La bataille de Zama -202


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La bataille de Zama fut en 202 avant l'ère chrétienne un tournant décisif lors de la deuxième guerre punique. Elle vit s'affronter les armées romaine, dirigée par Scipion l'Africain, et carthaginoise d'Hannibal, qui y perdit la guerre. Peu après celle-ci, le sénat carthaginois signa un traité de paix qui mit fin à 20 ans de guerre. Zama se trouve entre Constantine et Tunis, en Numidie (actuelle Tunisie).

Des deux côtés, les généraux ont élaboré un plan très précis d'attaque. Hannibal fait placer en première ligne 80 éléphants, en deuxième ligne les mercenaires gaulois et ligures, en troisième ligne l'infanterie carthaginoise et africaine. À quelque distance, d'autres mercenaires, des vétérans recrutés lors de la campagne d'Italie, doivent servir de réserve. Aux deux ailes se trouve la cavalerie; à droite, celle des Carthaginois, à gauche, celle des Numides, commandée par le jeune roi des Massaessyles, Syphax, époux de Sophonisbe. On peut reconstituer le plan d'Hannibal: faire charger les éléphants, puis envoyer les mercenaires gaulois et ligures dans un premier assaut qui doit affaiblir les Romains, ensuite faire intervenir la ligne des Carthaginois beaucoup plus solide et, enfin, les vétérans italiens pour assurer la victoire. Dans cette armée composée d'hommes si différents par leurs nationalités, leurs langues, leurs armes, leurs modes de combat, il est difficile de parvenir à harmoniser les consignes traduites par des interprètes, et Hannibal s'efforce de motiver les combattants : aux mercenaires il promet une solde supplémentaire, aux Carthaginois, aux Numides et aux Africains il représente la ruine de leur pays en cas de défaite. Mais les dispositions prises par Scipion rendent la tactique d'Hannibal totalement inefficace. En effet, rompant avec la formation compacte en quinconce de l'infanterie utilisée par l'armée romaine, Scipion laisse des passages libres entre les manipules (unités tactiques de la légion) et place dans ces intervalles des vélites, ou soldats d'infanterie légère qui pourront évoluer facilement et désorienter les éléphants. À l'aile gauche, il dispose la cavalerie italienne et, à la droite, la cavalerie des Numides conduite par Massinissa, allié des Romains[1].

Conformément au plan d'Hannibal la charge des éléphants marque le début du combat. Mais, affolés par le vacarme des clairons et des cors romains, les pachydermes se retournent contre leur propre armée. Seuls quelques-uns continuent à avancer vers les troupes romaines. C'est alors que la disposition adoptée par Scipion montre sa supériorité : les cornacs engagent leurs bêtes dans les passages laissés libres et les vélites peuvent lancer leurs javelots sur les flancs des animaux, exposés des deux côtés à la fois. Les deux ailes de l'armée d'Hannibal, les cavaleries carthaginoise et numide, font les frais de la débandade des éléphants. Lorsque, à leur tour, les deux infanteries s'affrontent, les forces sont déjà inégales. Les auxiliaires gaulois et ligures, comme Hannibal l'a prévu ne peuvent longtemps résister et se mettent à reculer vers la troisième ligne celle des Carthaginois et des Africains. Ceux-ci refusent de leur faire place dans leurs rangs et se battent pour repousser à la fois leurs mercenaires et les Romains. 

 

Scipion adopte ensuite la tactique utilisée par Hannibal lors de la bataille de Cannes : la deuxième et la troisième ligne des légionnaires sont envoyées aux ailes et commencent un mouvement tournant encerclant les Carthaginois qui continuent à se battre contre la première ligne. À partir de ce moment, la victoire est acquise pour les Romains. Privés de l'aide des éléphants, de leur cavalerie, de leurs mercenaires, les Carthaginois prennent la fuite. Environ 20 000 hommes ont péri dans leurs rangs. 10000 ont été faits prisonniers ainsi que 11 éléphants. Les Romains, quant à eux, n'ont à déplorer qu'environ un millier et demi de morts. Ayant pu regagner Carthage, Hannibal déclare à ses concitoyens qu'il vient de perdre non une bataille, mais la guerre. Carthage doit accepter un traité de paix désastreux pour elle : elle perd l'Espagne, doit livrer sa flotte et ses éléphants de combat, et payer en cinquante annuités une indemnité de 10 000 talents (environ 50 millions de francs-or). Revenu à Rome, Scipion célèbre un triomphe magnifique et reçoit de ses soldats le surnom d'Africain. 


CONSÉQUENCES

Contrairement au traité de paix de la première guerre punique qui sanctionnait les limites entre deux aires d'influence, la paix conclue par les Carthaginois après cette défaite sur leur sol marqua l'hégémonie de Rome sur la Méditerranée occidentale. Carthage perdit l'Espagne et n'eut plus qu'un faible pouvoir de contrôle de sa périphérie proche. Or cette même aire d'influence fut par la suite progressivement grignotée par Massinissa qui profita de l'impuissance de l'ancienne orgueilleuse cité ; toutefois, Carthage entreprit avec succès de développer son agriculture dans sa « chôra » (territoire continental) et se mit à retrouver peu à peu une partie de sa richesse ancienne.

Lors de la troisième guerre punique, Carthage n'était plus une véritable menace pour Rome. Mais celle-ci prit pour prétexte la tentative de riposte des Carthaginois aux grignotages incessants des Numides pour intervenir en Afrique et détruire la ville après un siège de trois ans. Carthago delenda (erat). 

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