Les Guerres de Messénie (-743 à -454)


5 min lu

La Messénie est une région du Sud-ouest du Péloponnèse chevauchant plus ou moins la région de la moderne Messénie de la Grèce. Au Nord, elle avait une frontière avec les territoires de la vile d'Elis, et avec l'Arcadie le long de la rivière Néda. De là, la frontière avec l'Arcadie courait le long des sommets des monts Elaeum et Nomia et ensuite plongeait vers le Sud en traversant les contreforts de la Taygète (ou Taÿgetos, chaîne de montagnes située du Péloponnèse séparant la Laconie de la Messénie). 

Le noyau riche de l'ancienne Messénie se situait dans le golfe de Messénie et la vallée de la rivière Pamissos et de ses affluents, une zone qui était la partie la plus densément peuplée de la région. C'était une région très fertile, où jusqu'à aujourd'hui on cultivait en grande quantité et de bonne qualité, des fruits (oranges, citrons, amandes, figues) "La porteuse de beaux fruits", comme l'appelait Euripide, des légumes primeurs, des oliveraies et des vignobles. 

Dans la mythologie, elle portait le nom de royaume d'Apharée. Son Roi offrit l'asile et plus tard légua son royaume, au Roi de Pylos, Nélée (Le fils de Poséidon et de Tyro), lorsque ce dernier fut chassé de Thessalie. Après Nélée ce fut son fils Nestor, qu'il avait eu de la Reine de Chloris, qui dirigea le royaume. Puis elle prit le nom de Messénie. La région se trouvait, à l'époque de la guerre de Troie, faire partie intégrante de la Laconie et comme telle, elle était sous la domination du Roi de Sparte Ménélas (ou Ménélaos, le frère d'Agamemnon). 

Limite de la Messénie à son apogée

Les  Guerres  de  Messénie

Les guerres de Messénie sont un ensemble de trois guerres, voire quatre, menées par Sparte contre les Messéniens, puis contre les Hilotes. Les sources relatant leurs faits sont assez rares.

  

Première Guerre de Messénie  fin du VIIIe siècle  (ou  743-724  ou  v.736-720) 

Elle date de la fin du VIIIe siècle. Selon Tyrtée (ou Tyrtaĩos, poète Spartiate du VIIe s. av.J.C), elle dura 19 ans et eut lieu deux générations avant lui : "Du temps des pères de nos pères", écrit-il dans ses poèmes. Officiellement, la Première Guerre de Messénie éclata à la suite de l'assassina du Roi Agiade de Sparte Télècle (ou Téléclos ou Teleclus, en Grec : Τήλεκλος, v.760-747), tué par les Messéniens dans le temple d'Artémis Limnatis dans des circonstances controversées. Les Lacédémoniens pensaient que Télècle tentait de soutenir les Messéniens qui avaient violé des Lacédémoniennes, tandis que les Messéniens accusaient Télècle de leur avoir tendu un piège  en déguisant des guerriers en femmes pour les faire accuser. Cette version est discutée, ce qui est sûr c'est que la guerre naquit de griefs réciproques entre Sparte et la Messénie. Il semble que ce fut surtout Sparte qui cherchait un prétexte pour attaquer la Messénie, afin de récupérer des terres supplémentaires pour assurer sa poussée démographique importante. 

La région partageait avec Sparte des terres communes sur sa frontière Est qui sont encore aujourd'hui assez mal définies. Sur cette zone avait lieu régulièrement une célébration commune entre les deux cités, au cours de laquelle les pâturages étaient distribués. Comme le note Tyrtée, la Messénie est "bonne à labourer, bonne à planter". À l’Ouest de l’Eurotas, elle possédait de riches plaines et de verts pâturages. Le co-Roi de Sparte, Polydore (ou Polydoros, v.700-v.665) affirma plus tard s'attaquer à la partie de ce territoire qui n'était pas encore allotie. La guerre fut en fait une série de coups de main ou de sièges, sans grande bataille décisive. Sparte fut assistée par des mercenaires de Crète et de Corinthe, alors que la Messénie bénéficia du soutien des Arcadiens, de Sicyone et de troupes envoyée par Argos. Selon Tyrtée le conflit dura 19 ans. C'est aussi la durée que l'on donne de la résistance du Roi Aristodème lors de son règne. L'issue en fut la victoire de Sparte. La forteresse de Messène, Ithômé, dernier bastion Messénien, fut détruite. L'aristocratie Messénienne s'enfuit dans les cités alentour, tandis que le peuple fut réduit à l’état d’Hilotes et fut obligé de verser la moitié de sa production agricole aux vainqueurs. Les terres furent divisées en lots et furent données à 3.000 Spartiates. 

 

Seconde Guerre de Messénie  685-668 ou 670-657 ou v.650-620  

La guerre naquit du désir de revanche des Messéniens sur la domination de Sparte. Sa chronologie précise est encore sujette à discutions. Pausanias, donne des dates, mais qui en font trois périodes possibles. La troisième, qui donne la guerre de 670 à 657, paraît la plus vraisemblable et est celle aujourd'hui retenue. Cette Seconde Guerre suivit la révolte dans laquelle les Messéniens avaient pris pour alliés les Arcadiens, les Argiens et les Pisates et pour chefs le Roi d'Orchomène, Aristocrates II (v.680-v.670). Tandis que Sparte combattaient sous les ordres de Tyrtée lui-même, venu exprès d'Erinée pour les commander. Ils avaient profités que les Spartiates avaient subi une défaite contre Argos en 669 à la bataille d'Hysiai (ou Hysias) pour enflammer le conflit. L'une des grandes nouveautés de ce conflit fut l'apparition de la phalange hoplitique, qui favorisa d'abord les Messéniens. 

La guerre se porta alors sur le territoire Laconien et les Spartiates durent se battre avec acharnement. Finalement, ils se ressaisirent et l'emportèrent à la bataille dite "du Grand Fossé", suite en grande partie à une trahison du Roi Aristocrates II. La guerre devint alors une suite de raids et de coups de main, comme lors de la Première Guerre de Messénie. À l'issue de la guerre, la Messénie battue fut de nouveau annexée au territoire Spartiate. Les habitants des plaines furent une fois encore réduits à l'état d'Hilotes, tandis que les cités côtières restèrent dans les mains des Messéniens mais prirent le statut de cités Périèques. 

  

 Troisième Guerre de Messénie  464-454  

Après les deux premières guerres, la Messénie ne fut qu'imparfaitement soumise. La cité de Tégée, finançait la guérilla Messénienne, malgré un traité avec Sparte. En 464, un tremblement de terre ravagea la Laconie et presque toutes les maisons de Sparte furent détruites alors que les armées Spartiates étaient en route vers Thasos pour soutenir la cité dans sa révolte contre Athènes. Les Messéniens profitèrent de la situation et se révoltèrent. La coïncidence du soulèvement avec le tremblement de terre est solidement attestée, bien que des historiens Grecs ne soient pas d'accord sur l'interprétation de cet événement. Selon Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.460-v.400/395) les Hilotes Messéniens et les cités Périèques de la côte, Thouria (ou Thuria) et Aithaïa profitèrent du tremblement de terre, se révoltèrent et établir une position sur le mont Ithômé. Il ajoute que la plupart des rebelles étaient d'ascendance Messénienne, confirmant Ithômé comme un lieu historique de la résistance de Messénie. En revanche, les spécialistes en déduisent qu'une minorité des Hilotes étaient Laconiens, ce qui serait la seule et unique révolte de leur histoire. 

 Ce fut les Hilotes de la vallée de l'Eurotas qui utilisèrent le tremblement de terre pour attaquer les Spartiates qu'ils pensaient désarmés. L'intervention du co-Roi de Sparte, Archidamos II (ou Archidamus, 469-426), qui appela les Lacédémoniens à la résistance, est enregistrée simultanément avec le tremblement de terre et l'attaque des Hilotes. Ces derniers se replièrent, mais la guerre ouverte fut rejointe par les Messéniens. Il est difficile de concilier ces versions. Il est néanmoins clair que, dans tous les cas, la révolte de 464 représente un événement traumatique majeur pour Sparte qui les surprit. 

Sparte eut du mal à contenir les Messéniens, et elle dut faire appel à ses alliés dont, Égine, Mantinée, Platées et même Athènes. La bataille de Stényclaros à elle seule coûta la vie à 300 Homoioi (ou égaux ou semblables, citoyens de Sparte). Les Hilotes Messéniens se réfugièrent une nouvelle fois à Ithômé, où ils résistèrent pendant 10 ans. La guerre s'acheva en 454 sur un compromis, avec Athènes dans le rôle du médiateur. Ceux qui tenaient la forteresse d'Ithômé durent quitter le Péloponnèse, ils furent réinstallés à Naupacte (ou Naupaktos ou Lépante, en Grec : Ναύπακτος), ancienne cité de Locride, située sur la côte septentrionale du golfe de Corinthe. La violence à l'égard des Hilotes redoubla ensuite, notamment dans le cadre de la kryptie ("caché, secret"). C'est une épreuve de l'agôgê (L'éducation Spartiate, dont la véritable nature est sujette à discussion parmi les spécialistes). 

Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.