Les guerres gréco-puniques (-600 à -265)


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De fait, il s'agit plus de guerre entre Carthage et Syracuse, car ce sont ces deux villes qui se disputèrent l'hégémonie même sur l'île jusqu'en 265 av. J.-C., date de l'arrivée des Romains dans l'île. Les premières batailles sont livrées lors de la fondation de Massalia, puis pour le contrôle de la Sardaigne, et enfin pour le contrôle de la Sicile et de l'Afrique. Dans l'ensemble, il s'agit probablement des guerres les plus longues de l'Antiquité.


Première guerre gréco-punique

La première guerre gréco-punique est un conflit de l'année 480 av. J.-C. qui se déroule en Sicile entre une alliance menée par Carthage et associant les cités d'Himère et Rhégion, contre les cités grecques de Syracuse et d'Agrakas. Elle se termina par une défaite de Carthage et la prise d'Himère.

Vers 900 av. J-C, les Phéniciens s'installèrent, avant même la fondation de Carthage, sur plusieurs points de la côte sicilienne. Ils ne pénétrèrent pas loin dans les terres et commercèrent avec les peuples locaux. Lors de l'arrivée des premiers colons grecs (vers 750 av. J-C), ils se replièrent sur les villes des côtes ouest de l'île (Motyé, Panornus et Solus).

De 750 à 650 av. J-C, les Phéniciens n'opposèrent que peu de résistance aux avancées des Grecs. Cela changea lors de l'arrivée de ces derniers sur la péninsule ibérique en 638 av. J-C.. Tout d'abord, Carthage apparut comme le principal centre de cette nouvelle résistance. Peu à peu, elle étendit son influence à travers le monde phénicien et établit un puissant empire commercial.

En 580, les Phéniciens siciliens s'allièrent avec les Elymes pour contrer des Grecs de Rhodes. Ils remportèrent en 580 av. J-C la bataille de Lilybée (aujourd'hui Marsala) mettant un terme aux ambitions grecques pour environ soixante-dix années.

Les cités phéniciennes de Sicile restèrent indépendantes jusqu'aux alentours de 540 av. J-C., où elles sont conquises par l'empire carthaginois naissant. En 510 av. J-C., les Carthaginois contrent la tentative d'expansion des cités grecques menée par le Spartiate Dorieus (frère de Léonidas). Les survivants grecs furent ensuite à l'origine d'une guerre entre Akragas, Sélinonte et Géla d'un côté, Carthage de l'autre. Les cités de Grèce ignorèrent l'appel à l'aide de ces cités et Carthage s'imposa.

Entre 505 et 480 av. J-C, la plupart des cités grecques siciliennes changèrent de formes de gouvernement passant à la tyrannie. Les cités doriennes, comme Géla, Akragas et Rhegion, en profitèrent pour augmenter leur territoire. Dans l'ensemble, les cités doriennes, dont la politique en Sicile était plus expansionniste que celle des cités ioniennes, furent les principales bénéficiaires de ce changement. En particulier, Géla, qui sous la direction de Cléandre (505-498 av. J-C) puis d'Hippocrates (498-491 av. J-C) prirent le contrôle de Zancle, Leontinoi, Naxos, Catana et Camarina. Gélon, leur successeur, captura Syracuse en 485 et en fit sa capitale. De son côté, Akragas, conquit, sous le tyran Théron (488-472) de Sikan et de Sicel. Via une série de mariages, Gélon et Théron prévinrent tout conflit entre leurs cités.

Pour contrer l'influence dorienne, Anaxilas de Rhegion d'Italie, qui s'empara à son tour de Zankle en 490 av. J-C, s'allia avec le tyran d'Himère. Les deux se rapprochèrent ensuite des Carthaginois. Enfin, après la destruction de Megara Hyblaea par Gélon, Sélinonte rejoint aussi cette alliance entre 483 av. J-C. Les peuples indigènes, pris en sandwich, restèrent neutres mais les Elymiens rejoinrent aussi les Carthaginois.

En 483 av. J-C., Theron déposa le tyran d'Himère, Terrilus. Celui-ci appela Carthage à l'aide qui décida d'envoyer une expédition sur l'île.

Gélon roi de Syracuse

Carthage envoya une flotte en 480 av. J-C en espérant profiter des difficultés de la Grèce qui faisait alors face aux Perses. Après un voyage difficile et des pertes causées par de l'eau corrompue, les Carthaginois dirigés par Hamilcar débarquèrent à Ziz (près de l'actuelle Palerme). Ils furent écrasés par Gélon lors de la bataille d'Himère au cours de laquelle Hamilcar trouva la mort.

Les Carthaginois se préparèrent alors à faire face à une invasion mais Gélon accepta de traiter. Carthage paya 2 000 talents d'argent en réparation. Hormis Himère, déjà occupée, aucun territoire ne fut échangé et les alliés de Carthage ne furent pas attaqués.

À Carthage, la défaite entraina la chute de l'ancienne monarchie qui fut remplacée par la république carthaginoise. Syracuse devint un centre grec majeur au cours des années suivantes.


Deuxième guerre gréco-punique

La deuxième guerre gréco-punique est en fait une succession de conflits qui se déroulèrent de 410 à 340 av. J.-C., opposant Carthage à Syracuse. Plusieurs trêves furent signées pendant la période, et la guerre, longtemps incertaine, s'acheva par un statu quo.

Le début du ve siècle av. J.-C. avait déjà vu l'affrontement des mêmes protagonistes lors de la première guerre gréco-punique, qui s'acheva par la défaite de Carthage lors de la bataille d'Himère. Cette défaite marqua un coup d'arrêt pour Carthage qui s'abstint d'intervenir en Sicile jusqu'en 410 av. J.-C..

Entretemps, Carthage conquit de nombreux territoires et renforça son contrôle en Afrique (fortifications…). En Sicile, les cités grecques de l'alliance Agrakas-Syracuse se divisèrent en onze cités-états après la mort de Gélon (en 478 av. J.-C.). Au cours du siècle, la rivalité entre les Elymiens et Sélinonte reprit. De plus, elle se superposa à la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte. Les Athéniens cherchèrent à aider les Elymiens en 413 av. J.-C. (expédition de Sicile) mais ils furent sévèrement battus.

En 411 av. J.-C., Carthage envoya une force de secours qui s'imposa l'année suivante. Des négociations entre les Elymiens, Sélinonte, Carthage et Syracuse échouèrent et les Carthaginois envoyèrent des renforts.

En 409 av. J.-C., Hannibal de Giscon attaque Sélinonte qui est prise d'assaut. Ensuite, il se tourne vers Himère qui est prise et détruite. Le général carthaginois rentre alors triomphalement à Carthage. Syracuse et Agrakas s'abstinrent de riposter. En revanche, un général syracusain renégat leva une petite armée avec laquelle il effectua plusieurs razzias dans le territoire carthaginois de Sicile. Il sera tué dans une tentative de coup d'État à Syracuse mais les Carthaginois décide de lancer une campagne contre Syracuse en 406 av. J.-C..

Ils assiègent Agrakas mais l'armée est ravagée par une épidémie de peste. Après plusieurs victoires (prise d'Agrakas, de Géla et de Camarina) et plusieurs défaites infligées aux Syracusains, les Carthaginois sont contraints d'accepter une trêve.

La trêve est rompue par Denys, tyran de Syracuse, qui a renforcé son pouvoir, en 398 av. J.-C.. Il s'empare de la forteresse de Motyé. La contre-attaque carthaginoise est rapide. Motyé est reprise et Messine envahie. Après une victoire navale à Catane, les forces de Carthage mettent le siège devant Syracuse. Cependant, de nouveau frappés par la peste, les Carthaginois doivent lever le siège en 396.

Denis le tyran

Les Syracusains portent alors la guerre en Sicile orientale de 396 à 393 av. J.-C. Une contre-offensive punique est repoussée en 393 à Messine. Un premier traité de paix fut signé alors que les deux camps faisaient face à des difficultés internes.

La guerre reprit en 383 av. J.-C. par une attaque de Denys. Il remporta une importante victoire en 378 lors de la bataille de Cabala et exigea le retrait de Sicile des Carthaginois. Ceux-ci répondirent deux ans plus tard en détruisant la flotte syracusaine à Cronium. Le traité qui suivit obligea Denys à payer 1 000 talents et laissa la Sicile orientale aux Carthaginois.

La guerre recommença en 368 par une nouvelle attaque de Syracuse. La mort de Denys et la défaite de sa flotte permirent de signer une nouvelle paix l'année suivante. Elle dura vingt-deux ans. Au cours de ces années, Carthage fut de plus en plus impliquée dans la vie politique de Syracuse. En 345 av. J.-C., les Carthaginois furent même appelés à entrer dans Syracuse. Ils furent finalement repoussés. En 343 av. J.-C., Timoléon prend le pouvoir à Syracuse et commence à lancer des raids contre les possessions carthaginoises en Sicile. Une expédition carthaginoise fut détruite en 341 sur la rivière Crimissus avant que les deux camps ne se contentent du statu quo en 340.

Timoléon est désormais maître de Syracuse qui demeure la principale puissance grecque de l'île. De leur côté, les Carthaginois voient leur présence à l'ouest de la rivière Halcyas confirmée.


Troisième guerre gréco-punique

La troisième guerre gréco-punique eut lieu de 315 à 307 av. J.-C. entre Carthage et ses alliés d'un côté, Syracuse de l'autre. Syracuse y perdit son rôle de puissance méditerranéenne majeure.

Après la seconde longue guerre, entrecoupée de trêves, une paix de statu quo fut signée en 340 av. J-C. Carthage se maintenait dans l'ouest de l'île et Syracuse continuait de dominer les possessions grecques à l'est.

Le tyran de Syracuse Agathocle reprit les hostilités en mettant le siège devant Messine, cité libre. Cette opération menaçait le statu quo et le traité conclu en 338 entre les Carthaginois et Timoléon. Carthage refusant l'hégémonie de Syracuse en Sicile, la guerre devenait inévitable.

En 315 av. J.-C., le tyran Agathocle de Syracuse s'empare de la ville stratégique de Messene (aujourd'hui Messine) et quatre ans plus tard, il envahit le domaine carthaginois puis assiège Agrakas.

La contre-offensive carthaginoise récupère presque toute l'île en 310 et permet d'assiéger Syracuse. Pour faire face à cette situation difficile, Agathocle décide dans une audacieuse stratégie d'attaquer la ville même de Carthage en Afrique du nord. Les troupes carthaginoises assiégeant Syracuse furent donc rappelées mais furent vaincues devant Carthage, qui ne se rendit cependant pas. Après deux ans d'occupation, les forces de Syracuse furent vaincues à leur tour. Agathocle parvint à gagner la Sicile où il négocia la paix.

Agathocle de Syracuse

Carthage est désormais la puissance dominante en Sicile et personne ne le contestera pendant une trentaine d'années. Syracuse demeure un puissant bastion grec en Sicile et en Méditerranée mais elle ne pourra désormais plus jouer parmi les premiers rôles.

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