Les Anglo-Saxons


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Vers 450 après J.-C, les envahisseurs saxons prirent pied dans le sud de l'île de Bretagne. Durant le demi-siècle qui suivit, de plus en plus de forteresses ont été édifiées le long des côtes sud et est, formant une chaîne de bastions germaniques. Ces Angles et ces Saxons furent suivis par des colons qui répandirent cette nouvelle culture, qui donna naissance à la nation anglo-saxonne d'Angleterre.

Des Angles, les Saxons et les Jutes firent d'abord des incursions dans le sud-est de l'île de Bretagne avant de s'y installer comme colons. Ils étaient originaires du nord de la Germanie, entre l'Elbe et la Weser pour les Saxons, de la péninsule du Jutland pour les Jutes. Les Angles habitaient la région intermédiaire, comprenant les villes modernes de Brème et de Hambourg. Ce passage des incursions a la colonisation est en gêneral daté d'environ 450 après J.-C.

Le chef saxon Hengist reçut le Kent du grand roi subromain Vortigern en remerciement de l'aide militaire qu'il lui avait apportée pour combattre les Jutes stationnés dans la région. Hengist se hâta de rompre les nouvelles alliances avec les Brittons, et quand son fils Aerc lui succéda, le Kent était devenu un solide bastion du pouvoir Saxon.

Vers 480, Le chef Saxon Aelle arriva à Selsey sur la côte du Sussex (nom dérivé de South Saxon). Il conduisit les opposants celtes dans les forêts du Weald. Aelle prit d'assaut Anderida, un fort du rivage saxon, et massacra la garnison quand elle se fut rendue. Alors que le Sussex était devenue Saxon, d'autres aventuriers débarquerent près de l'actuel Southampton et posèrent les fondations d'un autre royaume saxon, le Wessex (West Saxon).

Au cours du VIe siècle, de nouvelles vagues de colons envahirent l'île, menant les Angles dans l'Essex et en East Anglia au nord de la Tamise, ce qui entraîna inévitablement l'expansion du Wessex aux dépens du royaume celte de Dumnonîa. En 501, le chef saxon Port débarqua à Porthes Mutha (Portsmouth), tandis que d'autres conquérants faisaient la jonction entre les positions côtières du Wessex et celles du Sussex. Une victoire de Cerdic de Wessex sur les Celtes, en 508, établit la domination des Saxons sur toute la zone de New Forest, même si les Celtes et les Saxons se disputaient toujours la région située au nord de Southampton dans les années 520.

C'est également l'époque où se rendit célèbre le semi-légendaire guerrier celte Arthur (ou Artus), dont la victoire à Badon (vers 516) stoppa l'avancée des Saxons pour une décennie. En 523, les Angles reprirent l'initiative en mettant le siège devant la forteresse de Din Guoaroy qu'ils rebaptisèrent Bebba's Burgh (Bamborough). Ce fut le noyau du nouveau royaume de Bernicia. À mesure que les Angles se frayaient un passage le long de la côte naissait un nouveau territoire nommé Deira (du mot dere qui signifie "habitants des eaux"). La résistance des Celtes empêcha la jonction entre les Angles de Deira et ceux du Sud jusqu'au début du VIIe siècle.

D'autres Angles continuaient à déferler sur l'Anglia de l'Est, divisée alors en pays des gens du Nord (Norfolk) et pays des gens du Sud (Suffolk). À l'ouest, l'Anglia du Centre devint le royaume de Mercie, les Angles avançant à travers les marécages des Fens vers le Trent. La rivière servit de frontière entre le royaume celte d'Elmet et le royaume saxon de Mercie durant presque tout le VIe siècle.

Au début du VIe siècle, le royaume saxon de Middlesex vit le jour dans la vallée de la Tamise. Il était important car il comprenait Londres ; il tomba entre les mains des Saxons au milieu du VIe siècle. Le contrôle de Londres signifiait que les Angles et les Saxons tenaient le passage d'une rive à l'autre de la Tamise, et donc les communications entre les territoires de la Mercie et du Wessex. Quand saint Augustin, missionnaire chrétien, se rendit dans le Kent en 596, ces territoires anglo-saxons étaient considérés comme un royaume unifié connu sous le nom de Aenglaland. 

carte des invasions anglo-saxones de l'île de bretagne 

LES CONQUÊTES DES SAXONS


Entre 550 et 650, les royaumes anglo-saxons du Wessex, de Bernicie et de Mercie s'étendirent sur les territoires celtes, formant un solide ensemble anglais du golfe de Forth jusqu'au Solent. Bien que des victoires passagères des Celtes aient freiné cette expansion, les Brittons furent incapables de l'enrayer. Au cours de la seconde moitié du Vlle siècle, les Anglo-Saxons étaient devenus la force dominante et le restèrent jusqu'à la conquête par les Normands en 1066.

L'expansion Saxonne reprit quand le seigneur de la guerre Arthur trouva la mort sur le champ de bataille vers 539 (sans doute au cours de la mythique bataille de Camlann). Elle avait déjà repris loin des principaux centres du conflit. En 530, Cerdic de Wessex conquit l'île de Wight et, après sa mort survenue en 534, son successeur Cynric s'avança vers le nord, dans la région du Hampshire moderne. Après la prise des forteresses celtes de Sarum (Salisbury) en 522 et de Barbury Castle (Swindon) quatre ans plus tard, les Saxons de l'Ouest eurent raison des dernières défenses de Dumninia.

Les Celtes jouirent d'un léger répit jusqu'à ce qu'éclate une lutte pour le pouvoir parmi les Saxons. À la mort de Cynryc de Middlesex, Aethelberht de Kent tenta de prendre son royaume à son fils Ceawlin. Mais en 570, les Saxons de l'Ouest étaient prêts à reprendre l'offensive. Les années suivantes, ils chassèrent les Celtes de la région de l'actuel comté de Bedfordshire et, en prenant la ville de Limbury, ils étendirent les frontières de l'Angleterre saxonne jusqu'à une ligne allant de New Forest près de Southampton jusqu au Trent.

En 577 les Saxons de l'Ouest lancerent une campagne décisive dans le royaume de Dumnonia vers le Serven. Après une série de victoires sur les armées subromaines, Ceawlin prit Gloucester et Bath, isolant Dumnonia et Kernow du reste de la Bretagne celte. Cela accéléra une vaste migration des Celtes de Dumnonia vers l'armorique, qui devint la petite Bretagne.

Les saxons de l'ouest cessèrent leurs incursions vers le nord après queI les celtes les eurent battus au nord de l'actuelle ville d'Oxford en 584. L'expansion du Wessex provisoirement stoppée, grâce à un nouveau seigneur de la guerre britton nommé Mouric. La légende raconte qu'il priait pour la victoire des chrétiens ; en gagnant la bataille de Feathenlag (584), il assura l'arrêt de l'expansion des Saxons de l'Ouest vers le nord pendant trente ans.

La seconde phase d'expansion des royaumes anglo-saxons se produisit en Bernicie, petit royaume angle, belliqueux, de la côte est. En 592, Aethelfiith devint roi de Bernicie et s'opposa aux Pictes, à Dal Riadan et aux attaques des peuples subromains, Après une invasion des Scots qu'il repoussa en 603, il annexa le royaume angle de Deira, et en 604, il réunit les deux petits royaumes et forma la Northumbrie (le "pays au nord de l'Humber").

Aethelfrith marcha alors contre Selyf de Powys et écrasa son armée celte près de Chester en 616. Après la bataille, les Saxons massacrèrent un millier de moines celtes qui étaient venus au secours des gens de leur pays. Cela montre que les Saxons étaient hostiles aux missionnaires chrétiens, qui furent chassés de l'Essex à peu près à la même époque. D'anciennes formes d'adoration païenne étaient certainement pratiquées en Northumbrie.

L'année suivante, Aethelfrith fut tué par son rival Edwin, qui prit sa couronne. Edwin se convertit au Christianisme en 625 ; l'année suivante, il mena les forces anglo-saxonnes dans le royaume celte d'Elmet où il vainquit le roi Ceredig. La Northumbrie comprenait maintenant une grande partie du centre de l'île de Bretagne, s'étendant du Forth à l'Humber sur la cote est, et du Solway à la Mersey à l'ouest. Vers 650, une semblable expansion de la Mercie menaça les dernières places fortes celtes dans l'île de Bretagne. 

Carte de l'île de Bretagne en 780 LE CRÉPUSCULE DES CELTES

Durant presque tout le VIIe siècle, les Celtes résistèrent aux Anglo-Saxons, semant la désunion parmi les chefs saxons et prolongeant d'autant leur propre survie. Progressivement, les Celtes du sud de l'île de Bretagne furent relégués dans les montagnes du pays de Galles et de l'Ecosse. Seuls les Pictes réussirent à enrayer momentanément la marée saxonne. Au début du VIIIe siècle, les Celtes n'avaient plus aucune influence et l'hégémonie des Anglo-Saxons dans l'île était assurée.

En 731, le chroniqueur anglo-saxon Bède terminait son Historia ecclesiastica gentis Anghrum, où il racontait les dernières luttes entre les Celtes et les Saxons pour la domination de l'île de Bretagne. Un siècle auparavant, Cadwallon, le roi celte de Gwynedd, avait vaincu le roi Edwin de Northumbrie à la bataille de Hatfield (633). En dehors de la victoire des Pictes sur les Nothumbriens à Nechtansmere en 685, ce fut la dernière victoire des Celtes sur les Saxons.

La couronne de Northumbrie passa à Oswald qui leva une nouvelle armée, vainquit Cadwallon de Gwynedd et le tua l'année suivante (634). Cadwallon était considéré par les chroniqueurs celtes comme "le plus brillant seigneur et roi", un monarque celte chrétien qui tenta de sauver la civilisation de la destruction. Après sa mort, le royaume anglo-saxon de Northumbrie devint le plus puissant de l'île de Bretagne. Malgré la mort d Oswald, survenue en 642, le royaume poursuivit son expansion. Au moment de sa mort, il avait atteint la ligne du golfe de Forth et il menaçait la sécurité des Pictes.

Son fils Cadwaladr lui succéda. Sa politique lui valut nombre de rivaux saxons en Northumbrie, tandis qu'il tentait de limiter l'expansion de la Mercie. Lopposant politique du VIIe siècle était le roi Penda de Mercie, dont les troupes avaient vaincu Oswald de Northumbrie ; il s'allia aux rois celtes de Gwynedd afin d'étendre ses propres ambitions. Il fit campagne contre ses compagnons saxons de Northumbrie et du Wessex, mais son plan tourna mal en 655 quand la Mercie fut menacée par une invasion venue de Northumbrie. La veille de la bataille, les alliés de Penda, des Celtes de Gwynedd, l'abandonnèrent. Le roi Penda fut assassiné et, pour une brève période, les Northumbriens contrôlèrent la Mercie jusqu'à ce que Wulfhere, le fils de Penda, réclame le royaume de son père.

Cette politique qui encourageait les frictions entre les royaumes saxons fonctionnait bien, surtout quand s'y ajoutait un travail considérable des missionnaires celtes en Angleterre. Cependant, cette complémentarité celte religieuse prit fin en 664, quand le synode de Whitby décida que les Saxons récemment convertis se référeraient à l'Église romaine plutôt qu'à l'Église celte.

En 670, Ecgfrith devint le nouveau roi de Northumbrie et, durant les quatorze années qui suivirent, les Northumbriens dirigèrent leurs énergies militaires vers le nord afin de contrôler les basses terres d'Ecosse. Leurs ennemis étaient les Pictes, qui essuyèrent plusieurs défaites avant de vaincre les Northumbriens en 684. Ecgfrith fut tué au cours de la bataille.

À partir de là, les Saxons ne constituèrent plus une menace pour les Pictes qui purent alors engager les Scots de Dal Riada dans une lutte pour le contrôle du Nord. En Mercie, une série d'affrontements aux frontières se termina par une paix scellée avec la Northumbrie, ce qui relégua les Celtes du pays de Galles dans leurs royaumes montagneux. En 682, les Saxons de l'Ouest envahirent Dumnonia par surprise. Bien qu'il fallût une décennie pour que la conquête du royaume soit achevée, les autres royaumes celtes du Nord furent dans l'incapacité de venir à son secours.

Au début du VIIIe siècle, les Saxons avaient pris Exeter (711) et, en dehors de l'Ecosse, seuls les royaumes celtes du pays de Galles étaient encore indépendants. Cependant, leur armée n'était pas assez puissante pour attaquer les Anglais ; le dernier affrontement se produisit e 784 quand le roi Offa de Mercie construisit un mur pour parquer les Celtes dans leur enclave montagneuse du pays de Galles. La lutte pour l'île de Bretagne était perdue, et les Celtes, réduits à se maintenir sur les franges extérieures des îles Britanniques, n'occupèrent plus qu'une place périphérique dans l'histoire de l'île. 


Les bases de l'Angleterre

Les vainqueurs, tous confondus ensemble dans l'histoire sous le nom d'Anglo-Saxons, fondèrent sept petits royaumes, connus sous le nom général d'Heptarchie(Saxons : Kent, Sussex, Essex et Wessex; Angles : East Anglia, Mercia et Northumbria). Vers 827-829, Egbert, roi du Wessex, allait réunir en un seul tous les royaumes de l'Heptarchie et recevoir le premier le titre de roi d'Angleterre (roi de la terre des Angles). Ils avaient été convertis au christianisme vers 596 par le moine Augustin. En attendant, à partir de 787, de nouveaux envahisseurs, les pirates danois ou Vikings, opérant sur la côte Est une série de descentes, parvinrent plusieurs fois à asservir les Anglo-Saxons. Une grande partie du territoire tomba ainsi entre les mains de nouveaux envahisseurs, qui firent une guerre incessante au roi Alfred. Une dynastie danoise s'installa même en Angleterre, au commencement du XIe siècle. L'excès des maux qu'ils souffraient poussa ces derniers à se soulever. Après la mort de Knut, Edouard le Confesseur parvint (1042 - 1046) à restaurer la dynastie Saxonne; il laissa la couronne à Harold II, également d'origine saxonne.  

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