La conquête des îles Britanniques


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En 43 après J.-C, l'armée romaine débarqua dans le Kent et y établit une tête de pont, créant ainsi les conditions d'une opération militaire qui allait bientôt se transformer en une stratégie de conquête. Malgré l'opposition féroce des Celtes, les Romains envahirent le sud de l'île de Bretagne, étendant et consolidant leur pouvoir sur tout le pays. L'occupation romaine allait durer près de quatre siècles, qui marqueront la fin du style de vie des Celtes presque partout, sauf dans les régions les plus reculées des îles Britanniques.

Le roi des Atrébates, Vérica, fit appel à Rome en 43 après J.-C. pour venir à son secours dans la guerre qui l'opposait à la tribu voisine des Catuvellauni. L'empereur romain Claudius, comprenant que cette demande lui offrait la possibilité d'acquérir la gloire militaire, réunit alors une force de quatre légions qu'il envoya dans le nord-ouest de la Gaule. Il s'agissait des légions Auguste II, Gemina XIV et Valeria XX venant de Germanie et de Hispania IX qui arrivait de la frontière de la Dacie, troupes venant de la province batave, de la Thrace, de la Dacie et de Germanie comprenant de la cavalerie. Le général romain vétéran Aulus Plautius commandait le corps expéditionnaire.

Les navires romains firent traverser la Manche aux forces de Plautius et les débarquèrent au port qui est aujourd'hui Richborough, dans le Kent. Ils rencontrèrent une faible opposition des Celtes et, après avoir fortifié leur tête de pont, ils organisèrent leur base. Plautius marcha vers le nord-ouest à travers les territoires des Cantii. La tribu et ses alliés belges établirent une ligne de défense le long de la Medway, mais ils furent repoussés au-delà. Les Romains continuèrent leur avancée vers la Tamise où une seconde force celte fut défaite. Selon des historiens romains, au cours de ces deux batailles, Plautius utilisa ses troupes auxiliaires pour donner l'assaut, gardant ses légions de vétérans en réserve à l'arrière.

Partant d'un camp fortifié établi sur la rive sud de la Tamise, les forces romaines traversèrent la rivière à gué ou utilisèrent des bateaux pour installer un autre camp fortifié sur la rive nord de la Tamise, à l'emplacement de l'actuelle Londres (probablement proche de la Tour de Londres). Là, ils attendirent des renforts et des approvisionnements. En août, l'empereur Claudius visita son armée, escorté de sa garde prétorienne- Sous son propre commandement, l'armée marcha sur la ville fortifiée de Camulodrmum (Colchester), capitale des Catuvellauni. La capitale tomba et, dans ses murs, Claudius reçut la reddition officielle de chefs de tribus brittonnes.

DIVISER POUR CONQUÉRIR

Au début de 44 après J.-C, les Romains se divisèrent en trois colonnes. Tandis que Valeria XX restait à Colchester, Augusta II faisait mouvement vers l'ouest et occupait les territoires du peuple qui avait appelé Rome à la rescousse, ses alliés d'autrefois, les Atrébates. Quant à Germina XIV et Hispania IX, elles prirent ensemble la route du nord-ouest dans le territoire des Cornovii. Au cours des quelques années qui suivirent, les légions soumirent les Dobunni et les Durotriges, occupèrent plus de vingt villes et grands villages et conquirent l'île de Wight.
Leur action la plus spectaculaire fut la prise de la motte fortifiée de Maiden Castle, dans le Dorset, qui datait de l'âge du fer celte. Les archéologues ont découvert des preuves irréfutables de carreaux de catapultes et du matériel de siège. Vers 47 après J.-C, les Romains avaient conquis le sud de l'île de Bretagne, de la Severn à l'ouest à l'Humbcraunord. 

Pendant les douze ans qui suivirent, les Romains consolidèrent leur emprise sur les Brittons et étendirent leurs frontières. Des campagnes contre les Silures entraînèrent l'assujettissement de ce qui est aujourd'hui le sud du pays de Galles, tandis que des opérations similaires dans le nord chassaient les Brigantes de la Humber au golfe de Solway. Une autre campagne contre les Ordovices au nord du pays de Galles, le long de la Mersey, se heurta à une résistance désespérée des Brittons. Une suite de campagnes dans le centre du pays de Galles n'arriva pas à déloger les Celtes de leurs bastions montagnards et, en 59 après J.-C, le gouverneur romain Suetonius Paulinus déploya deux légions au nord du pays de Galles dans la plus grande démonstration de force depuis l'invasion. 

L'apogée de ces deux ans de campagne fut la réduction d'une série de positions celtes fortifiées qui se termina par la chute de l'île de Mona (Anglesey). Un assaut amphibie à travers le détroit de Menai rencontra une plus forte résistance mais, finalement, les défenseurs furent écrasés, les druides massacrés et les lieux sacrés des Celtes détruits. La fin des combats dans le pays de Galles sembla marquer l'écrasement définitif des Brittons. Les Romains n'étaient pas préparés à la révolte qui allait bientôt éclatée.

LA RÉVOLTE DE BOUDICCA

Des Iceniens étaient une tribu belge qui occupait une partie de l'est de l'île de Bretagne (ce qui est actuellement le Norfolk et le Sufïblk). A la suite de l'invasion initiale de l'île par les Romains en 43 après J.-C, le roi des Iceniens Antedios fit alliance avec les envahisseurs, s'assurant de cette façon que son pays serait épargné. Pour étendre leur conquête, les légions romaines quittèrent Colchester en 49 après J.-C, ne laissant dans la ville qu'une petite garnison. Les Romains désarmèrent les Icémens, précaution qui causa du ressentiment des guerriers de la tribu. .
Boudicca Le roi Antedios considéré par les plus impétueux comme un jouet entre les mains des romains, fût évincé sur le champ, bien que Pratsutagos - le successeur d'Antedios- ait renouvelé le traité montra bien moins proromain que son prédécesseur. Après la mort de Pratsutagos en 60 après J.-C, le gouverneur romain Suetonius Paulinus fut informé que les Iceniens avaient l'intention de rompre leur traité. Le gouverneur décida donc d'annexer le pays des Iceniens et fit venir des administrateurs coloniaux pour renforcer la domination romaine.
L'autorité de ces agents romains mit les Iceniens en colère, et l'ambiance politique devint insupportable. La reine Boudicca, la veuve de Pratsutagos, qui avait été malmenée par les Romains pour avoir critiqué leur administration devint rapidement l'instigatrice d'une vaste révolte contre les occupants. On l'a longtemps représentée avec un char. C'est ainsi que la montre une célèbre statue en bronze de Londres. 

LES ATROCITÉS CELTES

Les trinnovantes, qui occupaient l'actuel Essex, s'unirent aux Iceniens, et marchèrent avec eux vers le sud, sur Colchester. Comme le gouverneur romain et toutes ses légions se trouvaient à l'ouest et au nord de la province, personne n'arrêta Boudicca. Colchester était principalement une ville romaine, colonisée par d'anciens soldats et leurs familles. Tandis qu'un petit groupe se réfugiait dans le temple de Claudius, le reste de la population, soit 3 000 personnes environ, fut massacrée. Puis le temple fût encerclé et incendié.

Une force de renfort de 2 000 légionnaires et cavaliers de l'armée Hispania IX vint réprimer la révolte, mais tomba dans une embuscade au nord-est de Colchester. Seule la cavalerie en réchappa. Tandis que les places fortes étaient pillées et brûlées, les civils romains se sauvaient par la mer pour atteindre la Gaule ou fuyaient vers le sud, car des récits d'atrocités commises par les Celtes se répandaient un peu partout, semant la panique dans la province.

Quand la nouvelle de la révolte parvint à Suetonius Paulinus, au pays de Galles, il réunit une force de 10 000 légionnaires et de 4 500 auxiliaires, dont des cavaliers de la Germina XIV et des éléments d'Augusta II et de Hispania IX. Après une série de marches forcées le long de la route romaine connue sous le nom de Watling Street, Paulinus atteignit Londinium avant Boudicca, mais décida de se replier vers le nord. Selon Tacite, il " décida de sauver la situation en sacrifiant une seule ville".

Boudicca envahit donc la ville et massacra la population en bloc avant de se diriger vers le nord pour prendre Verulanium (mais cette fois, prévenue à l'avance, la population s'était enfuie). À nouveau Paulinus se déplaça pour contre-attaquer Boudicca, et trouva son armée le long de l'Anker, près de la ville actuelle de Lichfield. Bien que dépassé plusieurs fois en nombre, Paulinus utilisa le terrain à son avantage. Il arrêta la première charge des Brittons, puis les repoussa afin qu'ils se trouvent pris au piège de leur campement et de leur équipement. Incapables de manœuvrer, les Brittons furent réduits en pièces. La révolte s'éteignit et Boudicca se suicida.

Cependant, ce soulèvement avait effrayé les Romains et des forces neuves, venues de la frontière de Germanie, furent expédiées sur l'île. Tandis que les légionnaires se vengeaient en ravageant les terres des tribus qui s'étaient révoltées, les autorités prenaient les mesures qui s'imposaient afin qu'une telle situation ne puisse plus se reproduire : les défenses des forteresses et des villes furent renforcées. En dépit de sa victoire, Suetonius Paulinus fut rappelé par Rome.

Petronius Turpilianus, le successeur de Paulinus, était moins vindicatif, et durant les années suivantes, il assura le pouvoir de Rome dans la province sans avoir recours à la politique trop brutale qui avait amené la révolte. La paix régna dans cette province, et des liens commerciaux florissants s'établirent progressivement entre les tribus brittonnes et l'Empire romain. 

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