Guerres entre Rome et Véies (-485 / -396)


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Une première guerre difficile, marquée par le désastre du Crémère vers 477 av. J.-C., se conclut par un statu quo et une trêve de quarante ans. Un deuxième conflit, aux alentours des années 430 et 420, se termine par la prise par Rome de Fidènes, jusque-là aux mains des Véiens. Enfin, après quelques opérations préliminaires et un siège que la tradition fait durer dix années, la cité étrusque de Véies tombe aux mains du dictateur Camille en l'an 396 av. J.-C.

Si l'on suit la tradition, la rivalité entre les deux villes remonte aux temps de Romulus et Ancus Marcius, mais il semble au contraire que les relations entre les deux villes sont bonnes à l'époque de la monarchie romaine et que la rivalité entre Véies et Rome n'apparaît qu'au début de la République romaine.


Au début du ve siècle av. J.-C., Rome est dans une situation difficile avec la chute des Tarquins et la transition de la monarchie à la République romaine. La cité perd de sa puissance dans le Latium, ne dominant plus la ligue latine comme durant la période monarchique tardive et étrusque au vie siècle av. J.-C. Cependant, dès 499 ou 496 av. J.-C., les Romains remportent une victoire sur les Latins au lac Régille, suivie par la ratification d'un traité d'alliance, le fœdus Cassianum de 493 av. J.-C. Cette bataille ne se termine sans doute pas par une victoire décisive de Rome. Le traité établit la paix perpétuelle entre les confédérés ainsi qu'une assistance réciproque dans la guerre. Il est possible qu'à la suite de la chute des Tarquins, qui se sont alors alliés aux cités latines, ce traité permette la réintégration de Rome au sein de la ligue, mais non plus en tant que simple cité subordonnée parmi d'autres, mais en tant que Cité-État pouvant traiter d'égale à égale avec l'ensemble des autres cités. De plus, les Volsques et les Aurunces, ou encore les Èques et les Sabins, font peser une menace sur la frontière méridionale et orientale de la ligue latine, et Rome s'aménage ainsi un anneau protecteur autour d'elle.

Carte de Rome et de ses environs au ve siècle av. J.-C.En rouge, la cité de Rome.En vert, les cités étrusques de Véies, Caeré et Tarquinia.En orange, les cités latines.


Tout au long du ve siècle, Rome et Véies alternent les guerres et les trêves. Véies est la cité la plus au sud de la confédération étrusque, à seulement dix-sept kilomètres au nord de Rome sur la rive droite du Tibre. Elle contrôle notamment Fidènes en amont du Tibre par rapport à Rome et l'exploitation des salines. À Fidènes, un bac permet de contrôler le trafic du sel entre l'Étrurie méridionale et la Campanie, via Véies et Préneste, sans dépendre de Rome.


Première guerre (485 - 474)

Les dates de début de cette première guerre varient entre 485 et 482 av. J.-C. selon les auteurs modernes, Tite-Live évoquant la déclaration de guerre avant 482 mais ne donnant des détails qu'à partir de cette année-là. L'an 485 est la première des sept années consécutives où l'un des membres de la gens des Fabii occupe l'un des deux postes de consul.

Diodore de Sicile évoque brièvement la bataille du Crémère qu'il date lui de 472, contre 477 pour Tite-Live ou Denys d'Halicarnasse, sur lesquels se fondent les auteurs modernes.

L’événement marquant de cette guerre est le désastre du Crémère.

La République romaine et Véies sont en guerre depuis plusieurs années sans qu'une seule paix ne soit signée. Les Romains doivent aussi faire face à des incursions régulières des Volsques et des Èques.

En 480 av. J.-C., un des trois consulaires de la gens des Fabii, Quintus Fabius Vibulanus, meurt au combat contre Véies. La bataille est finalement remportée par les Romains, menés par les deux frères de Quintus Fabius Vibulanus : Kaeso Fabius Vibulanus et Marcus Fabius Vibulanus. Ce dernier, consul cette année-là, refuse le triomphe qui lui est décerné car son frère et son collègue Cnaeus Manlius Cincinnatus y ont trouvé la mort. Ce geste, ainsi que les éloges funèbres que Marcus Fabius prononce et les mesures prises pour s'occuper des soldats blessés permettent aux Fabii de gagner le soutien du peuple.

Alors que la guerre contre Véies s'éternise, les incursions des Èques et des Volsques se font de plus en plus pressantes. Les Véiens, apprenant que des troupes romaines avaient été congédiées, lancent des raids sur les terres de la République. Le Sénat décide de lever des troupes pour surveiller les frontières mais l'argent vient à manquer et la levée est retardée, laissant des terres vulnérables aux pilleurs ennemis.

Giacobbe Giusti, Guerres entre Rome et Véies

Le serment des Fabii et le désastre du Crémère

En 479 av. J.-C., les Fabii, menés par Marcus Fabius Vibulanus, consul de l'année précédente, et par Kaeso Fabius Vibulanus qui a été élu consul pour l'année, proposent de combattre seuls et à leur frais contre les Véiens afin de soulager la République de ce front et prononcent un serment devant le Sénat. Cette décision finit d'accroître la popularité dont jouit la gens Fabia auprès du peuple romain.

Ayant rassemblé leurs hommes, dont 306 patriciens de la même famille, ils quittent Rome cette même année en passant sous l'arcade droite de la porte Carmentale, plaçant ainsi selon Tite-Live l'expédition sous un signe funeste. Arrivés dans la vallée de la rivière Crémère, à une dizaine de kilomètres en amont de Rome, ils fortifient rapidement leur position en construisant un fort qui pourra leur servir de refuge en cas de retraite. Dans un premier temps, les Fabii défendent facilement leur fort et se permettent de porter la guerre sur les terres ennemies sans rencontrer trop de résistance, rapportant un important butin.

Les Fabiens, sûrs d'eux après leurs multiples succès, s'engagent une nouvelle fois en territoire ennemi dans l'espoir de prendre du bétail et sont attaqués hors de leur camp de tous côtés par l'ennemi qui, profitant de leur excès de confiance, leur a tendu une embuscade. D'abord submergés et encerclés, les Fabiens se rassemblent et portent leur force sur un seul point des lignes ennemies. Ils réussissent à ouvrir un passage dans les rangs ennemis et se replient au sommet d'une petite colline. Ils parviennent à tenir l'ennemi en respect jusqu'à ce qu'une troupe de Véiens atteigne le sommet en les prenant à revers. Les Fabiens sont alors tous tués. Les Étrusques portent ensuite leurs forces contre le fort du Crémère qui est pris.

Une grande partie de la gens Fabia est massacrée ce jour-là, seuls les membres demeurés à Rome comme le jeune Quintus Fabius Vibulanus ont survécu.

Ce désastre se déroule au début du mandat des consuls Caius Horatius Pulvillus et Titus Menenius Agrippae Lanatus, en 477 av. J.-C. Ce dernier est envoyé sur-le-champ contre les Véiens mais est aussi vaincu et les armées étrusques viennent assiéger Rome. Le consul Caius Horatius Pulvillus est rappelé d'une campagne contre les Volsques et après deux batailles aux portes de Rome, repoussent l'ennemi qui se fortifie en haut du Janicule et ravage le territoire romain.

L'année suivante, sous le consulat de Aulus Verginius Tricostus Rutilus et Spurius Servilius Priscus Structus, les Véiens sont pris à leur tour dans une embuscade, à l'instar des Fabiens, et essuient de lourdes pertes. Après une tentative désastreuse d'assaut de nuit du camp du consul Servilius, ils se replient de nouveau sur le Janicule. Le consul Servilius tente de les poursuivre mais échoue et son collègue Verginius vient à son secours. Les armées de Véies sont écrasées, ce qui met fin à cette longue guerre.


Les conséquences : trêve de quarante ans

Cette première guerre est difficile pour Rome, voyant les armées de Véies venir jusqu'aux portes de la ville ainsi qu'occuper brièvement le Janicule de l'autre côté du Tibre. Cependant, la guerre se termine par un statu quo : aucune perte territoriale de part et d'autre et une trêve de quarante ans est conclue.


Deuxième guerre (438 - 425)

Ce deuxième conflit est parfois appelé « guerre de Fidènes », du nom d'une cité latine sous domination de Véies en amont du Tibre par rapport à Rome. Tite-Live rapporte deux sièges séparés par neuf ans, un en 435 et un en 426 av. J.-C. Les événements ayant précédé les deux sièges étant identiques, il est admis que le second siège est une répétition du premier et le récit suivant condense les deux histoires.

Fidènes, qui est alors selon Tite-Live une colonie romaine, abandonne la République au profit de Véies. Lars Tolumnius, roi de cette dernière, demande aux Fidénates la mise à mort des députés romains venus en tant qu'ambassadeurs à Fidènes afin de demander les motifs du mécontentement. Les Véiens et les Fidénates traversent la rivière Anio, et pénètrent en territoire romain. Le consul romain Lucius Sergius les affronte et les oblige à se retirer. Le dictateur Mamercus Aemilius Mamercinus repousse alors les ennemis de Rome au-delà de l'Anio, qui s'installent près de Fidènes, où ils sont rejoints par une armée falisque.

S'ensuit la bataille de l'Anio qui voit Aulus Cornelius Cossus tuer le roi Tolumnius en combat singulier, puis le dépouiller et plante sa tête sur une pique, remportant le spolia opima, l'armure du roi vaincu. Ces dépouilles ont été ensuite offertes à Jupiter Feretrius : les « dépouilles opimes ». Le roi Tolumnius mort, les armées étrusques se replient, poursuivies par la cavalerie romaine de Cornelius Cossius. Cette victoire met fin à toute menace directe sur Rome, mais une épidémie empêche Rome de finaliser cette victoire.

Le Fidénates retrouvent confiance et reprennent les incursions dans le territoire romain. La peste qui sévit à Rome redouble de vigueur, décimant le peuple romain. Les Fidénates, profitant du fait que Rome est paralysée, ravagent le territoire de la ville, puis s'unissant aux Véiens, traversent l'Anio et établissent le camp près de Rome. Il est décidé que l'on nomme Quintus Servilius Structus Priscus dictateur qui choisit alors Postumius Aebutius Helva Cornicen comme maître de cavalerie. L'ennemi se retire sur les hauteurs, où Servilius les suit puis engage la bataille de Nomentum, au nord-est de Fidènes. Défaits, les Étrusques se replient dans Fidènes et les Romains préparent le siège.

Fidènes est bien fortifiée et bien approvisionnée, les Romains assiègent la ville. Les Romains décident de creuser un tunnel dans la roche sur le côté le plus faiblement défendu de la ville pendant que des attaques de diversion avaient lieu sous les murs. Ils pénétrèrent par ce tunnel et neutralisèrent les derniers résistants. La ville est finalement prise et soumise au pillage par l'armée du dictateur. Ce dernier ordonne à Cornelius d'abdiquer, et fait de même seulement seize jours après sa nomination.


Les conséquences : prise de Fidènes et trêve de vingt ans

La coalition de Fidènes avec la cité étrusque de Véies et les Falisques est battue par Rome sous les murs de Fidènes en 425 av. J.-C. La cité est prise et détruite, faisant perdre à Véies son enclave sur la rive gauche du Tibre, une colonie romaine est installée sur ces terres, et une trêve de vingt ans est conclue entre Véies et Rome.


Troisième guerre (405 - 395)

Cette troisième guerre est aussi connue sous le nom de « bataille de Véies » ou « siège de Véies ». Selon Tite-Live, la trêve entre Rome et Véies arrive à expiration en l'an 406, soit vingt ans après la prise de Fidènes. La cité étrusque est en proie à des conflits internes. À la suite d'une réponse insolente des Véiens, Rome décide de leur déclarer la guerre ce qui est fait après la prise d'Anxur sur les Volsques. Le siège de la ville commence en l’an 405 et les autres cités étrusques décident pour le moment de s'abstenir de toute intervention. Jusqu'en 403, le siège est soutenu tandis que les Romains combattent par ailleurs les Volsques.

En 403, la cité étrusque, face aux conflits politiques qui la secouent et à la guerre contre Rome, décide de se désigner un roi. La personnalité de ce roi amène les autres cités étrusques à refuser tout soutien tant qu'il dirige Véies. Rome s'engage dans un long siège pour réduire la ville, maintenant pour la première fois des troupes autour de la cité étrusque même en hiver. En 402, les Falisques et les Capénates, se sentant menacés par l'expansion romaine, attaquent l'armée romaine de siège, encourageant par ailleurs les Véiens à faire une sortie et prendre à revers les soldats romains. Des dissensions entre les commandants romains mènent à de lourdes pertes humaines côté Romains et une partie des lignes de fortifications est perdue. En 399, de nouveaux combats tournent à l'avantage des Romains et les alliés de Véies sont repoussés. L'année suivante, Faléries, capitale des Falisques, et Capène sont pillés par Lucius Valerius Potitus et Marcus Furius Camillus.

Tite-Live raconte ensuite le prodige du lac Albain dont le niveau vient de monter à une hauteur inhabituelle et son interprétation par un haruspice que les Romains ont capturé : Rome ne peut s'emparer de Véies tant que ce lac ne sera pas vidé. Tarquinia, profitant des nombreux conflits à Rome, internes d'une part externes d'autre part avec différentes guerres contre Véies, les Volsques et les Èques, ravage les terres romaines. Un raid romain permet de récupérer en partie le butin. En Étrurie, on se refuse toujours à venir en aide à Véies, d'autant plus qu'une menace gauloise pèse sur l'Étrurie padane au nord.

En 396, une armée romaine tombe dans une embuscade tendue par les Capénates et les Falisques, sans grande perte. À Rome, les rumeurs annoncent le massacre de l'armée entière, la perte des fortifications près de Véies et l'avancée d'une armée sur Rome. L'eau du lac albain répandue dans la campagne, Marcus Furius Camillus est nommé dictateur. Il met en déroute les Capénates et les Falisques, reprend en main la direction du siège de Véies et fait ordonner de creuser un tunnel sous la ville. Attaquant la ville de toute part, les Romains empruntent le tunnel, débouchent à l'intérieur du temple de Junon dans la citadelle, et leurs forces prennent l'ascendant sur celles de Véies.

Véies | Senatus Populusque Romanus

Les conséquences : chute de Véies

Cette conquête de Véies est marquée par l’annexion de son territoire, voisin de celui de Rome, la distribution de ses terres, la création de quatre tribus rustiques quelques années plus tard et l’incorporation civique de l’essentiel de sa population. Le territoire romain passe alors de 900 km2 à près de 1 600 km2, ce qui constitue la première véritable extension territoriale depuis le début du ve siècle av. J.-C. La chute de Véies en 396 av. J.-C. à la suite du siège mené par les Romains sous la conduite du dictateur Camille, est un événement grave dans l'histoire étrusque. Cette disparition d'une des cités majeures de l’Étrurie est contemporaine de la perte de l’Étrurie padane au nord face aux Gaulois Sénons.

En 395 av. J.-C., peu de temps après la chute de Véies, les Romains s'emparent de Sutrium et de Nepete, d'anciennes places fortes étrusques situées en terres falisques. Les Capénates, peuple italique situé non loin de Faléries, passent aussi sous domination romaine. Les cités étrusques de Volsinies, de Vulci et de Tarquinia se trouvent dorénavant en contact ou non loin de la puissance romaine. Alors que ces cités ne se sont que senties très peu concernées par la guerre entre Rome et Véies, elles semblent dorénavant réagir. Des raids de Volsiniens sont notés par Tite-Live en 392 et 391 av. J.-C.

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