La protohistoire


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La Protohistoire s’insère entre la Préhistoire et l’Histoire. C’est la période pendant laquelle une civilisation ne possède pas encore d’écriture mais elle apparaît déjà dans les écrits d’autres civilisations (ex. les grecs parlant des Celtes). En Europe, les Celtes et les Germains sont ainsi considérés comme protohistoriques dès lors que les auteurs grecs et romains parlent d’eux.

Les limites entre la Protohistoire, la Préhistoire et l’Histoire sont alors assez facile à différencier : l’Histoire est le fait d’écrire ; lorsque un peuple n’écrit pas mais que l’on parle de lui, c’est la Protohistoire...

Il est possible d’assimiler la Protohistoire aux âges des métaux : 


- Âge du cuivre ou Chalcolithique (quoique celui-ci soit discuté et est plutôt généralement rattaché à la Préhistoire. Il est aussi nommé éolithique).
- Âge du bronze
- Âge du fer


L’ÂGE DU CUIVRE

L’âge du cuivre, correspond dans un sens plus restrictif et dans une acception culturelle au chalcolithique. Il désigne souvent – abusivement – une période intermédiaire de la préhistoire, étape de transition entre les industries lithiques et osseuses caractéristiques du néolithique final et l’industrie métallurgique naissante qui les supplante ensuite à l’âge du bronze. En réalité, dans les cultures du chalcolithique, des minerais tels que l’or, l’argent et le cuivre sont exploités dans le cadre d’un artisanat secondaire, l’essentiel de la production demeurant en pierre et en os. 


L’ÂGE DU CUIVRE EN EUROPE OCCIDENTALE

En Europe occidentale, l’âge du cuivre s’étend approximativement de -2500 à -1800. Initialement, la diffusion d’un artisanat du cuivre dans ces régions pourrait s’être faite depuis la mer Égée grâce à une voie commerciale danubienne. Et encore, celui-ci paraît limité. Il faut noter que sur la façade atlantique, par exemple, la première production métallurgique dominante jusqu’à celle du bronze demeure celle de l’or. Entre -1800 et -1600, le mélange de l’étain et du cuivre donnent naissance dans ces régions à la métallurgie du bronze, caractéristique du premier véritable âge des métaux et à l’origine de nombreux bouleversements.  

Moule en pierre et faucille 

Caractéristiques de l’artisanat chalcolithique

À la différence du bronze et du fer, l’artisanat du cuivre semble avoir coexisté très longtemps avec celui de la pierre, sans amener de réels bouleversements socio-économiques dans les civilisations qui le connaissaient. Il est également attesté par l’archéologie que l’utilisation du cuivre concerne des civilisations contemporaines et voisines d’autres qui l’ignorent, ou d’autres qui possèdent déjà une métallurgie du bronze. 

La faible incidence du cuivre sur les cultures préhistoriques peut principalement s’expliquer par les difficultés et les faibles bénéfices de son exploitation : recueilli en faibles quantités à l’état naturel, le minerai est martelé avant d’être fondu et moulé à 1000° Celsius environ. La production est anecdotique comparée à l’industrie lithique et concerne principalement des pièces de taille modeste. Poignards à soie et alènes en sont les plus représentatives. À la même époque, les productions lithiques sont aussi souvent plus fines. 

Les cultures ou civilisations les plus représentatives du chalcolithique sont surtout connues pour : 

- la « retouche par pression », technique permettant une finesse inégalée dans l’élaboration du mobilier lithique, par le détachement successif de petits éclats. 

- la céramique campaniforme : la céramique est dite « cordée », en raison du motif appliqué sur la pâte crue. Elle est d’origine nordique et provient des régions du Jutland, de l’Allemagne du nord et de la Hollande actuelle 

- les mégalithes de la façade atlantique, tels ceux de Carnac en Bretagne ou de Stonehenge, en Grande-Bretagne. 

- les stèles anthropomorphes du nord de la Méditerranée (Languedoc-Roussillon, Gard, Vaucluse, Corse, Sardaigne). Repères chronologiques L’âge du cuivre n’étant pas une période, il est exclu d’en donner une chronologie. Néanmoins, quelques repères permettent d’évaluer la diffusion des métaux dans l’industrie préhistorique : 

- en Égypte, le mobilier en cuivre se répand à la période caractérisée par le site de Nagada, vers -4000 à -3200 : haches plates, herminettes, ciseaux, couteaux à manche en os et épingles en témoignent ; 

- dans la vallée de l’Indus, l’usage du métal est attesté vers -2500 : les sites d’Harappa et de Mohenjo-Darô y ont fourni du mobilier en plomb, argent, cuivre à forte teneur en arsenic (à l’état quasi-naturel) et même en bronze comme en témoignent scies, perles, fermoirs de colliers, ou encore anneaux de chevilles ; 

- à Chypre, c’est sans doute sous l’influence anatolienne que se développe l’exploitation du minerai de cuivre. À Ambelikou, la présence de céramiques rouges permet de la dater d’environ -2300 à -2000 ; 

- À Troie, les fouilles d’Heinrich Schliemann révêle la présence de cuivre au niveau le plus ancien, mais c’est surtout aux niveaux II-III (-2300 à -2100) que le mobilier en cuivre se multiplie ; 

- le plus ancien artisanat du cuivre connu en Bulgarie date de -4500 à -4000 ; 

- en Suisse, il est daté d’environ -3700 (civilisation de Pfyn). ; 

- chez les civilisations précolombiennes, l’usage du cuivre précède de peu l’arrivée des Européens au début du XVIe siècle. 



L’ÂGE DU BRONZE

L’âge du bronze désigne une période de la préhistoire ou de la protohistoire européenne caractérisée par l’usage de la métallurgie du bronze. L’invention d’un « âge du bronze » est due au chercheur danois C.J. Thomsen qui eut en 1816 l’intuition de l’emploi successif par l’humanité de la pierre, du bronze et du fer, alors qu’il devait classer les antiquités nationales. 

Aujourd’hui, il est admis que cette période succède à l’âge du cuivre et précède l’âge du fer. Par convention, il est admis que l’âge du bronze s’étend de -2500 à -1000. Toutefois, comme pour les autres périodes de la préhistoire, les limites chronologiques de l’âge du bronze varient considérablement selon l’aire culturelle et selon l’aire géographique considérées. 

Ainsi, dans le sud de la France, l’âge du bronze débute il y a 4000 ans, lorsque les communautés paysannes intègrent un mouvement d’unification européenne, et dure jusque vers -800, alors que des bouleversements sociaux venus de l’Est amènent la montée en puissance d’une aristocratie guerrière. La production d’outils et d’autres objets à l’aide de bronze permet aux archéologues d’individualiser les groupes humains d’alors, à côté du reste de la culture matérielle (essentiellement constituée par les céramiques). La production en bronze permet également d’établir des chronologies et des délimitations de populations, à défaut d’autres indices.  

Dépôt de haches à talon (bronze)
Saffré, La Jossaie, vers 1450-1250 av. J.-C.
Nantes, Musée départemental Dobrée, inv. 967.8.1 à 28
Dans un vase de terre, ce dépôt comprenait initialement trente haches dont vingt-huit sont conservées. La plupart sont de type breton, mais deux viennent du Centre-Ouest, une de Normandie et une dernière de l’Est.  Une seule présente un anneau, non fonctionnel car non perforé ; elle est donc inachevée. D’autres ont été ébarbées, martelées, polies et affûtées : il s’agit donc sans doute du dépôt d’un bronzier ou d’un marchand du Bronze moyen. 

L’ÂGE DU FER

L’Âge du fer désigne à l’origine une période de la protohistoire européenne caractérisée par l’usage de la métallurgie du fer. 

Aujourd’hui, il est admis que cette période succède, en Europe et au Proche-Orient, à l’Âge du bronze et précède l’entrée des civilisations concernées dans l’histoire. L’Âge du fer débute vers 1100 av. J.-C dans le monde méditerranéen et vers -800 à 700 av. J.-C dans le nord de l’Europe. 

Aussi, la notion d’Âge du fer ne doit pas s’entendre aujourd’hui comme une notion chronologique ou comme un stade d’évolution, mais simplement comme l’indice d’une technique qui influença durablement et en profondeur certaines sociétés, en particulier en Europe continentale. Notamment, les Achéens (dans la Grèce archaïque), les Celtes (dont les sites de Hallstatt et La Tène servent de référence à la chronologie de l’Âge du fer) ou les Germains figurent parmi les civilisations qui ont connu un Âge du fer. 

Par la suite, l’Âge du fer a été subdivisé en deux catégories, nommées d’après des sites éponymes, qui correspondent à un état de civilisation, plus qu’à une période : 

- Hallstatt ou premier Âge du fer ; 

- La Tène ou second Âge du fer.  

Cnémides Bronze. Hallstatt, VII-VIe siècles avant notre ère
La Source du noyer, Roquefort-les-Pins (Alpes-Maritimes)
Les armes offensives et les objets de parure sont parmi les premières applications métallurgiques.
Cependant, les armes défensives telles que les casques et les boucliers apparaissent seulement à l’Âge du Bronze final.
Peu d’équipements défensifs ont été retrouvés car ils sont en cuir, en écorce ou en bois et les modèles métalliques sont réservés aux personnages éminents.
Avec la maîtrise de la métallurgie, ils vont se développer de façon considérable. Ces cnémides (du grec knêmis), ou protège-tibias mises au jour fortuitement en 1878 sur une berge du Loup étaient accompagnées
d’une pointe de lame en fer et d’un bracelet à boules terminales. Ces objets faisaient donc partie d’un dépôt, probablement funéraire. 

Casque celte d’apparat en fer, bronze, or, argent et corail.
IVe siècle avant notre ère. Découvert à Agris, en Charente et conservé au musée d’Angoulême (IIe âge du fer). 

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