Claude


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Décrit par Suétone comme un instable doublé d'un sot, Claude avait cependant l'esprit assez vif pour diriger un Empire en pleine évolution. Sous son règne, Rome fut prospère, et s'enrichit d'une nouvelle bureaucratie.

L'histoire de Tiberius Claudius Drusus Successeur de Caligula (vers 41 apr. J.-C.) nous a été rapportée par Suétone. Lorsqu'un Prétorien arpentant les corridors du palais le découvrit, le fils de Drusus, également neveu de Tibère, petit-fils de Marc Antoine et de Livie, se jeta à ses pieds et demanda qu'on épargne sa vie. Ce n'était pas un excellent début pour un empereur. Claude avait cependant de bonnes raisons de s'inquiéter: après l'assassinat de son neveu Caligula, une vague de meurtres perpétrés par les loyaux prétoriens déferla sur Rome.

Par chance, Claude avait été découvert par l'un des gardes prétoriens opposés aux ambitions du Sénat de sauver la République. Ce soldat, dont le nom reste inconnu s'occupa de Claude et le poussa vers ses compagnons de la Garde. Indifférents à sa mauvaise réputation, ils le proclamèrent empereur le 25 janvier 41 apr. J.-C, le lendemain même de la mort de Caligula. 

Le Sénat ne put empêcher son accession au trône. Surtout, les rares sénateurs qui connaissaient ses talents cachés d'historien de la République pensaient que le gouvernement du nouvel empereur leur serait favorable. Bien qu'il eût du sang des Jules par sa grand-mère Octavie, Claude qui n'avait jamais été adopté par cette famille restait un Claude, autre famille qui avait également les faveurs du Sénat. Cela ne l'empêcha en rien d'adopter le nom de César.
Le Colisée à Rome au 1er siècle ap. JC Aux yeux du Sénat, Claude n'était pas le candidat idéal pour régir le monde civilisé. Né à Lyon en 10 av. J.-C, une paralysie contractée durant son enfance lui laissa un physique ingrat. On le décrit la bave aux lèvres, le nez qui coulait, bégayant et tremblant. Ses parents, embarrassés, le firent élever loin des regards, une solitude qui lui donna l'occasion de s'instruire. Ainsi devint-il un historien auteur de livres sur les Étrusques, les Augustes et d'une histoire de Carthage. Aucune de ces œuvres n'a survécu.
En dépit de ses handicaps apparents, Claude fut un empereur étonnamment efficace, régnant avec poigne sur l'administration, la fiscalité et la législation. Son autorité s'appuya sur une expansion constante - en dehors de l'invasion de la Bretagne. Il poursuivit le programme de réformes civiles de César et d'Auguste. Il confia les tâches autrefois assumées par des magistrats élus à un groupe de plus en plus important de fonctionnaires. Ceux-ci étaient en général recrutés dans les rangs des affranchis et des esclaves de Claude, et donnèrent naissance à l'administration impériale. Ses secrétaires Pallas, Narcisse, Calliste et Balybe participaient parfois aux sessions sénatoriales en son nom.  

Cette centralisation croissante de la bureaucratie fut hâtée par plusieurs famines en partie provoquées par les détournements de blé effectués par des responsables de l'ordre des équités ("chevaliers"). Claude réforma les institutions alimentaires et s'efforça d'augmenter la productivité agricole. Il fit achever la réalisation de deux aqueducs commencée sous son prédécesseur, et construire un port en eau profonde à Portus, près d'Ostie. Il fit aussi drainer le lac Fucine afin d'obtenir de nouvelles terres agricoles. Un projet d'envergure qui dura onze ans et mobilisa trente mille hommes, en vain (le projet se révéla inefficace). 

A l'inverse de ses succès politiques, la vie privée de Claude fut désastreuse. Une future épouse mourut le jour de son mariage. Puis Claude divorça de ses deux premières femmes, Plaida Urgulanilla et Aelia Paetina, fit exécuter la troisième, Messalline, après qu'elle l'eut trompé, et il fut finalement empoisonné par la quatrième, Agrippine la Jeune. Dans ses relations avec les autres, Claude était maladroit et grossier, et affichait une fascination morbide pour l'agonie des gladiateurs lors des jeux qu'il patronnait. Son attitude face à la religion était réactionnaire, mais sa politique étrangère, habilement organisée, fut couronnée de succès. Cette personnalité complexe et contradictoire s'exprima pleinement lors de ses prises de position face aux juifs. Se sentant coupable de les avoir bannis de Rome, en réaction peut-être aux troubles fomentés par les chrétiens, il confirma leurs droits dans d'autres lieux. Il lança aussi un appel aux juifs et non-juifs d'Egypte afin qu'ils mettent fin à "l'hostilité destructive" qui régnait entre eux.


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