1 - L’Europe à La phase finale du paléolithique (12 000 - 9 700 av. J.C.)


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Nous continuons notre voyage dans le passé, et nous nous situons maintenant vers la fin de l’épipaléolithique, qui est la phase finale du Paléolithique supérieur. Cette période débute vers 12 000 av. J.C., précède le Mésolithique qui commence vers 9 700 av. J.C., à la fin de l'ère pléistocène et à l’aube du mésolithique.


Cette période voit la fin des derniers groupes de chasseurs-cueilleurs du Tardiglaciaire, une première oscillation climatique tempérée (l'interstade de Bölling/Alleröd), suivie du brusque refroidissement du Dryas récent.


 

Les dernières glaciations.

 La glaciation vistulienne (ou glaciation weichsélienne) est le nom donné à la dernière glaciation en Europe du Nord (Scandinavie, une grande partie de la Grande-Bretagne, la Pologne et le nord-est de l'Allemagne) et est utilisé par extension pour parler de l'ensemble de l'inlandsis eurasiatique. Elle est l'équivalent de la glaciation du Würm ou Würmien des Alpes, qui a commencée vers 113 000 av. J.C. et se termine au début de l'Holocène, en 9 700 av. J.C. Le maximum glaciaire a été atteint il y a environ 21 000 ans. À cette époque, les températures annuelles moyennes dans les Alpes étaient plus basses de 10 à 12 °C qu'actuellement. Des calottes glaciaires se sont formées en prenant appui sur les montagnes de Scandinavie, des Spitzberg, de l'archipel François-Joseph et de la Nouvelle-Zemble. Le nord de l'Allemagne est resté libre de glace pendant la plus grande partie du Vistulien. La poussée maximale est tardive et se produit environ en 24 000 - 21 000 av. J.-C. Relativement courte, les traces qu'elle a laissées sont assez peu marquées et montrent tout de même que l'inlandsis s'est avancé jusqu'à une ligne passant par Flensbourg, Hambourg et Brandebourg-sur-la-Havel. Juste au sud de cette ligne, un puissant fleuve s'écoulait. Il était alimenté par les eaux de fonte mais aussi par les rivières d'Europe centrale bloquées par la calotte glaciaire. Il a laissé sa place à une succession de vallées proglaciaires formées à mesure du recul de l'inlandsis : les vallées proglaciaires de Baruth, Berlin et Eberswalde. En Scandinavie, seule la partie occidentale du Jutland est toujours restée libre de glace tandis qu'une grande partie de ce qui est aujourd'hui la mer du Nord était une terre sèche appelée Doggerland qui reliait le Jutland à la Grande-Bretagne. À la fin de la période glaciaire, la fonte et le recul des glaciers engendrèrent une remontée du niveau des océans de près de 120 mètres de hauteur.


La dernière glaciation s'est terminée vers 12 700 av. J.C. pendant le Magdalénien (15 000 – 10 000 av. J.C.).  Ce réchauffement devrait faciliter la vie des chasseurs-cueilleurs européens, cependant plusieurs oscillations climatiques, parfois brutales, ont réinstallé temporairement des conditions glaciaires sur l'Europe. Le graphique ci-dessous permet de visualiser la compilation et l'analyse des découvertes faites sur 26 sites allemands, français et belges.

© Pour la Science – Spektrum der Wissenschaft d'après Sonja Grimm 


Vers 15 000 av. J.C., les Magdaléniens occupaient surtout l'Europe méridionale et les gravettiens l’Europe du Sud (Italie) et orientale (Balkans, Grèce, bords de la mer Noire. Lorsque la période froide du maximum glaciaire s'est terminée vers 12 700 av. J.C., les Magdaléniens ont colonisé progressivement le reste de l'Europe, notamment ses zones les plus septentrionales. Ces chasseurs-cueilleurs de la vie dans la toundra périglaciaire ont alors vu leur milieu ouvert se transformer en forêt. À la suite de cela, en 1 500 ans, leur mode de vie a évolué vers celui des Aziliens, et aussi des groupes à Federmesser (de l’allemand « couteaux–plumes », en français « pointes à dos courbe »), où l’on retrouve les cultures Creswelliennes et les cultures d’Ahrenburg. Cette période contient des bouleversements climatiques importants. Elle débute avec une phase de radoucissement climatique relatif, et se poursuit entre 11 000 et 9 700 av. J.C., avec le dernier retour des temps glaciaires, au cours du Dryas récent. Durant les périodes de glaciation, Les conditions n'étaient pas hostiles pour les chasseurs-cueilleurs. Le territoire était parcouru par d'énormes troupeaux de rennes et de chevaux ainsi que des groupes de bisons et d'antilopes saïga, offrant ainsi un grand nombre de proies. Vers 12 700 av. J.C., les températures se sont élevées, les glaciers se sont mis à fondre et les précipitations ont augmenté. En à peine 150 ans, les températures annuelles maximales de la Rhénanie et du nord de la France ont atteint 19 °C au lieu de 9°C. Les prairies steppiques ont alors cédé la place à des forêts de bouleaux, qui se sont ensuite densifiées et étendues. Les troupeaux d'herbivores de la toundra ont suivi la steppe reculant vers le nord jusqu'à disparaître complètement d'Europe centrale. Les chevaux, pour leur part, étaient mieux à même de faire face aux nouvelles conditions, mais leurs troupeaux se sont amenuisés. Dans le même temps, les animaux forestiers habitués aux climats plus chauds, tels le sanglier, l'auroch, le cerf rouge et l'élan sont apparus. A trois reprises, vers 12 000, 11 650 et 11 150 av. J.C., des retours des conditions glaciaires sont intervenus pour un ou deux siècles. Plus tard, au Dryas récent entre10 800 à 9 500 av. J.C., le froid s’est installé de nouveau, cette fois pour environ 1 300 ans. La température maximale annuelle est alors retombée à seulement 9 °C, tandis que les glaciers et les surfaces de sols gelés recommençaient à croître, ce qui, dans certaines régions, s'accompagnait du retour de la toundra. Pour sa part, la forêt a résisté dans les zones protégées jusqu'à ce que, vers 9 690 av. J.C., l'Europe entre dans une nouvelle ère géologique – l'Holocène – qui est la période chaude actuelle. 

De la culture magdalénienne à la culture Azilienne

 Vers 13 500 av. J.C., la culture magdalénienne dominait l'Europe. Les ancêtres des Magdaléniens étaient les pionniers de l'adaptation aux steppes glacées qui couvraient notre continent après le retrait des glaces formées pendant la période du maximum glaciaire entre 24 000 et 18 000 av. J.C. Leur armement était très uniforme dans toute l'Europe, et était composé de pointes de sagaies en os, en ivoire ou en bois de cervidé, où des lamelles tranchantes de silex avaient été insérées. Les chasseurs lançaient ces projectiles à l'aide de propulseurs en bois de cervidés ou en bois. Un tel propulseur allonge le bras, donc le bras de levier, et par là accroît la vitesse de la sagaie et sa capacité à pénétrer le corps d'un animal pour mieux le faire saigner. Ainsi propulsées, ces sagaies faisaient des Magdaléniens des maîtres de la chasse au cheval et au renne. Les chasseurs savaient exactement où et quand passaient les grands troupeaux et comment y prélever des proies. Les magdaléniens consommaient aussi des poissons, du gibier à plume et des produits de la cueillette de végétaux.


Cette évocation des chasseurs magdaléniens montre une chasse au renne. Un homme vient de ficher sa sagaie dans le dos d'un jeune renne (au premier plan), tandis qu'un autre vise en armant son propulseur. Un troisième chasseur, ses sagaies et son propulseur à la main, attend avant de tirer à son tour.

Benoît Cladys.  Pour la science 


L'analyse détaillée des modes de colonisation des Magdaléniens et de leur mobilité conduit à cette même impression d'un système de vie strict, immuable et prudent : ils séjournaient pendant une grande partie de l'année au sein de campements étendus en essayant de s'approvisionner dans les environs. La comparaison avec les peuples arctiques d'aujourd'hui suggère que les clans comprenaient de 25 à 30 personnes. En été, les Magdaléniens partaient en petits groupes pour de grands circuits le long de certains itinéraires. Ils n'établissaient sur leur chemin que de petits camps. Lors de ces grandes randonnées estivales, les clans parcouraient souvent des centaines de kilomètres, puis retournaient dans leurs campements d'hivernage, comme en témoigne le très riche matériel archéologique que l'on y trouve. Au cours de ces voyages, des rencontres avec d'autres groupes devaient se produire, ce qui n'a pu que faciliter la constitution d'une sorte de « réseau social magdalénien » paneuropéen. Les idées et les matières premières y circulaient. Lorsque les températures se sont mises à augmenter vers 12 700 av. J.C., les chasseurs-cueilleurs se sont accrochés aux traditions magdaléniennes, mais ont aussi commencé à les faire évoluer. Dès que la forêt a commencé à conquérir le paysage, les sangliers, les aurochs, les cerfs, les chevreuils et les élans ont enrichi la palette alimentaire. Cette adaptation a eu lieu différemment d'une région à l'autre selon le degré de changement du paysage. La steppe herbeuse du sud du Bassin parisien a disparu beaucoup plus tôt que dans la vallée du Rhin ou dans les basses montagnes. Les pointes de flèche que produisaient les groupes aziliens étaient plus faciles à fabriquer que les lames des sagaies magdaléniennes. Par contraste, les tailleurs des groupes aziliens avaient beaucoup moins de travail : ils débitaient les pièces de silex directement dans les nucléus, puis leur donnaient ensuite la forme souhaitée pour en faire, par exemple, des pointes de flèche. Ces transformations ont eu un impact sur les comportements des chasseurs et en particulier sur les pratiques de chasse, de la fabrication des armes aux tactiques mises en place. En effet, chasser et abattre des hardes de rennes dans un paysage ouvert n'a rien à voir avec la chasse au cerf ou d'autres proies en milieu forestier. Or l'armement magdalénien, particulièrement élaboré et long à fabriquer, pouvait être récupéré sur la steppe, mais se serait perdu dans une végétation dense. Ainsi, le risque de perdre un matériel précieux dans un milieu très végétalisé a certainement poussé les chasseurs à envisager de nouvelles solutions techniques : fabriquer et remplacer une pointe en silex perdue ou cassée est en effet beaucoup plus rapide que de fabriquer une nouvelle pointe de sagaie en bois de cervidé. Ce pragmatisme se reflétait aussi dans la disposition des campements des clans aziliens. On travaillait là où l'on vivait ; les zones fonctionnelles de l'habitat n'étaient guère différenciées. Apparemment, même la tradition des grands camps occupés pendant de longues périodes avait disparu. On ne trouve plus trace de stations permanentes, mais seulement de simples foyers : après leur arrivée quelque part, les clans repartaient au bout de quelques jours ou de quelques semaines. S'ils revenaient sur certains lieux encore et encore, sans doute à cause de riches territoires de chasse, ils y dressaient leurs tentes à côté de l'emplacement de la saison passée, ce que prouve la juxtaposition des complexes de vestiges. Bien plus mobiles que les clans magdaléniens, les clans des groupes aziliens parcouraient pour autant des distances bien moindres que leurs ancêtres. Depuis que l'on pouvait se passer du silex de qualité supérieure servant à produire les lames, les longs déplacements n'avaient sans doute plus de sens. Avec le réchauffement de 12 700 av. J.C., les marqueurs d'échanges entre régions qu'étaient les vénus sont aussi devenus de plus en plus rares, ce qui implique que les réseaux sociaux étendus de l'époque précédente avaient presque complètement disparu, comme la couche culturelle paneuropéenne uniforme de l'époque magdalénienne. Désormais, les traditions régionales prenaient le pas.

Groupe de pêcheurs il y a 15 000 ans. Les outils utilisés par nos ancêtres pour se nourrir, se vêtir, s'abriter se sont brusquement complexifiés il y a 50 000 ans. L'apprentissage social et la taille des populations expliqueraient cet essor. 

© Benoît Clarys  Pour la science 

L'évolution de l'armement n'a d'abord touché que les tailleurs et les chasseurs. Ensuite, les nouveaux approvisionnements alimentaires qui en ont découlé, et leurs effets indirects sur la conception des espaces de stockage et sur l'approvisionnement en matières premières, ont concerné tout le monde. Après deux siècles vraisemblablement chaotiques, une réorientation se fait sentir à partir de 11 800 av. J.C. L'expansion du couvert forestier s'accompagne d'un formidable élan de développement : bon nombre des innovations mises au point au cours des 1 000 dernières années, mais qui ne se sont répandues que sporadiquement, telles que l'arc et les flèches, dominent désormais. Elles jouent dorénavant un rôle essentiel dans les stratégies de survie des chasseurs-cueilleurs. Cela se produit très différemment d'une région à l'autre, selon la stratégie qui y réussit. Ainsi, alors qu'en Rhénanie, certains groupes utilisent déjà des pointes à dos courbe typiques de la culture azilienne et chassent le cerf rouge, dans la vallée de Somme d'autres groupes préfèrent chasser les aurochs à l'aide d'une plus grande variété d'armes de chasse. Une mosaïque de cultures similaires, quoique différentes, apparaît ainsi dans le nord-ouest de l'Europe. Ce n'est qu'après la stabilisation des conditions climatiques et environnementales que les groupes reprennent contact et, au cours des 800 années suivantes, établissent le système culturel stable des Aziliens. Un système beaucoup plus souple, qui laisse plus de place à l'initiative et aux essais que le système rigide des Magdaléniens.

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