ingomir. Le roi ne s'oppose pas au baptême de ce second fils. Et après le baptême, l'enfant commence à languir peu de remps après son baptême et le roi des Francs dit à la reine : 

"Pouvait-il lui arriver autre chose qu'à son frère ? Il a été baptisé au nom de votre Christ, il faut donc bien qu'il meure !"

Mais l'enfant se rétablit. Clotilde est consolée et Clovis, sourd aux instances de la reine.

L'expansion considérable du royaume des Saliens, depuis que Clovis en a la charge, l'a mis en contact avec tous les peuples qui se partagent la Gaule. Et parmi eux, les Alamans, qui forment une nation belliqueuse, depuis le IIIème siècle, ils passaient le Rhin et ravageaient la Gaule parfois en combinant leurs assauts avec ceux des Francs. Les empereurs étaient mobilisés par ces raids destructeurs si bien que les historiens romains ont rempli les annales de leurs exploits. Chaque années les Alamans perdent des milliers de combattants sur le sol gaulois, ainsi à Argentorate, contre le César Julien, pas moins de trente mille combattants ont pénétré en Alsace en 354. Chaque fois que la nation semble anéantie, elle revient l'année suivante comme si elle était restée en paix. Ces Alamans se sont rendus maîtres des Champs Décumates, de ce point, ils peuvent attaquer Mediolanum (Milan) ou l'Alsace. et c'est de cette présence que vient le nom Strasbourg. Voici les adversaires, unifiés que les Francs allaient devoir un jour affronter.

"La bataille de Tolbiac"de SCHEFFER Ary, 1836, musée national du château et des Trianons de Versailles. 

La bataille de Tolbiac 496

Face à cette puissante nation militaire les Francs sont divisés entre Saliens et Ripuaires et s'ils sont liés par des liens familiaux, si leur intérêt est le même vis à vis des Alamans, il est facile pour ces derniers de se jeter sur l'un des deux peuples francs et de le surprendre avant qu'il ne soit secouru par l'autre. D'autre part la distance entre les deux capitales Soissons et Cologne met les Francs dans une situation stratégique mauvaise du moins tant qu'ils restent en défensive. Ce sont les Francs Ripuaires qui ont supporté le plus les attaques des Alamans qui n'ont qu'à descendre le cours du Rhin pour atteindre sans obstacle leurs campagnes ouvertes. Les Francs Ripuaires se sont alliés avec les Burgondes pour résister aux Alamans, Sigemer un prince rhénan s'est marié avec une princesse burgonde selon Sidoine Appolinaire. Et les Alamans s'étendent progressivement au détriment des Francs Ripuaires. Ils sont déjà à une journée de marche de leur capitale, une prochaine bataille perdue pour les Ripuaires et leur capitale tombe et tout le royaume avec.

Puis comme les Alamans poussés par une fièvre d'expansion, reviennent à la charge et cognent à la frontière sur les domaines des Saliens aussi bien que des Ripuaires, Clovis est entraîné dans cette guerre en 496, la quinzième année de son règne. Sigebert subissant une véritable invasion appelle son parent Clovis à l'aide. Il défend une forteresse construite par les Romains face aux hauteurs volcaniques de l'Eiffel à Tolbiac, en latin Tulpiacum (aujourd'hui Zulpich en Rhénanie du Nord Westphalie), à 34 kilomètres au sud ouest de Cologne. C'est là que Sigebert est blessé au genou et est depuis appelé Sigebert le Boiteux. Alors Clovis passe les Vosges et entre en Alsace. L'enjeu et l'adversaire sont tels que Clovis y engage toutes ses troupes ainsi que des contingents de Ripuaires. En face, les Alamans alignent des forces aussi conséquentes.

Les soldats Alamans sont tout à fait dignes de se mesurer aux vétérans de Clovis. La furie alémanique est célèbre sur les champs de bataille. Ils sont habitués à se ruer vers la victoire avec un élan irrésistible. Néanmoins, ils savent eux aussi, en fonction de l'expansion récente des Francs Saliens, qu'ils jouent une dernière carte et la gravité de cette situation augmente la fièvre des combats. La lutte est âpre et les troupes franques commencent à plier. Clovis qui combat à la tête de ses Francs, seul cavalier bien visible, n'arrive plus à les conduire à l'assaut et voit la débandade pour bientôt. Et derrière, il entrevoit le désastre de la défaite et de la fuite. Il prie ses dieux mais rien ne se passe, alors il se rappelle les paroles de Clotilde et, désespéré car sa défaite signifiant qu'il est abandonné par les dieux lui fera perdre le pouvoir, il invoque le dieu de Clotilde, écrit Grégoire de Tours :

"Jésus-Christ, que Clotilde affirme être Fils du Dieu vivant, qui, dit-on, donne du secours à ceux qui sont en danger, et accorde la victoire à ceux qui espèrent en toi, j’invoque avec dévotion la gloire de ton secours : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, et que je fasse l’épreuve de cette puissance dont le peuple, consacré à ton nom, dit avoir relu tant de preuves, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom ; car j’ai invoqué mes dieux, et, comme je l’éprouve, ils se sont éloignés de mon secours ; ce qui me fait croire qu’ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu’ils ne secourent pas ceux qui les servent. Je t’invoque donc, je désire croire en toi ; seulement que j’échappe à mes ennemis."

Et aussitôt, le combat change d'aspect. Les soldats de Clovis, comme si un allié puissant entrait brusquement dans la mêlée, reprennent courage. Les Francs repartent à l'assaut. C'est au tour des Alamans de plier, leur roi est tué dans la mêlée. La mort de leur chef anéantit leur ardeur. Les vainqueurs de tout à l'heure sont maintenant des vaincus. Les Alamans jettent leurs armes et se jettent aux pieds du roi des Francs pour lui demander grâce. Clovis les traite avec générosité et se contente de leur soumission. La guerre prend fin, le territoire alaman en Gaule est annexé.

Mais la soumission des Alamans ne dure pas longtemps. Le premier découragement passé, ils relèvent la tête et refusent de payer le tribut que Clovis a imposé. Ils reprennent bientôt les armes, considérant que la modération de Clovis est un signe de lâcheté. Et les Francs doivent les réduire, cela prend plusieurs campagnes jusqu'au début du VIème siècle (505). Le résultat, pour les Alamans est l'écrasement et, poursuivis, la framée dans les reins, ils abandonnent les riches vallées du Mein et du Neckar et fuient vers les provinces méridionales, les hauts plateaux de la Souabe et les vallées de la Suisse, tandis que des colons francs venus du pays des Chattes s'établissent sur la patrie des Alamans qui est devenue la Franconie. Théodoric l'Ostrogoth, les prend comme "fédérés" avec pour mission de garder les passages des Alpes contre les tentatives d'invasion des Thuringiens ou des Hérules.

Il fallait à présent pour Clovis s'acquitter de sa promesse d'accepter le baptême. Sur le principe, Clovis, bien que païen, sait tout ce que représente l'Eglise comme seule autorité survivante de l'Empire et par ce baptême il s'assure la sympathie du peuple gallo-romain. Mais il est aussi le chef d'une communauté qui croient en d'autres dieux et s'il est seul à être baptisé, il ne restera pas le roi des Francs. En revenant vers Clotilde, Clovis est acclamé par les populations de la Gaule orientale (au delà des Vosges), qui sont débarassés des féroces Alamans. Selon un hagiographe du VIIème siècle, dans la vie de Saint Vaast, le roi Clovis est rentré par Toul et là, s'informe de quelqu'un qui puisse l'initier à la religion catholique. Et quand il rejoint Clotilde, il lui annonce qu'il a renoncé à ses dieux. Mais la reine craint que Clovis soit tenté par l'arianisme qui a tant de succès dans les cours barbares. Elle convoque saint Rémi et le prie "d'insinuer chez le roi la parole du salut".

Clovis désire s'instruire dans la religion chrétienne mais ce n'est pas une urgence pour lui. Il rencontre d'abord l'évêque de Reims, en secret. C'est saint Rémi qui cathéchise Clovis et selon Frédégaire, quand Clovis écoute la Passion du Christ, il s'écrie : "Que n'étais-je point là avec mes Francs!". Et se pose le problème de l'adhésion de ses hommes à cette nouvelle religion. La partie gallo-romaine est acquise à ce changement parce que catholique mais comment vont réagir ses Francs ?

Clovis consulte ses fidèles selon l'usage germanique sans abuser de son autorité. Il est respecté et admiré par ses antrustions. Certains acceptent de recevoir le baptême, mais pas tous. Ces conversions entraînent celle d'une partie des Francs, les autres continuent de pratiquer le paganisme qui décline au contact des Gallo-Romains. La décision de Clovis ne provoque pas d'opposition. Le baptême collectif a lieu un 25 décembre mais on n'est pas sûr de l'année, plutôt 498 ou 499.

La cérémonie bénéficie de toute la solennité souhaitable, les principaux guerriers, les prélats et les patrices gallo-romains sont conviés, Clovis affiche sa foi nouvelle. Il est introduit dans le baptistère où l'attend saint Rémy. Clovis demande à recevoir le baptême et l'évêque de Reims lui répond :

"Courbe la tête avec humilité, ô Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré !"

A l'inverse de l'Orient où le baptême se fait par immersion, en Occident, les cuves baptismales sont trop peu profondes et le prêtre verse par trois fois l'eau lustrale sur la tête et les épaules du baptisé. Pour les autres Francs qui ne sont pas trois mille à partager le baptême, il doit y avoir une aspersion collective. Grégoire de Tours est muet sur ces détails. 

Cet événement a un retentissement exceptionnel. La nature du pouvoir royal est modifiée, l'assemblée des guerriers pouvait déposer le roi pour désigner un remplaçant dans la famille royale. A présent, le baptême de Clovis légalise son droit de régner au nom de Dieu et ses parents sont écartés du pouvoir sauf ses descendants directs. Les rois ariens sont mis en difficulté relativement à leurs sujets gallo-romains qui composent la majorité de leurs peuples. En particulier, chez les Wisigoths, Clovis représente le libérateur attendu. L'empire d'Orient n'est plus seul et l'empereur Anastase 1er (491 - 518) va entretenir des relations privilégiées avec ce nouveau Constantin.

Dans son royaume, la conversion de Clovis accélère la fusion entre Francs et Gallo-Romains dans un premier temps au sein des classes dirigeantes. L'Eglise catholique est assurée de la prééminence religieuse et sa victoire sur l'arianisme. Hier considérée comme une société de vaincus, l'Eglise catholique, d'un coup devient émancipée puis souveraine. Clovis subit un drame familial quelques jours après son baptême, sa soeur Alboflède qui est devenue religieuse, meurt. Saint Reacutemy, apprenant la nouvelle, envoie immédiatement un de ses prêtres muni d'une lettre de condoléances propre à réconforter le nouveau converti. La tradition du sacre à Reims durera jusqu'en 1825, pour le roi Charles X.

Cette conversion facilite la signature d'un traité d'alliance entre Clovis, les Bretons et les Armoricains en 497, qui est négocié avec les évêques bretons Patern et Melaine. Par ce traité les Bretons sont dispensés de payer un tribut à Clovis, et les rois bretons deviennent des comtes. Mais il y a aussi un aspect stratégique dans ce traité : pour les Bretons il faut laisser la possibilité de recevoir des britto-romains venus d'outre Manche et une troisième ville est autorisée à recevoir ces "réfugiés", c'est la cité des Coriosolites, Fanum Martis (Corseul aujourd'hui), les deux autres villes sont celle des Osimes et celle des Vénètes. Pour Clovis, ce traité lui permet de bénéficier de l'aide de la marine bretonne contre les raids des pirates saxons ou scots. Cette porte d'entrée ouverte en Armorique facilite la formation du royaume breton de Domnonée. La liberté des mers pour les Francs s'harmonise avec la défense des côtes et la protection de l'immigration, cela va favoriser cinquante ans de paix entre les Francs et les Bretons. Chez les Burgondes, cette conversion du roi des Francs renforce l'opposition entre le chef de la famille régnante Gondebaud et Godegésile son frère qui prend la tête de l'opposition au roi des Burgondes.


La guerre contre les Burgondes.


Selon Grégoire de Tours, Clovis reçoit des émissaires de Godegésile qui lui proposent secrètement de venir l'aider à éliminer Gondebaud, en échange de quoi, un tribut sera versé au roi des Francs. Au printemps 500, Clovis, à la tête de l'armée franque, envahit la région de Divio (actuellement Dijon). Gondebaud se met d'accord avec son frère Godegésile pour aller l'arrêter en avant de Divio. Les trois armées se rejoignent au bord de l'Ouche. Mais les troupes de Godegésile se rangent du côté de Clovis et l'armée de Gondebaud est nettement vaincue. Gondebaud s'enfuit vers Avignon. Le nouveau roi des Burgondes gouverne à Vienne et ne paie aucun tribut au roi des Francs. Gondebaud, une fois l'armée franque partie, recrute une armée et assiège Vienne.

Clovis n'intervient pas dans cette courte lutte entre les deux frères ennemis en raison de la politique de rapprochement de Gondebaud vis à vis des Wisigoths. Les fortifications de la cité arrêtent l'armée de Gondebaud mais comme Godegisile n'a rien prévu, le siège ne durerait pas longtemps. Gondebaud investit soigneusement la place et la famine se fait bientôt sentir. On expulse les bouches inutiles et parmi ces malheureux se trouve l'ingénieur spécialiste de l'entretien des aqueducs de la cité. Ulcéré, il propose à Gondebaud de faire pénétrer ses soldats dans la place. Entrant dans le conduit d'un aqueduc, coupé depuis le début du siège, il fait lever la pierre qui couvre l'oeil du conduit. Les soldats de Gondebaud qui l'accompagnent, aussitôt se précipitent et ouvrent les portes à leurs frères d'armes. Les défenseurs surpris en désordre sont massacrés écrit Grégoire de Tours. Godegisile se réfugie dans l'église arienne mais les vainqueurs ne respectent pas le droit d'asile, ils pénètrent dans l'église et éliminent le roi et l'évêque arien.

Le corps de soldats francs laissé par Clovis s'est réfugié dans une tour. Ils capitulent et ont la vie sauve, Gondebaud défend expressément qu'on touche à leur personne. La vengeance de Gondebaud est sanglante, la curie de Vienne comprenant des personnages distingués est saignée, ceux de ses membres qui ont pris le parti de Godegisile subissent des supplices raffinés, les Burgondes reconnus coupables de trahison sont châtiés de la même façon. Après ces débuts sanglants, Gondebaud se radoucit et fait publier la loi Gombette en 502, dans le but d'éviter que les Burgondes n'oppriment les Gallo-Romains. Les relations entre Gondebaud seul roi des Burgondes à présent et Clovis s'améliorent vite et un ou deux ans plus tard, ils se rencontrent, à la limite de leurs deux royaumes.

Sur la rivière de Quoranda (aujourd'hui la Cure), un affluent de l'Yonne, au milieu de la rivière, selon les traditions barbares, les deux rois se retrouvent, chacun dans son bateau avec escorte selon La Vita Eptadii. Ainsi, aucun des deux souverains n'est obligé de mettre le pied sur le sol de l'autre, les négociations se tiennent en "pays neutre", dans des conditions de sécurité et de dignité égales. L'objet de la rencontre, pour les deux rois, est d'effacer le souvenir des disputes anciennes. Ce point là est acquis rapidement acquis, mais quand Clovis aborde le projet d'alliance entre les Francs et les Burgondes, Gondebaud comprend vite que cela signifie la rupture avec les Wisigoths. Il demande peut-être un temps de réflexion, mais l'alliance est finalement conclue, ce qui est une remarquable réussite pour Clovis après cette guerre franco-burgonde. Car comment envisager une campagne contre les Wisigoths avec les Burgondes hostiles sur le côté.

Mais qu'est ce qui a déterminé Gondebaud à changer d'allié ? D'abord l'attitude équivoque d'Alaric II qui accepte la garde de prisonniers francs faits par Gondebaud, les retournent chez Clovis. Comment compter sur un allié aussi peu fiable ? Et surtout, la ville d'Avignon où il s'est réfugié, lui a été enlevée par les Wisigoths quelques années auparavant. Alors qui a trahi ? En outre Clotilde ne semble pas étrangère à ce revirement selon Godefroid Kunth. Vers 505, le fils aîné de Clovis, Thierry épouse Suavegothe, la fille de Sigismond le fils du roi des Burgondes Gondebaud ce qui concrétise un rapprochement voulu par Avitus et dont Clovis va profiter bientôt. 


La situation en Gaule wisigothique

Théodoric II a su augmenter la superficie du royaume wisigoth après la mort d'Aegidius tout en se faisant accepter par les Gallo-Romains. Mais son frère Euric le tue et prend sa place en 468. Il rompt le foedus avec Rome et conquiert peu à peu toute la Gaule au sud de la Loire mais l'Auvergne lui résiste et il faut un traité signé par l'empereur Julius Nepos, pour qu'il la gagne en échange de la Provence en 475. Et Rome lui accorde la concession légale des terres conquises. Il est vainqueur des Suèves en Lusitanie et augmente encore son royaume. Et en 476, il conquiert tout le sud de la Gaule jusqu'aux Alpes. Mais c'est un arien convaincu, et la répression contre le clergé catholique qui dépendait d'un gouverneur zélé et donc variait d'une cité à l'autre devient plus systématique même s'il y a des exceptions. Par exemple l'Auvergne reçoit un gouverneur autochtone et catholique. Mais dans les autres provinces des évêques sont tués selon Grégoire de Tours ou exilés comme Sidoine Apollinaire de Clermont ou Crocus de Nîmes et ces évêques ne peuvent être remplacés. Euric semble vouloir supprimer le catholicisme par l'extinction progressive de la hiérarchie. Le recrutement des prêtres devient impossible, les églises sont abandonnées et tombent en ruine comme l'écrit Sidoine Apolinaire. Le résultat de cette politique, c'est de ranimer le patriotisme romain en Gaule. Et comme les Francs se sont rapprochés de la Loire, nouvelle frontière, les Catholiques voient avec envie ce royaume où les évêques et le roi font bon ménage. Les Wisigoths se rendent comptent de cette attraction, imaginent des complots et persécutent les Catholiques ce qui renforce le sentiment anti wisigoths des Gallo-Romains.

Depuis l'avènement d'Alaric, la persécution contre les Catholiques n'est plus le fait du pouvoir, les Wisigoths s'en chargent avec des variations énormes d'une région à l'autre. Ainsi à proximité de la Loire, où les Catholiques se sentent plus forts, les Ariens se montrent moins sûrs d'eux. Mais cependant Saint Volusien, évêque de Saint Martin de Tours est exilé à Toulouse sur l'ordre d'Alaric. Bien sûr, la perspective d'un conflit avec ce roi catholique qui réussit tout ce qu'il entreprend inquiète Alaric II qui en 506, fait publier la Lex romana wisigothorum, un recueil de lois régularisant la situation des Gallo-Romains et plus connu sous le nom de Bréviaire d'Alaric. Alaric II décide le retour des évêques déposés et autorise Saint Césaire à tenir un concile à Agde, en 506. Mais il est trop tard pour changer l'opposition des Gallo-Romains. De son côté Théodoric fait tout son possible pour créer une coalition contre Clovis. En même temps qu'il prêche la modération et propose aux deux futurs belligérants de se rencontrer sous son autorité pour régler les litiges, il écrit au roi des Hérules, à celui des Warnes et à celui des Thuringiens pour qu'ils attaquent par le Nord les Francs Saliens et Rhénans. Il tente aussi d'amadouer le roi des Burgondes et lui envoie une horloge à eau. Clovis a déjà attaqué le royaume wisigoth et s'est avancé jusqu'à Saintes, puis Bordeaux. On le sait parce que les Wisigoths ont repris Saintes. Tours a eacute;té pris, perdu, repris et reperdu. Alaric II tente une entrevue de la dernière chance avec Clovis sur l'île Saint Jean, au milieu de la Loire, à proximité de l'actuelle cité, d'Amboise. L'entrevue semble cordiale, Clovis donne le change et évalue son futur adversaire. Cela ne donne rien sinon que les prisonniers Francs donnés à garder par Gondebaud sont rendus à leur roi.


La campagne contre les Wisigoths

Les Francs Saliens sont enthousiastes à l'idée de conquête au Sud de la Loire car il y a de bonnes perspectives de butin. Clovis a déjà attaqué le royaume wisigoth et s'est avancé jusqu'à Saintes, puis Bordeaux. On le sait parce que les Wisigoths ont repris Saintes. Tours a été pris, perdu, repris et reperdu. L'armée de Clovis ne comprend pas uniquement des Francs, il y a les Gallo-Romains qui sont présents, les Francs Ripuaires, conduits par le prince Cloderic, fils de Sigebert le Boiteux et puis les Bretons qui sont alliés au roi des Francs. L'armée burgonde commandée par le prince Sigismond, le fils du roi Gondebaud, doit attaquer par l'Auvergne. L'empereur d'Orient qui soutient cette offensive pour affaiblir le roi Ostrogoth, décide de faire avancer une escadre vers les côtes du Sud de l'Italie pour occuper les soldats de Théodoric. Alaric, risquant d'être isolé s'efforce de rallier à sa cause les élites de l'Aquitaine Gallo-Romaine. Depuis Euric, l'armée wisigothe intègre des soldats gallo-romains qui se montrent fidèles.

Au printemps de l'année 507, Clovis s'avance vers Tours et la Loire avec son fils aîné Thierry et son armée, accompagné des Bretons et des Francs Ripuaires menés par Cloderic. Les Burgondes pénètrent en Auvergne pour prendre les Wisigoths à revers. Alaric qui réside à Poitiers, capitale provisoire, est renseigné sur l'avance des deux armées qui convergent vers lui et pas de nouvelles d'une armée venant d'Italie. C'est la surprise chez les Wisigoths, on envoie rapidement un messager vers Théodoric le pressant de venir promptement. Il faut aussi de l'argent dans les caisses et des agents du fisc partent pour en faire rentrer le plus possible. Les recruteurs font prendre les armes à tous ceux qui sont capables de les porter. Parmi eux beaucoup de Gallo-Romains et même, si on suit dom Bouquet, des religieux catholiques. L'efficacité et la motivation de ces soldats n'est pas maximale. Les soldats wisigoths se sont amollis comme l'a bien noté Théodoric. Alors que va faire Alaric ? Il peut reculer vers le Sud et espérer combattre avec les renforts envoyés par le roi Ostrogoth. Ce n'est pas le choix qu'il fait, Alaric pense qu'il faut combattre Clovis avant qu'il ne soit renforcé par les Burgondes et peut-être les vaincra-t-il successivement ?

Clovis, de crainte que les Francs, par pillage, n'indisposent les Gallo-Romains, a publié avant son départ un édit royal qui prescrit un respect absolu des personnes et des biens ecclésiastiques. Tous les prêtres, les clercs ainsi que leurs familles et jusqu'aux serfs d'église, sont dans la paix du roi. Et le pays de Tours tout entier, est sous la protection de cet édit, ce qui signifie qu'il est interdit aux soldats d'y molester quiconque et de prendre autre chose que de l'herbe et de l'eau.

Clovis fonce et donne à sa campagne des allures de croisade, comme le note Grégoire de Tours. Clovis veut que Saint Martin rende un oracle à propos de la fin de sa campagne. L'armée passe par Orléans, le passage de la Loire se fait vers Amboise. Puis l'armée passe à Saint Martin de Tours et par Saint Hilaire de Poitiers, cet itinéraire fait penser à un pèlerinage. Les envoyés du roi franc en entrant dans la basilique avec de riches présents, entendent le choeur qui chante le psaume XVII : 

"Seigneur, vous m'avez armé de courage pour les combats, vous avez renversé à mes pieds ceux qui se dressaient contre moi, vous m'avez livré les dos de mes ennemis, et vous avez dispersé ceux qui me poursuivent de leur haine."

Les envoyés du roi prennent ces paroles pour un présage de victoire et les rapportent, tout joyeux, à leur maître, selon Grégoire de Tours. L'armée continue sa route et remonte la vallée de la Vienne sans trouver un gué et selon la chronique, Alaric a fait détruire tous les ponts et enlever les bâteaux. Les fortes pluies ont grossi la rivière et les Francs doivent camper sur la rive droite. Alors une biche énorme entre dans la rivière et la traverse à gué, montrant le chemin. La route de Poitiers est ouverte.

Alaric réussit à grand'peine à rassembler son armée, trop tard pour empêcher Clovis de traverser le Loire et même la Vienne. "Un contingent arverne, composé surtout de cavalerie, sous le commandement d'Apollinaire, fils de Sidoine, alla rejoindre l'armée d'Alaric. Il combattit vaillamment à Vouillé où il perdit une très grande partie de son effectif. Selon M. Tourneur-Aumont il ne luttait pas pour soutenir un roi hérétique mais dans l'espoir de fonder avec l'appui des Wisigoths une nouvelle hégémonie sur la Gaule du Midi en face des Francs qui représentaient la Gaule du Nord." écrit René Rigodon.

Alaric sort de Poitiers pour couvrir cette cité et vient dans cette plaine immense, à une quinzaine de kilomètres au Nord Ouest, traversée par un cours d'eau de modeste débit, l'Auzance et s'installe dans un ancien camp retranché de soixante-quinze hectares, probablement un ancien oppidum gaulois, bien défendu sur trois côtés par une boucle de l'Auzance et le quatrième par un retranchement de six cents mètres de longueur. Cette position commande le chemin par lequel doit venir Clovis et la plaine se nomme campus Vocladensis écrit Grégoire de Tours, on l'appellera plus tard la champagne de Vouillé.

Clovis arrive dans cette plaine au crépuscule, sa tente est montée rapidement. Les soldats se répartissent entre les divers bivouacs et selon la tradition, un très forte lumière se lève à l'horizon sur le campanile de Saint Hilaire et emble venir vers Clovis. Une voix parvient aux oreilles du roi des Francs pour lui recommander de hâter l'action nous dit Grégoire de Tours. Les Francs ne doutent plus de la victoire. Est-ce que Clovis, selon la tradition germaine a échangé un défi solennel avec Alaric II et lui a donné rendez vous pour le lendemain ? On n'en trouve pas trace.


La bataille de Vouillé 507


De bonne heure en cet été 507, les Francs se mettent en ordre de bataille. Les Wisigoths impatients d'en découdre, forcent leur roi à combattre sans attendre les renforts promis et se rangent aussi dans la plaine. Les Francs font pleuvoir une multitude de flèches sur leurs adversaires et ceux-ci avancent vers la ligne adverse pour combattre au corps à corps. La mêlée devient vite sanglante, les Wisigoths rendent coup pour coup. Quand soudain, Clovis qui cherchait Alaric II, l'aperçoit et se dirige vers lui. Alaric le cherchait aussi et le combat des chefs commence. Mais le roi wisigoth tombe de cheval, frappé mortellement. Et aussitôt après, deux soldats wisigoths, probablement de la bande royale, se précipitent vers Clovis.

An 507 : la bataille de Vouillé

'Le roi, après avoir mis les Goths en fuite et tué leur roi Alaric, fut tout à coup surpris par derrière, par deux soldats qui lui portèrent des coups de lance sur les deux côtés. Mais la bonté de sa cuirasse et la légèreté de son cheval le préservèrent de la mort." Voilà comment Grégoire de Tours décrit la scène.

Ce qui signifie que la cuirasse du roi est de bonne qualité et que sa monture est bien dressée ce qui lui permet de faire face à ses deux agresseurs le temps que ses soldats le mettent hors de danger. La perte de leur roi est pour les Wisigoths le début d'une fuite éperdue. Les Francs ne font pas de quartiers et les pertes sont nombreuses chez les vaincus. Le jeune fils du roi wisigoth, Amalaric est protégé par les guerriers qui l'emportent hors du combat à bride abattue. Grégoire de Tours écrit : "Il périt dans cette bataille, un grand nombre d'arvernes, et même des plus considérables, qui étaient venus avec Apollinaire." A 9 heures du matin, la bataille est finie. Clovis va se recueillir devant le tombeau de saint Hilaire pour le remercier de la protection qu'il lui a accordée. Ensuite, il est accueilli comme un libérateur dans la ville de Poitiers. La fidélité des Arvernes aux rois wisigoths peut s'expliquer par le choix qu'a fait Euric du gouverneur de l'Auvergne et des provinces de l'Aquitaine, Victorius, un gallo-romain catholique, pris dans l'aristocratie locale.

Pendant ce temps là, l'armée burgonde entre dans le Limousin, et un corps dirigé par le prince Sigismond, assiège la forteresse d'Idunum, (aujourd'hui Dun-le-Palestel, dans la Creuse). La place est prise d'assaut et les Burgondes font un grand nombre de prisonniers selon Grégoire de Tours. Les armées franque et burgonde se rejoignent près de cette localité et se dirigent ensemble vers Toulouse. La ville est pillée et incendiée selon la biographie de saint Eptadius. Une partie de l'opulent trésor des Wisigoths passe entre les mains de Clovis pour Grégoire de Tours alors que Procope affirme que ce trésor est en sureté à Julia Carcaso (Carcassonne).

Après Toulouse, les armées alliées se partagent en trois corps pour aller conquérir le royaume wisigothique dans trois directions différentes. Clovis s'est réservé les cités de l'Ouest et la région comprise entre la Garonne et les Pyrénées. Cette conquête est la plus difficile de cette campagne, il faut chasser l'ennemi mais en plus, aller le chercher dans les retraites montagneuses des Pyrénées où peu d'hommes décidés peuvent bloquer une armée victorieuse. On n'a aucun texte historique sur cette partie de la campagne mais nous savons que Clovis tourne le dos à ces villes qu'il prendra au retour : Bordeaux, Saintes et Angoulême et qu'il s'avance vers la Novempulanie qu'on appellera plus tard la Gascogne. De son côté, Thierry, part nettoyer l'Albigeois, le Rouergue et l'Auvergne et probablement le Gévaudan et le Vélay. C'est ce que les Wisigoths ont occupé aux frontières des Burgondes. Gondebaud rejoint l'armée burgonde qui est chargée de chasser les Wisigoths en Septimanie, d'occuper Narbonne et de rejeter derrière les Pyrénées les débris de cette nation avec le renfort d'un contingent de Francs mis à disposition par Clovis,écrit Grégoire de Tours. A Narbonne, les Wisigoths démoralisés choisissent comme nouveau roi Gésalic, un fils illégitime d'Alaric II, sans se soucier des droits du très jeune Amalaric.

Le bilan de ces trois offensives est contrasté, Clovis a sans doute occupé les plaines au Sud de la Garonne, soit la basse Novempopulanie, et en 511, le concile d'Orléans, qui réunit tous les évêques de la Gaule, ne voit pas ceux des diocèses montagneux, tels ceux de Saint-Bernard de Comminges, de Tarbes, de Couserans et de Bénarn (aujourd'hui Lescar), et par ailleurs on n'y voit pas ceux de Dax, de Lectoure, d'Aire et d'Agen. Clovis rencontre une forte résistance des montagnards et prudemment il ne s'engage pas dans les défilés en automne. Mais à la fin du règne de Clovis les cités d'Auch, de Bazas et d'Eauze restent sous son contrôle. L'armée conduite par Thierry remplit ses objectifs aisément ne rencontrant pas beaucoup de Wisigoths et Grégoire de Tours est clair : " Clovis envoya son fils Théodoric en Auvergne par Albi et Rodez : celui-ci soumit à son père toutes les villes depuis la frontière des Goths jusqu'à celles des Bourguignons." Gondebaud pousse devant lui les Wisigoths qui restent et pénètre dans Narbonne pendant que les Francs retournent vers le Nord. A l'annonce de l'arrivée des Burgondes, Gésalic s'enfuit vers l'Espagne. Puis Gondebaud et Thierry se rejoignent et la campagne semble avoir donné de bons résultats. Les Wisigoths en cet hiver 507, ne disposent plus dans la Gaule que de la côte méditerranéenne entre le Rhône et l'Italie plus quelques points d'appui sur la rive droite du fleuve. Les montagnards des Pyrénées qui ont résisté à l'armée de Clovis l'ont fait par esprit d'indépendance. Au moment où la Provence reste à conquérir, Clovis considère sa conquête comme terminée.


combat clovis contre alaric II

Représentation du combat de Clovis contre Alaric II
par Yan Dargent (1824-1889)

 

Le roi des Francs a passé l'hiver à Bordeaux après en avoir chassé tous les Wisigoths de ce port le plus important sur la côte atlantique en Gaule. Il y laisse une garnison pour faire face à tout mouvement des fidèles de l'ancien règne. Puis Clovis remonte par trois villes non conquises, Saintes qui nécessite après sa prise une garnison, Angoulême qui résiste fortement alors que pour les Wisigoths la cause est perdue, mais les murailles s'écroulent soudain selon Grégoire de Tours et le roi franc peut entrer par cette brèche et les Wisigoths sont chassés, (massacrés selon dom Bouquet). Clovis poursuit sa route vers Poitiers et Tours et il se rend au tombeau de Saint Martin et comble l'église de riches présents. Il donne son cheval de guerre à la manse des pauvres de la ville pour le racheter aussitôt. Il offre pour cela, la coquette somme de cent pièces d'or mais le cheval refuse de sortir de l'écurie. Il faut que le roi offre deux cents pièces d'or pour que cheval accepte de sortir. Alors Clovis dit en plaisantant ;

"Saint Martin est de bon secours, mais un peu cher en affaires.".

A Tours, il reçoit de l'empereur Anatase, les codicilles du consulat. Revêtu d'une tunique de pourpre et d'une chlamyde dans la basilique du bienheureux Martin, il distribue avec une très grande générosité de l'or et de l'argent sur le chemin qui se trouve entre la porte de la basilique et l'église de la cité écrit Grégoire de Tours. Cette consécration dans l'ordre militaire romain est typique de la conception fictive d'un Empire romain unifié, vue de Constantinople. Pour Clovis qui refuse toute subordination vis à vis de cet empereur lointain, cette cérémonie marque néanmoins pour la majorité de ses nouveaux sujets que le roi franc est le représentant du souverain légitime, l'Empereur romain de Constantinople. Mais la guerre contre les Wisigoths n'est pas finie, la Provence reste entre leurs mains. Clovis choisit Paris comme capitale de son royaume.

La Provence contrairement à l'Aquitaine, n'attend pas les Francs ni les Burgondes comme des libérateurs. Ils sont habitués aux Wisigoths, à leurs tracasseries confessionnelles. Région la plus romanisée de la Gaule et de surcroît, coupée du Sud Ouest wisigoth depuis la prise de Narbonne, elle confond dans le même dédain tous les Barbares et même en veut aux conquérants qui sont la cause de tant de peines. Et puis les Provençaux se sont accoutumés aux Wisigoths dont ils ne craignent plus les excès mais regrettent leurs avantages.

Et ces dispositions des Gallo-Romains de Provence sont tout à fait perceptibles lorsque les Burgondes épaulés par les Francs conduits par Thierry viennent assiéger Arelatum (aujourd'hui Arles), ancienne résidence impériale, sur les deux rives du Rhône. Les Wisigoths l'ayant assiégé quatre fois au siècle précédent, une fois maîtres de ce verrou stratégique vers la mer, ne peuvent envisager de l'abandonner. Ils gardent cette cité jalousement et se méfient particulièrement des Burgondes, au point qu'ils soupçonnent Césaire, l'évêque d'Arles d'origine burgonde, de vouloir livrer la ville.

Les alliés viennent de Septimanie et commencent en ravageant la campagne d'Arelatum sur la rive roite du fleuve. Puis ils font la même chose sur la rive gauche. Mais le siège traîne en longueur et la famine commence à se faire sentir, signe que le siège est efficace. Puis la nouvelle arrive que l'armée ostrogothe est en marche. Selon Cassiodore, Théodoric a convoqué ses troupes le 22 juin 508 et probablement elles sont au pied des murailles de la cité en début juillet. Pourquoi Théodoric réagit-il si tard ?

La flotte byzantine n'a pas pris la mer en 507 pour croiser près des côtes de l'Italie du Sud, mais ses préparatifs militaires sont tellement visibles que le roi des Ostrogoths, inquiet, n'a pas voulu dégarnir son royaume. Au printemps 508, l'Empire peut enfin honorer ses engagements vis à vis de Clovis et une flotte de guerre de cent navires et autant de dromons, quitte le port de Constantinople, commandée par les comtes Romain et Rusticus. Des troupes sont débarquées et une grande partie de l'Apulie est ravagée. De même les alentours de Tarente et ceux de Sipontum sont ainsi traités, selon le comte Marcellin. L'Empire se contente de ces razzias, peut être les mesures défensives prises par Théodoric ont précipité le retour de la flotte impériale ? Théodoric n'a envoyé qu'une partie de ses troupes en Provence, le reste protégeant les rivages méridionaux..

La marche des Ostrogoths est très bien accueillie de la frontière italienne jusquà la Provence et ils prennent possession sans combat de la région au sud de la Durance. Ils reçoivent un accueil particulièrement chaleureux à Massilia où les habitants croient redevenir citoyens de l'Empire romain en étant rattachés à l'Italie. Car Théodoric fait tout pour donner à cette prise de possession de la Provence, un caractère définitif, il envoie Gemellus en qualité de vicaire des Gaules pour la gouverner écrit Cassiodore. Les officiers de Théodoric n'ont pas de mal à remplacer les restes du régime wisigoth en déroute.

Mais le siège d'Arelatum continue et puisque les troupes envoyées d'Italie sont insuffisantes pour chasser les Francs et les Burgondes, il faut au moins encourager les assiégés en leur faisant passer des vivres pour pouvoir attendre une aide plus efficace. Ce projet réussit tout à fait, et les alliés sur la rive gauche du Rhône sont bientôt culbutés sans pouvoir être secourus par leurs collègues de la rive droite et les Ostrogoths rentrent dans la ville avec un convoi de nourriture. La situation devient dangereuse pour les alliés et ils s'efforcent de prendre le pont de bateaux qui relie les deux rives du fleuve, attaquent par bateaux ce pont mais la résistance est opiniâtre, dirigée par le chef ostrogoth Tulwin ou (Tuluin). Celui ci est grièvement blessé lors des furieux assauts, mais le pont reste aux assiégés, Arelatum tient tout l'hiver.

Au printemps 509, Théodoric, tranquille du côté de Constantinople, peut envoyer toutes ses troupes en Gaule. Ibbas conduit une armée ostrogothique de Turin par le col de Suze et aboutit dans la vallée de la Durance sur les arrières de l'armée alliée selon Cassiodore. De cette manière, Ibbas coupe les communications entre les Burgondes et leur royaume et contrôle la route de Valence et celle de Gap à Arelatum. Cette armée se partage en deux corps, l'un dirigé par Mammo se dirige au nord de la Durance vers Orange, emmène toute sa population captive et s'empare d'Avignon, l'autre mené par Ibbas pille le pays de Sisteron, d'Apt et de Cavaillon et rejoint ensuite Mammo pour débloquer Arelatum. La situation devient périlleuse pour les alliés, devant diviser leurs forces pour occuper les deux rives du Rhône et pris entre l'armée ostrogothique et la cité, ils deviennent presque à leur tour des assiégés (pour la partie de leur armée stationnant sur la rive gauche).

Obligés de se replier sur la rive droite du fleuve, les alliés sont vaincus par l'armée commandée par Ibbas renforcée par les troupes présentes à Arelatum. La mention faite par Jordanès de 30 000 Francs tués au combat doit sans doute comprendre les différents combats de la campagne d'Ibba en Gaule dans l'année . Les Ostrogoths occupent toute le sud de la Durance qui est rattaché au royaume de Théodoric. Ce souverain commence par la remise des impôts pour l'année 510-511 pour les assiégés qu'il félicite et agit avec les Provençaux de façon habile et généreuse. Les soldats ont la consigne stricte de vivre en paix avec eux. Théodoric laisse ce message élevé :

"Vous voilà donc par la grâce de la Providence revenus à la société romaine, et restitués à la liberté d'autrefois. Reprenez aussi des moeurs dignes du peuple qui porte la toge ; dépouillez-vous de la barbarie et de la férocité. Quoi de plus heureux que de vivre sous le régime du droit, d'être sous la protection des lois et de n'avoir rien à craindre ? Le droit est la garantie de toutes les faiblesses et la source de la civilisation ; c'est le régime barbare qui est caractérisé par le caprice individuel." cité par Jordanès.

Mais Théodoric veut protéger les intérêts de son petit-fils Amalaric menacés par Gesalic et empêcher les Francs de se mettre entre les Wisigoths et les Ostrogoths. Aussi, la nouvelle mission de l'armée ostrogothique est la conquête du littoral compris entre le Rhône et les Pyrénées. Et ainsi Ibba prend Nîmes et fonce sur Narbonne qui a été prise par les Franco-Bourguignons depuis peu et qu'il capture en 509. Carcassone est prise en 510, cette ville où selon Procope, une partie du trésor des rois wisigoths est entreposé. Ce butin est expédié directement à Ravenne.

Mais, il ne rencontre aucune résistance, l'ennemi est reparti. La population accueille l'armée ostrogothe et les Wisigoths soutenant Gesalic se soumettent nous dit Cassiodore. Ibbas se presse et traverse les Pyrénées et se lance à la poursuite de Gesalic qui tente une forme de résistance mais doit bientôt fuir en Afrique, dans le royaume des Vandales, chez le roi Thrasamund. Ibbas établit dans la péninsule ibérique l'autorité de Théodoric comme tuteur du jeune Amalaric.

Le bilan de cet affrontement entre Clovis et Théodoric semble au vu de cette dernière campagne, à l'avantage du roi ostrogoth. Pourtant, la disparition de la domination wisigothique en Gaule entraîne pour ce dernier, une perte de prestige significative. Clovis a brisé l'alliance des deux peuples goths sur laquelle s'appuyait Théodoric. Les insuccès des Francs contre Ibbas ne sont que des morceaux de la lutte qui ne rejaillissent que sur les officiers de Clovis. Après l'intervention des Ostrogoths, le roi franc reste le maître incontesté de la Gaule. C'est ainsi que les contemporains le voient.


CLOVIS, MODESTE ROI DES FRANCS


Le nom de la dynastie des Mérovingiens viendrait de Mérovée, grand-père présumé de Clovis. Clovis devient roi des Francs en 481 à la mort de son père Childéric (voir la découverte de sa tombe) : il n’a que 15 ans mais cet âge n’est pas choquant puisque la loi fixait la nubilité à 14 ans pour les garçons et que la moyenne d’âge était alors de 27 ans pour les hommes (et 22 ans pour les femmes) ! Il n'est à cette époque que le roi d'un modeste territoire autour de Tournai (en Belgique actuelle).

Il parvient ainsi à gagner le soutien des élites gallo-romaines et à fonder une dynastie durable (laquelle prend le nom de son ascendant germanique) : les Mérovingiens.

Les Mérovingiens règnent alors sur toute l'ancienne Gaule jusqu'au milieu du VIIIe siècle. Leurs souverains les plus connus sont : Dagobert Ier et la reine Brunehilde. Il faut noter qu'à cette époque, comme sous la dynastie suivante, il n'est pas question de France, mais bien d'un royaume des Francs : les rois germains, en effet, ne règnent pas sur un territoire, mais sur des sujets. 

"Clovis Ier", de DEJUINNE François Louis, 1839, musée national du château et des Trianons de Versailles. 


"Le baptême de Clovis" de DEJUINNE François Louis, 1839, musée national du château et des Trianons de Versailles. CLOVIS ET LE CATHOLICISME

L’évêque de Reims, Saint Rémi, entretient avec lui des contacts réguliers qui vont l’inciter à respecter l’église et à s’occuper de tous les citoyens situés sur son territoire : une étrange symbiose et un profond respect naissent au contact de ce roi païen et de l'évêque catholique. Une lettre écrite par Saint Rémi et adressée à Clovis nous est d'ailleurs parvenue et est très révélatrice quant au rôle de conseil assuré par l'église.

C'est dans ce contexte et suite à l'encouragement de Saint Rémi que juste avant son avènement, Clovis entreprend "la fusion" des francs avec les gallo-romains en donnant à tous les mêmes droits et devoirs.

Cette "coopération" est bénéfique pour les deux partis :

  • Pour Saint Rémi, ces contacts sont indispensables car il réalise que l’indépendance du clergé n’est pas possible : il doit donc composer avec les barbares et choisit ceux qui répondent le mieux selon lui aux critères de valeur du catholicisme. Les francs sont considérés comme un rempart et une épée contre l'arianisme. 
  • Pour Clovis, il s'agit de profiter de l'expérience et du crédit d'une église respectée par une partie des notables et écoutée par une frange de la population gallo-romaine.

Carte des conquêtes des francs de 486 à 550

PARIS, CAPITALE DU ROYAUME

Clovis décide en 508 de fixer sa capitale à Paris (après Tournai en Belgique et Soissons), qui ne se nomme plus Lutèce depuis plus d'un siècle. Probablement influencé par Sainte Geneviève avant sa mort, ce choix est également justifié par la «monumentalité» de la ville héritée de Rome et par sa situation stratégique (site insulaire, voie fluviale est-ouest et route nord-sud). Clovis vit probablement dans le palais construit sous l'empereur romain Julien sur l'île de la Cité : ce dernier restera résidence royale pendant plus de 1000 ans avant d'occuper une fonction de justice. Le royaume mérovingien conserve Paris comme "principale" capitale jusqu'à la fin du règne de Dagobert : avec la décadence du pouvoir des derniers rois mérovingiens, Paris perdra ensuite de son importance (sous les Carolingiens, la capitale deviendra Aix-la-Chapelle en Allemagne). 


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