La bataille du lac de Trasimène -217


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La bataille du lac Trasimène de 217 av. J.-C. est une bataille-clé de la Deuxième guerre punique et oppose les troupes romaines du consul Flaminius à l'armée carthaginoise commandée par Hannibal Barca, qui prend ses adversaires dans une embuscade et leur inflige une sévère défaite.


Stratégie de l’embuscade

Comme le montre la carte, la plaine bordant le lac forme une véritable souricière. L’étroit défilé au sol plat forme un vallon entre Borghetto et Passigano. Il est enserré entre, au sud, le lac, et au nord, des collines naturellement fortifiées et difficilement accessibles.

Hannibal voyait en ce lieu un piège idéal : une fois les Romains entrés dans le défilé, ils étaient pris au piège. Les Carthaginois passèrent tranquillement la nuit sur leurs positions : Hannibal et ses fantassins libyens et espagnols campèrent sur la pente abrupte (?). Son infanterie légère se mit à couvert derrières les versants, et la cavalerie numide ainsi que les Gaulois se cachèrent près de l’endroit où débouchait la route dans la vallée et prirent place au petit matin. Quasiment imprévisibles, l’obscurité et le brouillard ont joué un rôle non négligeable dans cette entreprise. Lorsque Flaminius décide de la traversée du défilé au petit matin, il y avait beaucoup de brouillard, ce qui rendait le déplacement des Romains difficiles. Cependant ce qui handicape les Romains ne gêne aucunement les Carthaginois puisqu'ils sont postés en hauteur sur les collines où le brouillard ne sévit pas. Par ailleurs, cette position donne aux unités Carthaginoises une vision plus large, et leur permet de se coordonner en créant un mouvement organisé contre les troupes romaines.


Déroulement du combat

Quand Flaminius engage ses troupes dans l’étroit couloir le long de la rive, il ne se doute vraiment pas qu’il est observé par Hannibal et les Carthaginois, qui attendent le bon moment pour refermer le piège. Les Carthaginois sont organisés selon un plan bien précis, en quatre corps, de l’ouest vers l’est, d’abord les cavaliers, puis les Gaulois, puis les Baléares et Carthaginois, enfin les Ibères et les Africains. Ainsi tous les côtés du lieu étaient couverts de « milles endroits à la fois ». Et quand enfin les troupes de Flaminius comprirent qu’elles étaient prises dans une embuscade il était déjà trop tard pour elles ; elles ne purent se déployer et se mettre en ordre de bataille. L’avant-garde composée de 6000 hommes environ fut vite séparée du gros de la troupe. Les hommes de celle-ci, comprenant ce qui se passait, s'éloignèrent précipitamment du champ de bataille et « se retirèrent sur un village d‘Étrurie ».

De ce fait, Hannibal, qui avait eu la volonté de séparer les Romains par petits groupes, put les affaiblir pour mieux les neutraliser. Ils ne résistèrent que peu de temps surtout par le fait de la surprise. Cette « mort à l’improviste » créa une panique générale, et tant la « situation était confuse » qu'oubliant les principes qui régissaient leur armée (« ne pas fuir, ne pas abandonner son poste ») les Romains se lancèrent dans un sauve-qui-peut général, « perdant tout sang-froid et toute raison ». Ceux qui ne se sont pas fait massacrer dans les premiers instants de l’affrontement, portèrent leurs espoirs sur la fuite, dont cependant les options étaient très limitées : certains préférèrent se jeter dans le lac, d’autres se rendirent présumant voir ainsi leurs vies épargnées, d’autres enfin choisirent de pénétrer dans le vallon et de traverser les lignes ennemies.

Il n'était plus question alors d’armée romaine tant le désordre régnait, chacun ne pensant plus qu’à sa propre vie, pas même à celle de ses camarades (« ne pouvaient porter secours aux leurs ») et pas plus à Rome qu’il fallait protéger. La violence des combats, qui durèrent près de trois heures, fut telle que les Romains « furent taillés en pièces », « sans pouvoir se défendre », « se noyèrent »

Polybe et d’autres auteurs parlent d’un terrible tremblement de terre qui aurait sévi au même moment et qui aurait détruits de nombreuses villes italiennes mais que les soldats n’auraient pas ressenti, tant la violence des affrontements qu’ils subissaient était lourde. 

Conséquences du désastre

Après trois heures de violences les pertes sont très lourdes du côté romain : le consul (la tête tranchée) et 15000 soldats périrent massacrés au fil de l’épée ou noyés dans le lac et 15000 prisonniers dont les soldats de l’avant-garde. 6000 soldats à la tête de la colonne réussissent à percer et à s’échapper du piège, mais rattrapés par les cavaliers de Maharbal dans la nuit, ils sont capturés. Les captifs italiens ont été renvoyé sans la moindre demande de rançon c’est la poursuite de la politique commencée à Trébie rappelant qu’il leur apportait « la liberté », c’est là toute l’habileté politique d’Hannibal. La façon dont Hannibal traite ses prisonniers demeure très discutée. Les conditions de leur reddition sont incertaines. Selon Polybe, « ils déposèrent les armes et se rendirent à condition d’avoir la vie sauve », cependant Tite Live (dit que les Romains sont libérés) ne donne pas la même version. Polybe se rapproche plus de la réalité puisque les historiens affirment eux aussi que Maharbal avait pris l’initiative de leur accorder la vie sauve s’ils se rendaient.

Mais Hannibal en opposition avec cette décision leur déclara que Maharbal n’avait aucunement le droit de promettre cela et les prisonniers romains furent moins chanceux puisqu’ils furent capturés en majeure partie. D’un autre côtés, les pertes Carthaginoises sont nettement moindres, approximativement entre 1500 et 2500 hommes, en majorité des Gaulois à qui on fait donner tout de même une sépulture. Selonr les auteurs, les Gaulois étaient les moins disciplinés de l’armée carthaginoise, ce qui en faisait des cibles faciles. Cependant, un autre point de vue fut avancé : en effet il a été dit qu’en réalité Hannibal accordait moins d’importance à cette fraction de son armée qui ne lui semble absolument pas indispensable à la réussite de son projet (en comparaison aux Espagnols, Africains ou Ibères).

Ce conflit ne se conclut pas après les trois heures de conflit, en opposition avec le point 15 de Polybe qui affirme que le combat se termine. Puisque peu de temps après, l’armée de Servilius arrive à marche forcée, par la voie Flaminienne, au secours certes tardif de son collègue. Mais Maharbal et la cavalerie punique envoyés par un Hannibal, qui avait prévu cette éventualité, partent à sa rencontre et anéantissent l’avant garde romaine de 4000 cavaliers commandée par Gaius Centenius, dans la bataille des Marais de Plestia, qui tourna de nouveau au désastre pour Rome. Cette situation présentait pour Rome de nombreux dangers puisque Hannibal venait d’écarter à la fois Flaminius, mais aussi l’avant-garde de Servilius (qui lui se trouvait bien en arrière) et donc le passage vers Rome était ouvert.

La terrible nouvelle se répand comme une traînée de poudre arrivant jusqu’aux portes de Rome, où il fallut faire savoir l’inconcevable : « Nous avons été vaincus, annonça le préteur M. Pomponius, dans une grande bataille ». La réaction fut au moins de la stupeur, selon Polybe et pire selon Silius Italicus « la peur se déchaîna et la panique aggrava la tourmente ». Aucun détail ne fut donné au peuple romain quant à la sévérité de la défaite subie à Trasimène, mais des renseignements officieux apprirent que le consul avait péri et que l’armée fut majoritairement exterminée et que ceux qui malgré tout avaient réussi à échapper au massacre étaient prisonniers d’Hannibal ou erraient en Étrurie. La surprise et le doute s’emparèrent de la population.

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