La fin de la république


7 min lu

CESAR ET LA GUERRE DES GAULES

En Gaule, les talents de César en tant que stratège, tacticien et diplomate commençaient à être connus. Au cours d'une campagne de sept ans contre les Celtes et les Germains, il intrigua, s'allia et se battit maintes et maintes fois jusqu'à la victoire.

Une opportunité de conquête se présenta à César en 58 av. J.-C. Les Helvètes étaient menacés par les Suèves, tribu du Nord alliée des Daces de l'Est. Ils demandèrent à Rome la permission de traverser la Gaule transalpine qui était une province romaine depuis 120 av. J.-C. - par les terres des Allobroges voisins - pour aller en Gaule. La situation en Gaule était instable et affectait les intérêts romains. César ne donna donc pas son accord. Les Helvètes n'en tinrent pas compte, se dirigèrent vers l'ouest et pénétrèrent sur les terres des Séquanes gaulois. César fit un sombre tableau de la situation au Sénat qui lui permit de partir dans la région du Rhône avec quatre légions. Il fut rejoint peu après par trois autres légions qui stationnaient pour l'hiver en Gaule cisalpine.

La même année, à la bataille de Bibracte, les Romains battirent les Helvètes et leurs alliés, et les repoussèrent dans les Alpes suisses. En reconnaissance, des chefs celtes, favorables aux Romains, appuyèrent César pour que le Sénat le nomme Protecteur des Gaules. A cette époque, les Gaulois étaient menacés par l'ambitieux Arioviste de la tribu des Suèves. César, magnanime, se porta à leur secours et marcha vers l'Alsace avec sept de ses légions. Au cours d'une autre bataille décisive dans les Vosges, en 58 av. J.-C, il repoussa les Germains au-delà du Rhin et sauva la Gaule d'une invasion barbare.

L'armée romaine prit ses quartiers d'hiver. Mais au printemps 57, elle alla défendre les Renies gaulois contre les Belges qui les menaçaient. César attaqua chacune des onze tribus belges avant qu'elles ne puissent réunir leurs forces. Deux d'entre elles - les Nerviens et les Aduatuques - le mirent en échec lors d'une attaque surprise. Cette bataille faillit tourner au désastre pour les Romains, mais l'infatigable général rassembla ses troupes, lança une contre-attaque et finit par remporter la victoire à la bataille de la Sambre. César demanda alors la soumission des Vénètes, peuple du nord-ouest de la Gaule.

Entre deux campagnes, César regagna la Gaule cisalpine pour rencontrer ses homologues du triumvirat et faire avancer leurs affaires. Il fallait impérativement que son commandement soir prolongé pour une période de cinq ans, ce que Crassus et Pompée, réélus consuls, étaient en mesure d'imposer.

LE PASSAGE DU RUBICON

En 55 av. J.-C., César repoussa une autre invasion germanique. Puis il lança une mission de reconnaissance en Bretagne en vue d'attaquer les tribus belges installées de l'autre côté de la Manche. Cette invasion fut interrompue par un soulèvement en Gaule centrale, mené par Vercingétorix, un chef de la tribu des Arvernes. Perspicace et réaliste, il avait opté pour la guérilla afin de harceler les Romains. Mais il fit l'erreur de lancer un engagement à grande échelle, croyant que les légions se retiraient en Gaule transalpine. César fit demi-tour et le força à se retrancher dans la forteresse d'Alésia.

Au cours de ce qui allait devenir le siège le plus célèbre de l'histoire ancienne, César encercla la ville. Puis il défit ce qui restait de l'armée gauloise retranchée derrière une double fortification que les Romains avaient construite. En 52 av. J.-C, Vercingétorix fut obligé de se rendre et fut exhibé à Rome lors de la parade triomphale de César. Il fallut encore une année pour pacifier complètement la Gaule ; le pays était devenu une province romaine. 

Puis César se préoccupa de la crise politique de son pays. En 52 av. J.-C, le Sénat réticent avait accordé un troisième mandat de consul à Pompée pour qu'il réprime les émeutes politiques de rue. Cette dictature virtuelle dépassait les limites fixées aux triumvirs par l'accord de Luques. En tant que gouverneur de Gaule, il fallait que César soit aussi élu consul pour prolonger son imperium et son immunité pour les cas - fort nombreux - où il commettait des actes délictueux en tant que gouverneur. Mais le Sénat contestait la légitimité de cette élection et voulait que César revienne à Rome comme simple citoyen. 

Malgré les promesses de Pompée qui disait tolérer les écarts par rapport à la loi, César ne lui faisait pas confiance, et ne pensait pas qu'il pût influencer le Sénat. En 49 av. J.-C, à la tête de ses fidèles légions, César envahit donc l'Italie en franchissant le Rubicon - frontière entre la Gaule cisalpine et l'Italie - et occupa Ariminum. César semble avoir voulu apaiser la situation. Une source nous apprend comment il considérait ce problème: "Ne pas franchir le Rubicon m'aurait apporté le malheur; mais le franchir apportera le malheur à tous les hommes." Toutefois, il n'allait pas perdre l'initiative par trop de prudence, et Pompée fut pris par surprise. Ce dernier choisit de ne pas lui faire face. Il se retira de l'autre côté de l'Adriatique et commença à rassembler ses forces dans les Balkans. 

LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE

En moins de cinq ans, Jules César réécrit ce que serait le destin de Rome en remportant des batailles décisives et en promulguant de nouvelles lois. Il devint pour certains de ses contemporains l'homme le plus dangereux du monde.

Dans une ville désertée par ses magistrats et dignitaires, César devint, sans combattre, le maître de Rome et de l'Italie. Sa première tâche fut de mettre un gouvernement sur pied. Il réalisa ce projet avant d'entrer dans la ville pour maintenir l'ordre et le respect des lois. Il essaya même de persuader Cicéron de revenir, mais l'orateur refusa, et finit par traverser l'Adriatique pour rejoindre Pompée.

Le premier acte de la guerre civile se déroula en Espagne, où Pompée avait encore une puissante armée. Espérant traiter avec lui avant qu'il ne puisse lever d'autres troupes en lllyrie, César se précipita en Espagne. Durant sa courte absence, Marc Antoine, un jeune tribun qui avait gagné sa faveur en Gaule, se vit confier le gouvernement de l'Italie.

Malheureusement, la cause de Pompée était défendue par de mauvais généraux. Lucius Afranius et Marcus Petreius se rendirent rapidement et dispersèrent les légions de Pompée. César se hâta de regagner l'Italie, où il fut réélu consul. Il s'engagea alors dans une tournée de missions diplomatiques pour restaurer l'autorité du gouvernement. Puis, à la fin de l'année 48 av. J.-C, il partit pour l'Orient. 

Ne parvenant pas à déloger les forces de Pompée dans Dyrrhachium, César marcha vers la Thessalie pour intercepter Metellus Scipio, le gouverneur de Syrie, qui tentait de rejoindre l'armée de Pompée. Pompée le suivit, et les trois forces s'affrontèrent durant l'été 48 à Pharsale, au Nord de la Grèce. Bien qu'ayant deux fois moins d'hommes, l'infanterie de César décima la cavalerie de Pompée et mit son armée en déroute. 

Pompée s'enfuit vers la côte. II s'embarqua pour l'Egypte dans l'espoir de rallier à sa cause les enfants du défunt roi Ptolémée Aulète qu'il avait autrefois fait couronner. Mais Cléopâtre et Ptolémée XIII ne l'aidèrent pas car ils craignaient peut-être plus César. Lorsque Pompée débarqua, il fut traîtreusement assassiné sur la plage. Sa tête fut remise à César, horrifié, lors de son arrivée à Alexandrie, en 47 av. J.-C. 

Lorsque la nouvelle de sa victoire à Pharsale parvint à Rome, César fut nommé dictateur pour une période indéterminée. Chef incontesté du monde romain, il se fit médiateur entre les différentes factions en présence à la cour d'Alexandrie, et finit par se ranger du côté de Cléopâtre. Il regagna Rome en passant par l'Asie Mineure, où il mata une révolte menée par le fils de Mithridate. Son séjour fut bref. En 46 av. J.-C, il se rendit en Afrique et battit les derniers partisans de Pompée à Thapse. 

LA MORT D'UN TYRAN

Ayant œuvré longtemps et durement pour accéder au pouvoir, César voulait en profiter. Fin 46 av. J.-C, il fut nommé dictateur pour dix ans. Et en 44 av. J.-C, il reçut le titre de dictateur à vie. Il était couvert d'honneurs par d'obséquieux sénateurs qui cherchaient à gagner ses faveurs. Son anniversaire devint jour de fête publique. Le mois de sa naissance fut renommé Jilius ("juillet") en son honneur. Le culte de Jules César était devenu une réalité quotidienne pour les citoyens romains.

Bien qu'il eût refusé le titre de rex, et rejeté la couronne qu'Antoine lui avait offerte en 44 av. J.-C. au festival des Lupercales, César adopta de nombreux ornements royaux. Il se mit à porter une toge pourpre, la couleur royale. On lui attribua le droit de s'asseoir sur un siège en or durant les réunions du Sénat et de porter une couronne en or elle aussi. Le fait que la reine Cléopâtre d'Egypte, la maîtresse de César, vienne s'installer aux alentours de Rome avec Césarion, le fils qu'elle avait eu de lui, aviva l'inquiétude des patriciens. Rome n'appréciait pas les monarques et, pour certains, c'en était trop.

Selon Cicéron, le complot fut ourdi par des conspirateurs qui avaient "le courage des hommes mais le discernement des enfants". En d'autres termes, ces conspirateurs étaient naïfs de penser que la mort de César permettrait de restaurer la République. Au jour convenu, les Ides (15) de mars 44, César se rendit au Sénat qui siégeait au Portique de Pompée. Là, au pied de l'énorme statue de Pompée, les comploteurs l'assassinèrent. César se doutait peut-être de ce qui l'attendait, car il ne se défendit guère - il avait même congédié ses licteurs un peu plus tôt. Il succomba sous les coups de vingt-trois poignards.

Après sa mort, Cléopâtre regagna l'Egypte avec Césarion, criant au meurtre et à la traîtrise. Bien que les motivations de l'assassinat aient été plus ou moins nobles, cet acte cruel et insensé déclencha la plus épouvantable guerre civile de l'histoire romaine et la République disparut à jamais. 

La mort de Jules César, par Vincenzo Camuccini

LEX JULIA MUNICIPALIS

César ne passa que quelques mois à Rome entre 49 et 44 av. J.-C. Il lança cependant un vaste programme de réformes politiques, sociales et administratives. Au-delà des projets qu'il étudiait au moment de son assassinat, on peut se demander ce qu'il aurait accompli s'il avait vécu.

Après les troubles politiques qui avaient bouleversé Rome et l'Italie, il fallait s'attaquer d'urgence à la pauvreté et aux dettes. En temps de conflit, les impôts montaient, mais peu de gens pouvaient les payer. Dès 49 av. J.-C, César diminua les dettes d'un quart en avertissant ceux qui bénéficiaient de cette mesure qu'il ne les supprimerait pas complètement, comme l'avaient fait des dictateurs populistes avant lui.

Il décréta que les propriétés seraient estimées aux niveaux d'avant guerre, et que le non paiement des loyers serait autorisé pendant l'année 48 av. J.-C. A Rome, le peuple bénéficiait de distributions gratuites de blé. Cela avait entraîné un vaste exode des campagnes vers la ville. En 48 av. J.-C, trois cent vingt mille personnes touchaient des allocations. César reprit les listes civiles et réduisit de moitié le nombre de bénéficiaires de ces aides.

La plupart des citoyens pauvres et des soldats libérés furent installés dans les colonies italiennes. Ainsi, quatre-vingt mille familles se virent offrir une nouvelle vie dans plus de vingt colonies récemment fondées, parmi lesquelles Carthage et Corinthe. Les soldats de César reçurent chacun cinq mille denarii lors de son triomphe en 46 av. J.-C, et les vétérans, des fermes et une prime.

Cette forme de démagogie qui consistait à offrir la citoyenneté à beaucoup d'habitants des provinces conquises faisait partie d'une politique de romanisation, particulièrement en Gaule, en Espagne et en Afrique. Pour l'administration de cette vaste entreprise, il édicta des lois qui régiraient les nouvelles villes. La Lex Julia Municipalis devint la pierre angulaire et le fondement des administrations municipale et provinciale. Elle resta en vigueur jusqu'à la chute de l'Empire d'Occident.

Les grands voyages de César l'avaient convaincu que Rome ne resterait pas longtemps une cité-Etat. Il prévoyait le temps où la citoyenneté serait étendue à tous les peuples, et non plus seulement à Rome. Il pensait que ces peuples seraient liés à l'Empire romain et non plus à la ville de Rome. Un Empire de cette taille avait besoin d'un gouvernement élargi et viable. À cette fin, il fit passer le nombre des sénateurs de six cents à neuf cents. Il fit élire au Sénat de nouveaux citoyens venus des provinces. Comme beaucoup de ces nouveaux sénateurs lui étaient dévoués, cela ne fit que renforcer son contrôle sur le Sénat.

D'autres mesures étaient relatives à la question de la circulation dans la ville: les véhicules à roues furent interdits dans les rues durant la journée. Il réforma les lois sur la corruption, l'extorsion et la trahison. Et il mit fin au système des taxes de fermage dans les provinces, qui avait enrichi de nombreux membres de l'ordre équestre aux dépens du peuple. Les provinces allaient être gouvernées par des légats nommés par César lui-même, mais leur poste serait strictement encadré par la loi.

Dans Rome, de vastes chantiers de construction furent entrepris, ce qui fournit du travail à de nombreux ouvriers. Le plus imposant d'entre eux fut le nouveau Forum, qui comportait un édifice remis à neuf pour le Sénat, de nouveaux tribunaux, une bibliothèque et des temples de style hellénistique. Les travaux débutèrent en 54 av. J.-C. et s'achevèrent en 46 av. J.-C.

César s'attaqua également au calendrier romain qui n'était plus en harmonie avec les saisons, car les grands pontifes avaient omis d'ajouter des jours intercalaires tous les deux ans. Avec l'aide d'un astronome d'Alexandrie, César décida d'attribuer 445 jours à l'année 46 av. J.-C. A partir du ler janvier 45 av. J.-C, il fixa le nombre de jours de l'année à 365 et un quart. Une année bissextile fut intercalée tous les quatre ans. Cette réforme se maintint jusqu'en 1582, date à laquelle le pape Grégoire XIII opéra un léger ajustement et donna au calendrier sa forme définitive.

Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.