4 - Le Néolithique


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Le Néolithique (Âge de la pierre polie ou Âge de la pierre nouvelle), terme inventé en 1865 par le préhistorien John Lubbock, est la dernière période de la préhistoire et la plus courte. Il succède au Mésolithique, dont il est séparé par la “révolution néolithique”, qui introduit de nombreux changements dans les modes de vie humains : sédentarisation le plus souvent, introduction de l’élevage et de l’agriculture.

Selon les régions, le néolithique débute à des périodes différentes ; dans les premières régions touchées, il commence il y a 10 000 ans et coïncide avec la fin de la dernière glaciation. Il se termine avec la protohistoire vers - 2 000, soit au moment de l’invention de la métallurgie pour les premiers peuples avant l’invention de l’écriture, ou avec la description des peuples néolithiques par des cultures connaissant l’écriture. On peut donc dire que le néolithique n’a pris fin partout que fort récemment avec l’entrée des dernières peuplades isolées dans l’histoire.

Le néolithique marque un véritable changement en ce sens qu’il est le commencement du contrôle par l’Homme de son environnement là où, auparavant il était dépendant de ressources alimentaires indépendantes de sa volonté. Cette révolution a permis l’explosion démographique humaine qui se poursuit encore aujourd’hui. En effet, devenu maître de son alimentation, l’Homme a pu devenir une espèce dominante.

On a pu parler de Révolution néolithique pour ce passage du nomadisme à la sédentarisation, le début du travail des métaux comme le cuivre, puis la métallurgie avec le bronze, ainsi que de nouvelles techniques agricoles. Ce terme, coïncidant avec changement radical de l’humanité et de ses activités, est assez ambitieux qui ne rend guère en considération l’évolution cahotique et assez mal connue du mésolithique.

Vers —10 000, alors que se généralisait l’adoucissement du climat, sous l’influence des peuples asianiques originaires d’Anatolie, ce fut l’éclosion d’un nouveau type de civilisation (agriculture, élevage, céramique). Le Néolithique marque un tournant décisif. Il a toujours été associé aux origines de l’agriculture et à la sédentarisation des peuples, celle-ci découlant le plus souvent de la première. L’utilisation de la poterie (que l’abandon du nomadisme a permis), et celle des outils en pierre polie en sont les traits caractéristiques .

Si au Paléolithique les faciès culturels étaient définis par la façon de tailler la pierre, c’est maintenant la forme et le décor des poteries qui serviront de référence. Le premier foyer du Néolithique, fut le Proche-Orient, c’est-à-dire essentiellement la zone du “Croissant fertile “, (région qui s’étend depuis la Turquie du sud-est jusqu’au nord de l’Irak et le long de la Méditerranée, c’est à dire vers la Syrie, le Liban, Israël et la Jordanie). Plus on s’éloigne de cette région, plus l’installation du Néolithique est récente. La diffusion vers l’ouest s’est faite par continuité et/ou migrations.

La migration des arts, de la métallurgie, des plantes et des légumes (blé sauvage, orge, millet..) a suivi ces migrations humaines.


DE - 6 000 À – 2000 AV. J.-C., LE NÉOLITHIQUE S’INSTALLE EN EUROPE.

On parle de “ révolution néolithique “, en fait il s’agit plutôt d’une évolution graduelle que d’un changement brutal ; il a fallu trois millénaires pour qu’elle s’étende à la totalité du territoire européen. Toutefois le mot “ révolution “ est juste, puisqu’il s’agit d’un changement historique majeur et irréversible. 

L’homme devient alors essentiellement producteur, cultivateur, et il sait sélectionner les plantes les plus productives ou faciles à cultiver, de même pour les animaux. L’amélioration des conditions de vie, entraîne une expansion démographique. C’est aussi l’apparition de notions nouvelles comme la propriété. 

Le Proche-Orient a été le berceau d’un genre de vie qui s’est imposé en Europe. Cette zone du Croissant fertile bénéficiait de conditions naturelles exceptionnellement favorables à la néolithisation en raison de : 

- La présence de plantes sauvages, céréales (blé et orge) ou légumineuses (pois, lentilles) déjà consommables avant l’apparition de leurs versions domestiques ; 

- La présence d’ongulés de steppes (bœufs, moutons et chèvres sauvages) dont les troupeaux parcouraient ce territoire. 

- Ces plantes comestibles et ces animaux seront les réserves naturelles des espèces qui seront domestiquées 

La position géographique du Proche-Orient, qui se trouve à la croisée des continents, va faciliter la diffusion des nouvelles découvertes parfois indépendamment des mouvements de population. Le passage entre ces deux modes de vie, “ chasseurs-cueilleurs “ et “ éleveurs “, s’est sans doute fait par assimilation, les premiers reconnaissant les avantages du mode de vie des seconds, même si des conflits intergroupes ont dû surgir.

Au Proche-Orient, la sédentarisation et la fondation des premiers villages précèdent l’élevage et l’agriculture ; en Europe, ces deux phénomènes sont souvent simultanés. Parallèlement à cette nouvelle organisation socio-économique, le Néolithique se caractérise par un certain nombre d’innovations techniques majeures : la céramique, le polissage de la pierre ainsi que le tissage. 

Les migrations se sont faites selon deux courants de diffusion : 

- Danubien : donc le long de la vallée du Danube, de la Turquie occidentale vers l’Europe centrale et l’Allemagne, 

- Méditerranéen : via les côtes grecques, italiennes, espagnoles et françaises 


Copyright : Stéphane Jeanneteau
Carte originale est réalisée à partir d'une carte d' euratlas.net et avec leur autorisation


LE MODE DE VIE AU NÉOLITHIQUE EN EUROPE.

Durant toute cette période, la surface cultivée s’est étendue. Les premiers grands défrichements se font à l’aide de l’herminette, du pic et de la hache, ou par la technique de l’écobuage : les arbres abattus sont brûlés sur place et la culture se pratique sur brûlis. Les hommes du Néolithique construisent des maisons qui “ durent “, regroupées en villages parfois fortifiés, et dont le territoire est choisi en fonction des ressources disponibles qui permettront aux individus de vivre toute l’année. Le bois, l’argile et la pierre, quand le bois fait défaut, sont les matériaux les plus couramment utilisés. De plus le torchis est un excellent isolant contre le froid, l’humidité et la chaleur. 

La civilisation des deux courants migratoires, se différencie par des traits économiques, par la forme des maisons, par les rites funéraires, par des modes de vie adaptés à chaque environnement, mais aussi par des modèles culturels spécifiques, l’un méditerranéen, l’autre danubien.

Dans le Sud-est, un style méditerranéen hérité du Proche-Orient s’impose, avec l’élevage préférentiel des caprins et des ovins, de petites maisons de bois et de brique crue ou de torchis, des sépultures au sein de l’habitat, des céramiques peintes, des poteries à décor d’impression qui se propageront de la Grèce de l’ouest jusqu’au Portugal. 

En Europe tempérée en revanche, le long du Danube et de ses affluents, où s’étend une vaste forêt dense que l’on défriche à la hache ou par le feu, on élève plutôt des bovins, mieux adaptés au climat, on construit en bois et en argile de grandes maisons allongées de 10 à 50 mètres de longueur, avec toit de chaume, modèle identique dans toute l’Europe centrale jusqu’au Bassin parisien, et on enterre les morts dans des espaces spécifiques, les premières nécropoles 

La coupure entre ces deux blocs culturels n’est pas toujours très nette, et certaines régions, comme le Bassin parisien, subissent la double influence. Passé le temps de la diffusion, chaque région crée rapidement ses propres traditions, se dote d’une identité et d’une histoire. L’Europe devient donc multiculturelle, et d’autres clivages apparaissent. Vers -4500, par exemple, on note l’apparition de dénivelés sociaux. Certaines tombes renferment des signes évidents de prestige : objets précieux, parures. 

Reconstitution d’un village fortifié néolithique à Wittelsberg près de Marburg en Allemagne. Gravure tirée du livre de Carl-Heinz Boettcher. “ L’origine de l’Europe. Le berceau de l’Occident il y a 6000 ans ”, paru aux éditions Röhrig Universitätsverlag à St. Ingbert en 1999, 482 pages. 



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