La bataille de Cannes -216


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La bataille de Cannes est une victoire décisive d'Hannibal sur les légions romaines, au cours de la deuxième guerre punique. Le 2 août 216 av. J.-C., le général carthaginois écrase, grâce à une manœuvre géniale qui est depuis 22 siècles toujours étudiée dans les écoles de guerre, les troupes romaines deux fois et demi plus nombreuses, ce qui lui permet de s'établir durablement dans le sud de l'Italie.


TACTIQUE ROMAINE

La bataille de Cannes (aujourd'hui Canne della Battaglia) se déroule en effet à proximité de l'Aufide en Apulie à quelques dizaines de kilomètres des premières colonies romaines. La disposition des troupes était toujours la suivante :

* les légions romaines au centre : étant les mieux équipées, elles constituent le point fort du dispositif ;
* les légions alliées les flanquant à droite et à gauche : étant moins bien équipées, elles forment un point faible ;
* et la cavalerie, flanquant le tout et protégeant les ailes.

À l'intérieur des légions, les troupes étaient disposées en trois lignes, d'âge et d'équipement croissant. Là encore, les légions étant composées de citoyens payant leur équipement, les jeunes et les pauvres avaient un armement léger, alors que les plus vieux et les citoyens aisés étaient bien cuirassés. Les riches pouvant se payer un cheval formaient la cavalerie. Au cours de la bataille, après un harcèlement de l'adversaire par des troupes légères, la première ligne s'avançait pour enfoncer les lignes ennemies. Si elle était repoussée, elle reculait en bon ordre derrière la troisième ligne et c'est la deuxième qui prenait le relais.


DÉROULEMENT DE LA BATAILLE

La bataille de Cannes reste dans l'histoire militaire la première bataille dite « d'extermination ». Elle inspirera de nombreux chefs de guerre car son plan nous est parfaitement connu.

Hannibal, qui est en infériorité numérique dans un rapport de 1 pour 2 pour ce qui est de l’infanterie, dispose d’un atout majeur : la cavalerie qu’il va utiliser avec génie. Les consuls Varron et Paul Émile dirigent l’armée romaine (qui à l’époque n’est qu’une troupe de citoyens en armes) et forme un immense rectangle d’environ 80 000 hommes (8 légions) qui se déplace en ordre. Hannibal oppose une seule ligne de fantassins à cette masse. Sur les deux ailes, Hannibal dispose sa cavalerie. L’aile de la cavalerie gauloise aura pour objectif de maintenir la cavalerie romaine pendant que l’autre aile prendra les Romains à revers.

Le coup de génie du carthaginois sera de disposer une ligne beaucoup plus longue que le rectangle romain, puis de provoquer le contact entre ses lignes et la première ligne de l’armée romaine et enfin de faire reculer le centre de sa ligne de telle manière que ses fantassins forment une tenaille autour des Romains dont seul la première ligne reste en contact. La cavalerie lourde ibéro-gauloise arrive alors par l’arrière de l’armée Romaine et provoque l’un des plus grands massacres de l’Antiquité.

Les Romains, contenus par les Celtes et les Espagnols à l’avant, attaqués par la redoutable infanterie lourde carthaginoise sur les côtés et chargés par derrière par la cavalerie victorieuse d'Hannibal sont réduits peu à peu dans une poche dans laquelle ils sont enfermés. Caius Terentius Varro n’ayant plus de réserve voit son armée massacrée en quelques heures dans un bain de sang qui expliquera l’acharnement des Romains à réduire Carthage jusqu’aux fondations.

BILAN

Les chiffres proposés par Tite-Live et Polybe varient légèrement. Selon Tite-Live (Histoire romaine XXII-49) :

« On chiffre les pertes à 45 000 fantassins et 2 700 cavaliers, citoyens et alliés en nombre à peu près égal; parmi eux, les deux questeurs des consuls Lucius Atilius et Lucius Furius Bibaculus, 29 tribuns militaires, d'anciens consuls, d'anciens préteurs ou édiles, entre autre Gnaeus Servilius Geminius et Minucius qui avait été maître de cavalerie l'année précédente et consul quelques années plus tôt; en outre, 80 sénateurs ou magistrats ayant rang de sénateurs : enrôlés volontaires ils servaient comme simples soldats dans les légions. On dit qu'il y eut 3 000 prisonniers parmi les fantassins et 1 500 parmi les cavaliers. » D'autre part, selon Polybe, considéré par la plupart des historiens comme plus impartial que Tite-Live, 10 000 Romains furent capturés, et près de 53 000 périrent au combat. Encore selon Polybe, près de 5 500 cavaliers Romains tombèrent sous les coups des Carthaginois.

Le consul Paul Émile trouve également la mort au combat, mais Varron parvient à s'échapper, à la tête d'un peu plus de 70 cavaliers.

Hannibal s'en tire avec 6 000 tués. Parmi ceux-ci figurent 4 500 Celtes. Ce sont eux qui ont, étant au centre, contenu le gros des forces romaines. 

Bataille de la Plaine de Cannes Cette bataille qui eu lieu en -216 av JC est la bataille historique la plus ancienne et la plus sanglante connue avant JC. 52 000 morts. 

CONSÉQUENCES SUR LA SUITE DE LA GUERRE

A l'issue de la bataille, la route de Rome était ouverte et l'armée carthaginoise aurait pu s'emparer de Rome qui ne s'attendait pas à ce moment à une défaite. Mais Hannibal aurait décidé de reposer son armée cette nuit-là. Selon la légende, un des généraux d'Hannibal, Hasdrubal, aurait déclaré à cette occasion: "Hannibal, tu sais gagner des batailles mais tu ne sais pas gagner une guerre !"

Rome aurait dû demander la paix, mais les Romains ne la demandaient qu’après une victoire : Rome refusa par exemple de racheter ses prisonniers (500 deniers pour les cavaliers, 300 pour les fantassins et 100 pour les esclaves). Elle reprit sa tactique de temporisation et reconquit patiemment le terrain perdu. Hannibal occupa ensuite pendant plus de dix ans le Sud de l'Italie, avant d'être rappelé en Afrique en 203 av. J.-C. Beaucoup pensent qu'Hannibal, malgré son écrasante victoire, avait une armée trop faible pour assiéger Rome, ce qui causa son repli en Italie du Sud. Cependant, certains soulignent que la stratégie d'Hannibal reposait sur la destruction du pouvoir de Rome en la privant d'alliés, et n'avait pas pour but la chute de Rome en tant que cité. Selon eux, Hannibal ne prit donc pas Rome par choix, et non parce qu'il n'en était pas capable.

Comme l'a souligné Richard M. Swain, « La victoire d'Hannibal à Cannes, bien qu'elle fût un chef d'œuvre de tactique, ne produisit pas de succès stratégique. Hannibal perdit la guerre contre Rome. ». 

Hannibal comptant les anneaux des chevaliers romains tombés pendant la bataille, par Sébastien Slodtz, 1704, musée du Louvre 

INFLUENCE SUR L’ART DE LA GUERRE

La bataille de Cannes est encore aujourd'hui étudiée dans les écoles militaires. Le général Schlieffen s'en inspira grandement dans son célèbre plan censé assurer la victoire à l'Allemagne durant la Première Guerre mondiale, plan repris lors de la seconde guerre mondiale par Guderian et Erich von Manstein et mené à bien avec la victoire de l'Allemagne sur la France en 1940.

À l'instar d'Hannibal, qui retint l'armée romaine avec ses troupes pour mieux encercler ses ennemis, les troupes allemandes retinrent les forces françaises près du Rhin pendant que l'autre partie de l'armée de Schlieffen tenta d'encercler l'armée française. En effet, attirées dans le piège belge, les meilleures armées alliées avançèrent pendant que les blindés allemands effectuant un coup de faucille les attaquèrent dans leur dos.

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