2 - Le Paléolithique


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La période paléolithique s’étend sur 5 à 6 millions d’années, depuis le début du Quaternaire jusqu’à 10000 avant notre ère, elle se termine avec la fin de la dernière glaciation de Würm. Pendant tout le Paléolithique l’espèce humaine s’est transformée : elle est passé de l’Australopithèque à l’Homo sapiens sapiens, l’Homme moderne. 

  • Cette transformation a pris différentes formes : 
    • Biologique : d’Homo habilis à Homo sapiens sapiens; 
    • Technologique avec l’utilisation d’outils d’abord simples comme le chopper pour aboutir aux microlithes; 
    • Sociale car l’homme apprend à vivre en société, avec ses semblables; 
    • Psychologique avec la prise en compte progressive des défunts, ce qui implique l’existence d’une conception du monde.
  • Trois grandes phases constituent le Paléolithique : 
    • Le Paléolithique inférieur jusqu’à 300 000 ; cette période correspond schématiquement à l’Homo erectus; 
    • Le Paléolithique moyen, de 300 000 à 40/35 000 ans, période qui couvre l’occupation de l’Europe occidentale par l’Homo sapiens neandertalensis ; 
    • Le Paléolithique supérieur de 40/35 000 ans à la fin de la période glaciaire (10 000). L’Homo sapiens sapiens s’approche insensiblement de l’Homme moderne.
  • Trois grandes catégories d’industrie lithique se succèdent, donnant une certaine unité à chaque période: 
    • L’industrie à bifaces domine avec le Paléolithique inférieur ; 
    • L’industrie à éclats au Paléolithique moyen ; 
    • L’industrie à lames avec le Paléolithique supérieur.

Il n’y a pas de rupture entre les différentes périodes, mais une continuité. L’homme préhistorique a constamment recherché à réduire le rapport masse/longueur du tranchant de silex. C’est parce qu’il est arrivé à réduire ce rapport qu’il a progressivement pu s’éloigner des gisements de silex et prendre possession de zones de plus en plus vastes. Le Paléolithique est l’époque de la conquête terrestre par l’homme : celui-ci prend possession de sa planète.

La France a joué, grâce à ses savants, un rôle si important que les cultures du Paléolithique en Europe sont toutes désignées par des noms de lieux qui sont originaires de l’Hexagone.


LE PALEOLITHIQUE INFERIEUR

Les techniques vont se développer durant le Paléolithique inférieur : les outils se diversifient, la matière première est mieux gérée, de nouvelles techniques de taille apparaissent. Les outils sont des galets aménagés puis à partir de 1,6 millions d’années également des bifaces caractéristiques des civilisations acheuléennes durant lesquelles se développe une nouvelle méthode de débitage des éclats, le débitage Levallois, qui permet d’obtenir un éclat dont la forme demeure prédéterminée. 

Campement néandertalien (100 000 ans avant J.C.).
Les chasseurs durcissent les pointes de leurs épieux à la flamme.
Paléolithique moyen - Maquette de Michel Proux et Henri Bidault 


LE PALEOLITHIQUE MOYEN

Les cultures moustériennes sont les principales cultures du Paléolithique moyen dont la limite avec le Paléolithique inférieur est définie par la raréfaction des bifaces et la généralisation de l’outillage fabriqué sur éclats (et parfois sur lames). Ces modifications se font sur un mode progressif, et les deux périodes constituent plutôt un continuum en Europe. Les industries moustériennes sont associées à l’Homme de Neandertal. Certains Hommes morphologiquement modernes ont cependant été retrouvés sur des sites moustériens du Proche-Orient. 

Abri sous roche avec tente en peau moustérienne
(paléo. moyen -30000 avant J.C.) 1/35e Musée Saint-Rémi Reims
Habitat sous rouche moustérien Paléolithique moyen.
On a retrouvé des traces de l’implantation d’une tente sous le porche de certaines grottes.
La maquette s’inspire de la grotte du Lazaret, près de Nice, d’une période plus ancienne. 


LE PALEOLITHIQUE SUPERIEUR

Il est caractérisé par l’accélération de l’évolution des techniques de subsistance, par le débitage de lames et non d’éclats, par la spécialisation des outils et par l’émergence de l’art figuratif, apparu presque à la même époque en Europe, en Afrique, en Australie et en Sibérie, il y a 30 000 à 40 000 ans. Les plus anciens indices d’une activité artistique sont des crayons d’ocre découverts dans la grotte d’Apollo 11 (Namibie).

La majorité des auteurs estime que l’apparition des industries du Paléolithique supérieur en Europe correspond à l’arrivée vers -40 000 des Hommes morphologiquement modernes (Homo sapiens) alors que l’Europe était jusque là occupée par les Néandertaliens.

Le CHÂTELPERRONIEN est retrouvé à partir de -38 000 et est connu dans le Sud-Ouest de la France, le Massif central et son pourtour et le Nord de l’Espagne. En Europe centrale, il correspond au Szélétien et en Italie à l’Uluzzien. Il associe des traits moustériens et des éléments du Paléolithique supérieur.

L’AURIGNACIEN (-38 000 à -29 000) est caractérisé par un outillage lithique principalement façonné sur lames et par des pointes de sagaies en os à base fendue. L’Aurignacien est divisé en deux phases principales, l’Aurignacien ancien et l’Aurignacien évolué, et est précédé par le Protoaurignacien. Les études génétiques d’Ornella Semino et Peter Underhill concluent également à l’existence d’une vague migratoire en provenance d’Asie centrale il y a 40 000 ans. Mais les chercheurs qui étudient la grotte du Castillo (Espagne, entre 35 000 et 44 000) estiment que l’Aurignacien y résulte d’une évolution locale du Moustérien. L’industrie de Bacho-Kiro (Bulgarie, 43 000) est également parfois considérée comme un Aurignacien “local”.

Le GRAVETTIEN (-29 000 à -22 000) couvre toute l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Les armes et les outils sont plus légers, plus complexes et mieux adaptés.

Le SOLUTRÉEN (-22 000 à -17 000) se limite à la France et l’Espagne. Ailleurs, le climat froid qui est à son paroxysme (Second Pléniglaciaire, ou Maximum glaciaire, de -22 000 à -20 000 ) a dépeuplé les zones septentrionales et centrales, tandis que les Balkans et l’Italie sont occupés par les cultures “tardi-gravettiennes”. Il n’est pas exclu enfin qu’il ait subi l’influence de populations septentrionales ayant migré vers le sud lors du refroidissement climatique. Le Solutréen se prolonge par le Badegoulien avant de laisser la place au Magdalénien qu’il aurait partiellement influencé. A partir de -18 000, l’art mondial est moins homogène et les particularismes régionaux apparaissent. C’est notamment le cas en Europe où au maximum de la période glaciaire on distingue dans les parties ouest et est du continent des différences techniques et culturelles qui évolueront indépendamment ensuite.

Le BADEGOULIEN est une civilisation limitée dans le temps (-19 000 à -16 500) et dans l’espace (Sud-Ouest et Centre de la France, Languedoc, Bassin parisien, Rhénanie, Espagne levantine), avec peu de sites connus. Il a été appelé Magdalénien initial, Magdalénien ancien et Proto-Magdalénien.

Le MAGDALÉNIEN (-17 000 à -10 000) est très différent du Solutréen et du Badegoulien. Il développe le débitage laminaire et certains types d’outils particuliers apparaissent : les triangles scalènes au Magdalénien inférieur, les burins bec-de-perroquet, la pointe à cran magdalénienne et la pointe de Laugerie-Basse au Magdalénien supérieur. Originaire de la zone aquitano-cantabrique, le Magdalénien s’étendra à toute l’Europe : de l’Andalousie au bassin de la Meuse et de l’Estrémadure à la Pologne, mais sans atteindre les Balkans, l’Italie, le Proche-Orient ou la Sibérie. Vers -13 000, la dernière phase glaciaire prend fin et le climat se réchauffe pour devenir semblable à celui d’aujourd’hui. Mammouths, bouquetins, rhinocéros laineux disparaissent.



Valeur en centimètres de tranchant pour 1 Kg de silexDébitageFaciès industriel
Paléolithique ancien30Débitage primitifClactonien, industries à choppers et bifaces élémentaires
Paléolithique moyen50Débitage systématique des bifacesAcheuléen
Paléolithique moyen200Débitage systématique des éclatsMoustérien, débitage Levallois
Paléolithique supérieur700 et plusDébitage systématique des lamesIndustries à caractères régionaux.
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