Rome et les latins


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On désigne par les latins les habitants de la région italienne du Latium pendant l’antiquité romaine.

LA CRÉATION DE ROME

Lorsque les Grecs s’emparent de Troie, le prince Enée, fils de Vénus et du mortel Anchise, réussit selon la tradition à s’enfuir en Italie, et aborde près de l’embouchure du Tibre. Il s’allie au roi aborigène Latinus, dont il épouse la fille Lavinie, et fonde Lavinium. 

Son fils Ascagne fonde Albe la Longue, dont le treizième roi, Numitor, est détrôné par son frère Amulius. Ce dernier fait de sa nièce, Rhea Silvia, une vestale vouée à la chasteté. Or celle-ci, violée par le dieu Mars, donne le jour à des jumeaux, Romulus et Remus, qui sont déposés sur le Tibre. Le fleuve en crue abandonne leur berceau au pied d’une colline, le Palatin. Ils sont nourris par une louve, puis recueillis par un berger. 

Parvenus à l’âge adulte, Romulus et Remus rassemblent une troupe qui réussit à tuer Amulius pour rétablir Numitor sur le trône d’Albe. Leur grand-père les encourage à aller s’installer ailleurs, et les jumeaux choisissent le site de Rome. 

Louve romaine (relief en pierre calcaire) Photo Musée romain d’Avenches 

LA MONARCHIE ROMAINE

Romulus comme fondateur de Rome : L’observation du vol des oiseaux (prise d’auspices) désigne Romulus comme fondateur. La date attribuée à la fondation mythologique de Rome est 753 av. J- C. A la suite d’une querelle, Remus est tué par son frère. Ce dernier enlève les filles de ses voisins, les Sabins, qui acceptent finalement de s’unir aux Romains avec leur roi, Titus Tatius. 

Romulus dote Rome d’un sénat, divise la population en trente curies, lui donne des institutions, une organisation militaire, avant de disparaître mystérieusement et d’être honoré par assimilation au dieu Quirinus. 

C’est un Sabin, Numa Pompilius, qui lui succède et qui donne à Rome, suivant les conseils de la nymphe Egérie, son organisation religieuse. Vient ensuite Tullus Hostilius, qui détruit Albe la Longue (épisode du combat des Horaces et des Curiaces). Enfin, le Sabin Ancus Martius fonde Ostie.  

rois rois étrusques 

Le VIe siècle est marqué par le règne de trois rois étrusques. Tarquin soumet les Latins, fait assécher le site où sera installé le forum et renforce le sénat. Servius Tullius fait construire une enceinte et, pour organiser une armée civique, dote les Romains d’une constitution censitaire.

Enfin, Tarquin, surnommé le Superbe, engage de grands travaux et construit le temple de Jupiter, Junon et Minerve sur le Capitole. Mais ce souverain se conduit en tyran, et l’un de ses fils viole Lucrèce, qui se suicide. Brutus ameute alors le corps civique et ordonne la fermeture des portes de Rome à Tarquin, parti en expédition. C’est alors que commencerait la République.

Le site mythique 

Cette histoire mythique reçoit des fouilles actuelles de nombreuses confirmations. La petite plaine du Latium est peuplée, au VIII e siècle av. J.-C., par des pasteurs et des agriculteurs, tandis que le site de Rome, en bordure du Tibre, sur les limites septentrionales du Latium, est celui d’une cuvette inondable - le futur Forum - entourée de collines. La présence d’une île y facilite le passage nord-sud, à l’écart des marais de la côte; le fleuve est navigable en amont comme en aval, et une route du sel, de la côte vers les monts Albains et surtout vers Sabine, permet d’approvisionner les éleveurs de l’intérieur.

Un peuplement est attesté par l’existence de fonds de cabanes sur le Palatin et de nécropoles vers le nord. L’expansion de la civilisation étrusque, jusqu’en Campanie, se traduit par la conquête du Latium. Le VI e siècle correspond à une période de grande activité édilitaire et de participation aux échanges méditerranéens.

L’héritage des Etrusques 

C’est aux Etrusques que Rome doit son nom, sa muraille, l’assèchement de la cuvette du Forum (construction d’un grand égout, ou Cloaca maxima) et la construction du sanctuaire du Capitole. Les fouilles ont révélé de grandes demeures privées. Enfin, des populations venues d’autres contrées y affluèrent. La Rome des rois étrusques apparaît comme une cité florissante, où trois pouvoirs se partagent l’administration: le roi, le sénat et l’assemblée des gentiles dans le cadre des trente curies. La fin de la monarchie se traduit par l’avènement d’une aristocratie. Rome ne se libère de l’emprise étrusque que vers 475-470, avant de se replier sur elle-même.

Les rois romains 

L’historien romain Fabius Pictor (vers 260 av. J.C.) établit une chronologie royale selon laquelle sept rois avaient régné sur Rome, depuis la fondation de la ville en -753 jusqu’à la révolution de -509 qui a chassé le dernier souverain pour instaurer la République romaine. Selon lui, la période royale couvrait 7 générations de 35 ans. A défaut de toute autre source, tous les historiens suivants, antiques et modernes, reprirent cette liste de rois.

Rois romains

NomDates de règneOrigine
Romulus-753 à -716Latin
Numa Pompilius-715 à -673Sabin
Tullus Hostilius-672 à -641Latin
Ancus Martius-641 à -616Sabin
Tarquin l’Ancien-616 à -575Étrusque
Servius Tullius-575 à -535Étrusque
Tarquin le Superbe-535 à -509Étrusque
Porsenna-509Étrusque

Les quatre premiers souverains furent alternativement Latins et Sabins, et les trois derniers, d’origine étrusque. La tradition ici ne parvenant pas à cacher la domination sabine puis étrusque des origines de Rome. 

LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

La république (Du latin res publica, « la chose publique ») est fondée à Rome en 509 av. J.-C.. Elle fait suite à la monarchie dont le dernier représentant, Tarquin le Superbe, a été chassé du trône lors d’un véritable coup d’État. La République prend fin en 31 av. J.-C. lorsque le Sénat confie au général Octave la direction de l’État. C’est ce qu’on appelle l’Empire. 

En 509 av. J.-C., le dernier roi Tarquin le Superbe est chassé par Lucius Junius Brutus à la suite d’un viol perpétré sur Lucrèce, épouse de Lucius Tarquinius Collatinus par Sextus Tarquin, fils du roi. Tarquin Collatin et Brutus soulèvent la population contre le roi. Tarquin se réfugie dans la cité latine de Tusculum, tandis que le pouvoir est partagé entre Brutus et Tarquin Collatin[1]. Les événements se succèdent avec rapidité : Tarquin Collatin s’exile à Lavinium pour écarter de Rome la race des Tarquins. Brutus fait exécuter ses propres fils, coupables de complot pour rétablir Tarquin, puis est tué en 508 en combattant Aruns, fils de Tarquin. 

vers 508, Porsenna, roi de la cité étrusque de Clusium intervient à Rome, en vain contre l’opposition farouche des Romains 

En -499 (ou en 496), Rome s’impose contre les cités latines coalisées, les bat à la bataille du lac Régille et impose la création d’une fédération, la Ligue latine. 

La République romaine connaît des débuts difficiles. Membre de la ligue des peuples latins, elle en prend le contrôle, déjoue la menace étrusque et repousse les attaques des peuples montagnards de l’intérieur. L’invasion gauloise de 390 n’est qu’une brève catastrophe, sans doute bénéfique dans la mesure où elle affaiblit les cités étrusques au nord.  

Couples de danseurs étrusques Fresques de la nécropole des Monterozzi, à Tarquinia. L’image de gauche, de ~480-~470, est conservée au Musée national de Tarquinia. L’image de droite, du caveau des Lionnes, date de ~530. 

LA LUTTE POUR LA SURVIE (VERS 500-350)

Enserrée sur un territoire réduit, Rome mit un siècle et demi, du début du Ve siècle à la première moitié du IVe siècle, pour pacifier et dominer son voisinage ; elle y parvint laborieusement grâce à ses capacités de mobilisation et avec l’aide des autres cités Latines. 

La figure du légionnaire romain, citoyen tour à tour paysan et soldat est exemplaire pour le légendaire Cincinnatus, qui en 458 abandonne ses travaux des champs pour battre les Èques et les Volsques en seize jours, et retourner ensuite à sa charrue. Dans une réalité plus historique, le soldat romain est un propriétaire terrien suffisamment aisé pour s’équiper à ses frais, incorporé selon les besoins lors de la réunion des comices centuriates sur le Champ de Mars. 

L’activité guerrière s’inscrit dans le calendrier romain, comme une activité saisonnière. Elle commence au 19 mars par les danses sacrées des prêtres Saliens et la purification de l’armée au Champ de Mars, et s’achève le 19 octobre par l’armilustrum, la purification des armes. En théorie, toute action guerrière contre un adversaire est précédée de l’énoncé par les prêtres fétiaux des revendications romaines. Le respect de ce rituel garantit une guerre juste, en accord avec les dieux, mais d’après Andreas Zack sa pratique a été assez rare (cf. l’article fétiaux). Le vote des comices centuriates intervient aussi dans les déclarations de guerre et la passation des traités. 

La Ligue Latine 

Le passage de la royauté à la république ne change pas l’attitude de Rome face à ses voisins : l’alliance avec Gabies est maintenue, et la Rome républicaine s’est alliée dès ses débuts aux autres cités latines, au sein de la Ligue latine, coalition guerrière avec des règles définies de partage du butin entre ses membres. Selon les récits des historiens antiques, c’est Rome qui dirige cette Ligue, les historiens modernes sont plus circonspects, car d’autres cités comme Tusculum, Ardée, Lavinium, Aricie disputaient cette suprématie. 

Les adversaires 

Les adversaires des Latins sont quant à eux les peuples des collines et des proches montagnes, à une ou deux journées de marche seulement : les Herniques, les premiers soumis, puis vers 448 les Sabins pourtant apparentés selon l’histoire des origines, les combatifs Eques et Volsques. Les historiens modernes font le parallèle entre les attaques de ces peuples sur le Latium, et celles des Samnites sur la Campanie, avec dans les deux cas l’hypothèse de tentatives d’expansion de tribus montagnardes vers des zones plus prospères, sous l’effet de leur pression démographique. 

Rome est aussi à la frontière des domaines étrusques, qui commencent sur l’autre rive du Tibre. Les relations établies avec les cités étrusques varient de l’une à l’autre : Rome s’oppose plusieurs fois à Véies et sa colonie Fidènes qui contrôle à 10 km en amont un gué sur le Tibre et verrouille la via Salaria vers la Sabine. Rome parvient difficilement à s’emparer de ces deux cités en 426 (Fidènes) et en 396 (Véies). Inversement, Rome entretient de bonnes relations avec la riche et puissante Caere (Cerveteri) : lors de l’attaque des Gaulois en 390, Rome mit en sûreté à Caere les vestales et tous les objets sacrés. 

Vers l’an 400, Rome et les cités latines sont parvenues à soumettre les proches voisins. Elles créent plusieurs colonies militaires (Tibur, Préneste, Antium, etc.) qui surveillent ces peuples. 

Le raid gaulois de 390 est un choc terrible, Rome et d’autres villes étrusques et latines furent pillées ou rançonnées. Mais ce n’est pas une invasion, les Gaulois repartent avec leur butin. Rome se relève de ses ruines, et parvient dès 378 à se doter d’une muraille imposante en tuf et à reconstruire ses monuments. 

Rome rencontre pendant la période -390 à -348 de nouvelles difficultés dans le Latium. Les peuples Volsques et Eques ont en effet repris les armes contre Rome, profitant de son affaiblissement momentané pour reprendre leur liberté. Les Romains signent une alliance avec les Latins et les Herniques pour faire face à la menace en -378. Durant cette période, Rome remporte d’importantes victoires militaires, notamment sous le commandement de Camille. En -358, lors du renouvellement de l’alliance avec les Latins et les Herniques, Rome a rétabli son hégémonie sur le Latium, les Volsques et les Eques.  

L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE

Le développement de l’agriculture constaté depuis le Xe siècle se poursuit : les zones cultivées du Latium s’étendent grâce à l’assainissement des marais par le creusement des cuniculi dont ont trouve encore les vestiges ; la culture des céréales pauvres (épeautre et orge) est remplacée par l’introduction du froment (triticum æstivum) vers le milieu du Ve siècle (selon Verrius Flaceus (Pline l’Ancien, Hist Nat, XVIII, 62). Malgré ces progrès, des périodes de disette surviennent, il faut importer alors du blé depuis l’Etrurie et la Campanie, et parfois depuis la Sicile. 

CONQUÊTE DE L’ITALIE (350-264)

Les guerres samnites 

En -354, Rome s’allie aux Samnites,une puissante confédération installés dans l’Apennin du sud. Le traité délimitait les zones d’influence respective et prévoyait une coopération en cas d’agression extérieure. Mais lorsque Rome reprend l’ancien objectif des Étrusques de conquête de la riche Campanie, Romains et Samnites sont désormais concurrents. 

Ils se font trois guerres de 343 à 290. La seconde guerre samnite est la plus acharnée : les Romains portent la guerre au coeur du territoire samnite, non sans mal (défaite des Fourches Caudines en 321) tandis que les Samnites s’allient avec les Étrusques, les Ombriens et des groupes de Gaulois qui continuent leurs incursions en Italie centrale. 

Combattant sur plusieurs fronts à partir de 302, Rome effectue des campagnes en Étrurie et en Ombrie, et en pays samnite. Défaits à la bataille de Sentinum en -295, puis à la bataille d’Aquilonia en -293, les Samnites capitulent en -290. Tous leurs alliés sont également battus, l’avance romaine est irrésistible : Sabins, Ombriens, Étrusques, Aurunces, etc. sont soumis. Rome domine toute l’Italie centrale jusqu’à l’Adriatique, et est maintenant en contact direct avec les cités grecques de la Grande Grèce. 

Soumission des cités grecques 

En -280, Rome intervient dans les affaires des cités grecques de l’Italie du Sud, menacées par les populations indigènes de la région. Une garnison constituée de soldats de Capoue, alliée de Rome, est installée à Rhegium (Reggio de Calabre), Rome intervient aussi à Locres, à Thurioi. 

A Tarente, la plus puissante des cités grecques, l’aristocratie est favorable aux Romains. Le parti démocrate fait appel à Pyrrhus Ier, roi d’Epire pour faire face aux Romains. 

En -280, Pyrrhus débarque en Italie. Ses victoires à la bataille d’Héraclée et celle d’Ausculum n’ébranlent pas les Romains, qui finissent par le vaincre en 275 à la bataille de Maleventum Bénévent. Les Romains prennent le contrôle des cités grecques de l’Italie du sud. Ils assiégèrent Tarente qui tombe en -272. 

La soumission de la Lucanie, la prise de Brindisi en 267, la destruction de la cité étrusque Volsinies en 265 achèvent la conquête de la botte italienne. Désormais, toute la péninsule du détroit de Messine jusqu’à une ligne reliant Pise à Rimini passe sous contrôle romain.  

Organisation de l’Italie romaine 

Les termes courants de conquête et de domination romaine sur l’Italie cachent une réalité plus complexe : l’organisation d’un état centralisé est alors inconnue du monde romain, il est plus exact de parler de suprématie, établie aussi bien par l’anéantissement complet (destruction de villes comme les étrusques Véies, Volsinies, massacre de la pentapôle des Aurunces), que par des alliances imposées (Tarquinia) ou consenties (Capoue, Clusium, cités grecques du sud).

La domination directe romaine ne s’exerce que sur l’ager romanus, petite fraction de l’Italie centrale (essentiellement le Latium et la Sabine). L’Italie est une mosaïque de cités et de peuples dont les relations avec Rome sont organisées par un foedus, traité négocié ou imposé au cas par cas et plus ou moins favorable pour le partenaire de Rome. Chaque cité dispose de son territoire et de son autonomie interne, selon une hiérarchie de statut convenu, accordé ou imposé par le Sénat romain : 

  • les municipes de droit romain, colonies romaines dont les citoyens jouissent des mêmes droits que les Romains 
  • les municipes de droit latin, dont les citoyens disposent de la citoyenneté romaine sans droit de vote à Rome, mais qui choissent leurs magistrats 
  • les préfectures (Praefecturae) : municipe de droit latin dirigée par un délégué (praefectus) du préteur urbain de Rome 
  • les villes alliées ou fédérées (civitates foederatae) 
  • les villes soumises par la force et payant un tribut à Rome 

Renforcement militaire de Rome 

Ce système de traités impose une politique de paix ou de guerre commune, donc à l’initiative de la cité la plus importante, Rome. Tout menace ou attaque sur une cité italienne détermine une réaction romaine, qui organise la défense en mobilisant ses légions, et en réquisitionnant des troupes auxiliaires et des approvisionnements chez ses alliés. En cas d’urgence, les capacités de mobilisation de Rome sont désormais considérables : en 226, face à la menace d’une invasion gauloise sur l’Italie, Rome mit sur pied près de 800 000 hommes, selon un relevé transmis par Polybe.

L’armée romaine a connu plusieurs défaites, dont elle a sut tirer des leçons : l’armement individuel s’améliore par l’emploi du pilum, emprunt présumé fait aux Samnites, et la cotte de mailles, copiée des Gaulois. Les combats contre Pyrrhus et ses éléphants font progresser la mobilité des manipules dans la formation en ligne de bataille, et l’habitude de fortifier à chaque étape le camp romain s’établit. La légion romaine devient de plus en plus efficace.

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