Richard Ier d'Angleterre dit Cœur de Lion (1189 -1199)


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Richard naît probablement au palais de Beaumont en Angleterre. Troisième fils d’Henri II d’Angleterre (l’aîné, appelé Guillaume, né en 1153, est mort à l’âge de trois ans) et d'Aliénor d'Aquitaine, Richard n’est pas destiné à succéder à son père. Il est cependant le fils préféré de sa mère (qui avait eu deux filles de son premier époux, le roi des Francs Louis VII de France) et, lorsque ses parents se séparent, il devient son héritier à la couronne d’Aquitaine en 1168, puis au titre de comte de Poitiers.

En janvier 1169, il est fiancé à Adèle de France (fille du roi des Francs Louis VII le jeune). Son père, Henri II, la fit venir en Angleterre pour prendre possession des terres constituant sa dot (comté d'Aumale et comté d'Eu), mais, dès qu'elle fut nubile, il aurait abusé d'elle, en aurait fait sa maîtresse et retarda le mariage. Par le traité de paix signé le 30 septembre 1174 à Montlouis entre Tours et Amboise, le roi Henri II renouvela à Louis VII la promesse du mariage entre Adèle et son fils Richard, mais il ne s'y tint pas, et en 1177, le pape Alexandre III intervint pour le sommer, sous peine d'excommunication, de procéder au mariage convenu. Le Berry devait être la dot de l'épousée. Henri renouvela sa promesse en décembre 1183 puis à l'époque du Carême de 1186, mais ne tint toujours pas sa promesse. Entre temps Adèle aurait donné la vie à un fils, la rumeur voulant qu'il soit l'enfant d'Henri II.

Après la mort du roi Henri II Plantagenêt, le 6 juillet 1189, son fils et successeur Richard fit venir Adèle à Rouen en février 1190, mais en 1191, il avertit le roi de France Philippe Auguste qu'il ne saurait prendre sa sœur comme femme à cause du déshonneur dont il l'accusait.


Révolte contre son père Henri II et son frère Henri le Jeune

Comme les autres enfants légitimes d’Henri II Plantagenêt, Richard montre peu de respect pour son père et manque de clairvoyance à long terme ainsi que du sens des responsabilités.

En 1170, son frère Henri le Jeune est couronné roi d’Angleterre avant la mort de son père. Il est ainsi dénommé pour le différencier de son père, puisqu’il ne règne pas encore. Vers 1170, Richard reçoit le comté de Poitiers et le duché d'Aquitaine, lors de cérémonies d'investiture à Saint-Hilaire de Poitiers, puis à Limoges. En 1173, Richard rejoint ses frères Geoffroy II de Bretagne, époux de Constance de Bretagne, et Henri le Jeune dans leur révolte contre leur père. Déjà dotés de fiefs par leur père, ils espèrent le remplacer effectivement au pouvoir, poussés en cela par leur mère. Henri II envahit l’Aquitaine deux fois, et à dix-sept ans, Richard est le dernier de ses fils à lui tenir tête[réf. nécessaire]. Finalement, il refuse un combat face-à-face, et lui demande son pardon. En 1174, Richard renouvelle ses vœux de soumission à son père.

Après son échec, Richard va mater les nobles mécontents d’Aquitaine, spécialement en Gascogne. Il fonde Marmande en 1182, s’y installe et construit de nombreux châteaux forts dans les environs (Soumensac). Il se taille une affreuse réputation de cruauté, avec de nombreuses accusations de viols et de meurtres. Les rebelles espèrent détrôner Richard et appellent ses frères à l’aide. Henri II a peur que cette guerre entre ses trois fils ne conduise à la destruction de son royaume, et il lance son armée à son aide. Le 11 juin 1183, Henri le Jeune meurt, et son père Henri II est toujours sur son trône.

Richard a une raison majeure de s’opposer à son père. Ce dernier a pris comme maîtresse la princesse Adèle, fille du roi Louis VII, alors qu’elle lui était promise. Cela rend aux yeux de l’Église le mariage avec Richard techniquement impossible. Mais Henri, voulant éviter un incident diplomatique, ne confesse pas son erreur de conduite. Quant à Richard, il ne renonce au mariage qu’en 1191.


La troisième croisade

Très absent de son royaume d'Angleterre, Richard préfère se consacrer à ses possessions françaises et à la croisade en Terre sainte. Peu après son accession au trône en 1189, il décide de se joindre à la troisième croisade, inspirée par la perte de Jérusalem, prise par Saladin. Richard Cœur de Lion craint que Philippe Auguste n’usurpe ses territoires en son absence. Le roi de France a les mêmes craintes vis-à-vis de son rival anglais, aussi les deux rois partent ensemble pour la Palestine. Ils s'engagent à défendre les territoires l'un de l'autre pendant qu'ils seront à la croisade.

Richard est accusé de faire peu pour l’Angleterre, se contentant d’épuiser les ressources du royaume en empruntant pour financer ses expéditions en Terre sainte. Il relève également les taxes, et dépense la majeure partie du trésor de son père. Il rassemble et emprunte autant d’argent qu’il le peut, libérant par exemple le roi d’Écosse de son hommage en échange de dix mille marcs, et vendant nombre de charges officielles et autres droits sur des terres. Par ailleurs, c’est grâce aux réformes importantes de son père en matière de législation et de justice qu’il lui sera possible de quitter l’Angleterre pendant une longue période.

En 1190, Richard part finalement pour la troisième croisade avec son ami le seigneur de Sablé et futur Grand-Maitre templier, Robert de Sablé, qui passa dix-neuf ans à sa cour. Il s'embarque avec Philippe Auguste à Marseille, laissant Hugues, évêque de Durham, et Guillaume de Mandeville comme régents. Guillaume de Mandeville, qui meurt rapidement, est remplacé par Guillaume Longchamp. Mécontent de cette décision, le frère de Richard, Jean, se met à manigancer contre Guillaume.

Pendant l'été 1190, Richard décide de débarquer près de Naples tandis que Philippe Auguste gagne directement Messine le 16 septembre. De la région de Naples, il gagne Messine par voie terrestre en passant par Amalfi, Salerne et Mileto, où il est agressé par des gens du cru. Selon Roger de Hoveden, Richard s'était écarté de sa suite et avait molesté un paysan; aussitôt, tous les habitants du village l'attaquent et il ne doit sa survie qu'à la rapidité de sa fuite.


Passage de la croisade par la Sicile

En septembre 1190, Richard et Philippe sont en Sicile. En 1189, le roi Guillaume II de Sicile est mort. Son héritière, sa tante Constance, future reine Constance Ire de Sicile, est mariée à l’empereur Henri VI. Mais immédiatement après la mort de Guillaume, son cousin Tancrède de Lecce se rebelle, prend le contrôle de l’île, et début 1190, est couronné roi de Sicile. Il est préféré par le peuple, et par le pape, mais il est en conflit avec les nobles de l’île. L’arrivée de Richard accentue les difficultés. Tancrède a emprisonné la veuve de Guillaume, la reine Jeanne, la sœur de Richard, et ne lui donne pas l’argent qu'elle a hérité selon la volonté du défunt. Richard réclame la libération de sa sœur et la remise de son héritage. Pendant ce temps, la présence de deux armées étrangères cause des troubles parmi la population, exaspérée notamment par le comportement des soldats envers les femmes. En octobre, la population de Messine se révolte, demandant que les étrangers quittent l’île. Une rixe éclate le 3 octobre entre des soldats et des habitants de la ville, « ramas de Grecs et de ribauds, gens issus de sarrasins » qui conspuaient les pèlerins tout en les traitant de « chiens puants ». Richard attaque Messine et la prend le 4 octobre 1190. Après l’avoir pillée et brûlée, Richard y établit son camp. Il y reste jusqu’en mars 1191, quand Tancrède accepte finalement un traité. Celui-ci est signé, toujours en mars, par Richard, Philippe et Tancrède. En voici les termes :

  • Jeanne doit être libérée, recevoir sa part d’héritage ainsi que la dot que son père avait donnée à feu Guillaume,
  • Richard et Philippe reconnaissent Tancrède comme légalement roi de Sicile et souhaitent conserver la paix entre leurs royaumes,
  • Richard proclame officiellement son neveu Arthur de Bretagne, le fils de Geoffroy et de Constance de Bretagne, comme son héritier, et Tancrède promet de marier dans le futur une de ses filles à Arthur, quand il sera majeur (Arthur a alors quatre ans).

Le traité ébranle les relations entre l’Angleterre et le Saint-Empire romain germanique, et cause la révolte de Jean sans Terre, qui espère être proclamé héritier à la place de son neveu. Bien que sa révolte échoue, Jean continue dès lors de comploter contre son frère.


Passage de Richard par Chypre

Richard et Philippe reprennent la mer. En avril, Richard s'arrête sur l’île byzantine de Rhodes pour éviter une tempête. Il la quitte en mai, mais une nouvelle tempête amène sa flotte à Chypre, où trois de ses navires s'échouent. L'attitude hostile du prince Isaac Doukas Comnène, qui régnait sur Chypre après s'être détaché de l'empire byzantin en 1184, provoque, le 6 mai 1191, le débarquement de la flotte de Richard dans le port de Lemesos (aujourd'hui Limassol). Il tente de s'entendre avec le Grec pour le ravitaillement d'Acre, mais devant la perfidie de ce dernier (Isaac était en fait dans l'équipe de Saladin), Richard entreprend la conquête de l'île. Les quelques catholiques romains de l’île se joignent à Richard, ainsi que ses nobles, révoltés par les sept années du joug tyrannique d’Isaac.

Après avoir été défait à Kolossi (à l'ouest de Limassol), Isaac réorganise sa défense à Trémithoussia, sur la route menant à la capitale Nicosie, où se livre une bataille décisive le 21 mai 1191. Isaac est vaincu et fait prisonnier par Richard, qui devient le nouveau maître de Chypre. Il pille l’île et massacre ceux qui tentent de lui résister. Pendant ce temps, la promise de Richard, Bérengère de Navarre, première-née du roi Sanche VI de Navarre, l’a enfin rejoint sur sa route vers la Terre sainte. Leur mariage est célébré à Limassol, le 12 mai 1191. La sœur de Richard, Jeanne, l’a suivi depuis la Sicile et assiste à la cérémonie. Le mariage ne produit pas d’héritier, et les opinions divergent sur l’entente entre les époux. La malheureuse Bérengère ne reverra l’Angleterre qu’après la mort de Richard.

Cette conquête de Chypre allait avoir un impact très important sur l'Orient latin. D'un côté, l'île, pleine de ressources, allait constituer un centre de ravitaillement assuré pour l'Orient latin (et notamment pour Acre encore assiégée) et une escale sûre pour les armadas italiennes (maîtresses de la mer) et les autres croisades. D'un autre côté, elle allait participer au déclin de l'Orient latin en attirant les colons et barons syriens : entre les terres pleines de richesse de l'île et celles sans cesse exposées au danger de la Palestine, le choix était évident pour nombre de chevaliers, d'autant plus que le clan des Lusignan, futurs maîtres de Chypre, n'hésitait pas à multiplier les offres de terres et autres baronnies.


La croisade en Terre sainte

Avant de partir pour Acre et pour seulement 25 000 marcs d'argent, Richard vend l'île de Chypre à son ami Robert de Sablé, le grand-maître de l'ordre du Temple. Les Templiers y installeront pendant quelques années leur première base en Orient avant de la vendre à Guy de Lusignan. Richard, avec presque toute son armée, quitte Chypre pour la Terre sainte au début de juin. En son absence, Chypre doit être gouvernée par Richard Kamvill.

Richard arrive à Acre en juin 1191 avec son ami le grand-maître de l'ordre du Temple Robert de Sablé, deux mois après Philippe Auguste. La ville, assiégée depuis deux ans par les Francs (eux-mêmes encerclés par l'armée de Saladin), commence à être à bout. L'arrivée du roi Richard, à la fois fabuleux combattant et tacticien, amène la chute d'Acre en juillet 1191. C'est lors de cette victoire que Richard va s'illustrer sombrement en exécutant 3 000 prisonniers musulmans, parce que Saladin tardait à lui remettre une relique de la Vraie Croix, 2 500 prisonniers chrétiens ainsi qu'une rançon convenue (20 août 1191, après le départ de Philippe Auguste). Après cette exécution qui va renforcer le jihad et rendre entre autres les futures négociations très difficiles (notamment pour la restitution de Jérusalem), Richard part conquérir le littoral avec Robert de Sablé et ses Templiers, mais il reste le seul chef de toute l'armée franco-anglaise (le roi de France est parti avec sa propre maison, laissant toutes ses troupes sous la houlette du duc de Bourgogne). Richard a aussi tout fait pour imposer comme roi de Jérusalem Guy de Lusignan (celui-ci étant originaire du Poitou, et donc son vassal) au détriment de l'énergique Conrad de Montferrat, sauveur de Tyr en pleine débâcle franque et soutenu ardemment par tous les barons syriens.

Lors de leur conquête du littoral sud, Richard, Robert et leurs troupes sont harcelés sans cesse par les troupes de Saladin. Les croisés ne tombent néanmoins pas dans le piège de la poursuite et restent solidement groupés. Cependant, Saladin, ayant reçu des renforts turcomans, engage la bataille d'Arsouf dans une position stratégique très favorable : les croisés étant encerclés, adossés à la mer. Richard ne perd pas son calme et tente une habile manœuvre d'encerclement pour écraser totalement l'armée adverse. Mais un hospitalier et un chevalier anglais chargent pour la gloire, entraînant avec eux quelques autres chevaliers. Richard doit alors charger avec toute la cavalerie pour éviter une désorganisation possiblement fatale, et après de durs combats, la victoire est remportée par Richard. Celle-ci n'est cependant pas complète et ne conduit qu'à disperser et repousser l'armée ennemie, Richard n'ayant pu réaliser le mouvement tournant qui lui aurait permis une victoire décisive. Saladin détruit alors des places fortes (Jaffa notamment) avant l'arrivée des croisés. Le littoral conquis et certaines places fortes reconstruites (Jaffa, Ascalon…), Richard part vers Jérusalem en plein hiver. Mais il renonce finalement au siège, sous l'insistance notamment des barons syriens : la saison était mauvaise et ces derniers savaient qu'ils ne pourraient tenir Jérusalem une fois tous les croisés repartis. Le roi revient par la suite à deux reprises, mais il renonce bien qu'il estime toujours que la ville est à portée de main car son armée est affaiblie, alors que celle de Saladin est toujours plus grande et plus forte. Il est vrai qu'il vient également de recevoir de graves nouvelles d'Angleterre et il ne pense plus qu'à rejoindre son royaume.

Le 5 juillet 1192, Richard commence à se replier pour regagner la côte. Voyant une occasion de se venger de la défaite d'Arsouf, Saladin contre-attaque et, le 27 juillet, met le siège devant la ville de Jaffa, qui avait servi de base d'opérations pour Richard au cours de sa marche à l'intérieur des terres en direction de Jérusalem. Il prend la ville basse, mais pas la citadelle qui résiste. Mis au courant, Richard quitte alors sa flotte, rassemble rapidement une petite armée, et se précipite vers la ville. La bataille de Jaffa s'engage. Battu à deux reprises par Richard, les 1er et 5 août, Saladin est contraint de se replier vers Jérusalem.

Richard finit par embarquer le 9 octobre 1192, après avoir bâclé la paix avec Saladin (celui-ci, conscient des difficultés de Richard, tergiversait intelligemment) et mis à la tête d'Acre son neveu, le comte Henri II de Champagne (Conrad de Montferrat avait été assassiné par la secte des Assassins, et Guy de Lusignan dit « Sa Simplesse », devenu trop embarrassant pour les croisés, fut nommé à la tête du Royaume de Chypre).


Capture et retour de Richard dans ses terres continentales

À la suite des manœuvres du roi français Philippe, le duc Léopold V de Babenberg capture Richard, alors sur le chemin du retour, près de Vienne à l’automne 1192. Richard l’a en effet publiquement insulté durant la croisade. D'abord emprisonné à Dürnstein, il est ensuite livré à l’empereur Henri VI qui le détient au château de Trifels. Ce dernier réclame une rançon de cent cinquante mille marcs d’argent, équivalant à deux années de recettes du royaume d’Angleterre. Bien que les conditions de sa captivité ne soient pas strictes, il est frustré par l’impossibilité de voyager librement. De cet emprisonnement est tirée la légende de Blondel.

L’empereur le libère en février 1194 contre un premier versement de cent mille marcs d’argent que sa mère, Aliénor d'Aquitaine, réussit à rassembler péniblement. L’empereur lui extorque également un serment d’allégeance de la couronne d’Angleterre à l’Empire avec le devoir de payer un tribut de cinq mille livres sterling par an. Ayant appris la libération de Richard, Philippe Auguste aurait fait prévenir Jean sans Terre que « le diable est lâché ».

Le 20 mars 1194, Richard débarque au port de Sandwich et retrouve l'Angleterre, où il reçoit un bon accueil. Durant son absence, son frère Jean fut près de conquérir le trône. Richard lui reprend une à une les forteresses, le château de Nottingham est le dernier à tomber. Enfin Richard décide de retourner dans ses terres continentales, Philippe Auguste ayant manœuvré pour s'emparer de la Normandie en son absence.

Richard débarque à Harfleur où il est accueilli avec enthousiasme et le 13 mai et il se met en route pour Verneuil-sur-Avre assiégée par Philippe Auguste. Auparavant, Jean devant l'arrivée précoce de son frère en Normandie se rallie bientôt à lui dans la ville de Lisieux. Richard campe à l'Aigle, non loin de Verneuil-sur-Avre, le roi de France Philippe sentant qu'il ne va pas pouvoir faire face à Richard, profite des fêtes de la Pentecôte (29 mai) pour lever le siège et déguerpir tout en sacrifiant son arrière-garde. Dès lors, Richard a pour dessein de reprendre le contrôle des forteresses objet du traité signé en janvier entre Philippe et Jean, ou d'en empêcher la prise, car tous les gouverneurs n'ont pas accepté les clauses de ce traité. Il descend sur l'Anjou.

Philippe se venge de la trahison de Jean en brûlant Évreux. Il se rend compte un peu tard des visées du roi d'Angleterre quand celui-ci a repris la place forte de Loches. Fin juin, Philippe prend le château de Fréteval et tourne son Ost sur la forteresse de Vendôme. Richard campe alors à moins d'une lieue et fait dire à Philippe qu'il l'attend. Profitant de la nuit, Philippe lève le camp et suit péniblement la rive gauche du Loir avec son armée. Complètement désorganisée, celle-ci est cueillie au petit matin à quelques kilomètres de Fréteval. Philippe, qui s'était éloigné de l'itinéraire pour se reposer dans un châtelet sur une île du Loir, parviendra à fuir avec une poignée d'hommes, mais ses sceaux royaux, son trésor et ses chartes feront partie du butin récupéré par Richard.

Après son départ en mai 1194, il ne retournera pas en Angleterre. En janvier 1196, Richard assiège Gaillon dont Lambert Cadoc est le châtelain. Lambert Cadoc repère Richard du haut de la tour et le vise avec son arbalète : le trait atteint le roi au genou et tue son cheval. Ironiquement, c'est Richard lui-même qui a recruté Lambert Cadoc dans le Pays de Galles avec d'autres mercenaires gallois, afin de combattre le roi de France. Cependant, une partie de ces Gallois, dont Lambert Cadoc, poussés par leur haine des Normands et des Saxons, ont fait défection et rejoint l'autre camp.

Durant plusieurs années de guerre, Richard parvient à redresser la situation et à défendre efficacement la Normandie. Il fait construire à cet effet une série de châteaux dont Château-Gaillard près des Andelys, sur la rive droite de la Seine, mais aussi la forteresse d’Arques-la-Bataille, ainsi que les châteaux de Radepont dans la vallée de l’Andelle, Montfort-sur-Risle dans la vallée de la Risle, Orival sur la roche Fouet surplombant la Seine en amont de Rouen au-dessus d’Elbeuf, et fait améliorer le château de Moulineaux surplombant la Seine en aval de Rouen. Après une courte trêve, la guerre reprend à l'automne 1196. Richard envahit la partie du Vexin sous contrôle français. Il bat une première fois Philippe Auguste en septembre 1198 entre Gamaches et Vernon, puis une deuxième fois le 27 septembre lors de la bataille de Gisors. Cependant, le pape lui impose une trêve qui profite à Philippe Auguste.


Mort de Richard à Châlus

Le 23 mars 1199, Richard assiège le château de Châlus-Chabrol, possession du vicomte Adémar V de Limoges, dit Boson. Le 26, le roi est atteint par un carreau d'arbalète. L'auteur du tir n'est pas identifié avec certitude à cause des divergences entre les récits des chroniqueurs. Roger de Hoveden accuse le chevalier du Quercy Bertrand de Gourdon, mais Mathieu Paris et Raoul de Dicet évoquent un petit noble local Pierre Basile, à moins que ce ne soit Jean Sabroz ou Dudo. Le carreau est retiré mais la gangrène s'installe. Richard meurt le 6 avril 1199, onze jours après sa blessure.

Son corps est enterré en l’abbaye de Fontevraud (située non loin de Saumur), son cœur embaumé est enfermé dans un reliquaire et enterré dans un tombeau surmonté d'un gisant à son effigie en la cathédrale de Rouen, et ses entrailles sont déposées en l'église (actuellement ruinée) du château de Châlus-Chabrol. Cette partition du corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples est une pratique initiée au milieu du xie siècle par les chevaliers et souverains du Royaume d'Angleterre et du Saint-Empire romain germanique morts en croisade ou loin de leur lieu de sépulture choisi.

Selon Roger de Hoveden, Philippe de Cognac, fils illégitime supposé de Richard, aurait vengé la mort de son père en assassinant Adémar de Limoges.

En mai 1199, Jean succède à Richard sur le trône d’Angleterre. Cependant les barons d'Anjou, du Maine et de Touraine le rejettent au début, lui préférant Arthur de Bretagne, neveu de Richard et Jean, dont les droits sont juridiquement meilleurs que les siens.

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