Stilicon et Alaric


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Les efforts de Stilicon au cours de la seconde moitié du IVe siècle et au début du Ve siècle illustrent à la fois l'attitude de l'Empire qui comptait maintenant sur des étrangers pour garder ses frontières et l'extension du chaos face à la pression des Barbares.

Le père de Stilicon était un Vandale, ce qui ne fit jamais du fils un authentique Romain, né en 359, il fut un excellent soldat. Il s'éleva rapidement dans les rangs de la cavalerie et devint un précieux conseiller de Theodose. En 384, son beau-fils épouse la fille adoptive de l'empereur, Serena. Les origines germaniques de Stilicon interdisaient tout accès à 1a pourpre, mais lorsque Theodose mourut, il en tira profit. Il invoqua le souhait de Théodose de prendre en main la tutelle de ses deux fils Honorius (vers 395 à 423) et Arcadius (vers 395 à 408), ce qui lui donnait le contrôle des deux Empires. Lorsque Rufin, ministre d'Arcadius, protesta Stilicon le fit assassiner.

En Occident, Stilicon avait assis sa réputation en triomphant de l'usurpateur Arbogast. Cependant cette victoire ne s'était accomplie qu'avec l'aide des Wisigoths, sous les ordres du roi Alaric, installé à la frontière nord de l'Italie. Les nouveaux alliés fédérés ne portaient que peu d'intérêt à Milan et à Constantinople. Mais Alaric revela ses intentions belliqueuses par une série d'incursions à l'intérieur de l'Italie (401-403). Stilicon, indécis, le renvoya en Illyrie. Les Wisigoths portèrent alors leur attention vers l'Orient, se livrèrent à des actes de violence à travers toute l'Illyrie et marchèrent sur Constantinople d'où Arcadius les chassa en échange d'un tribut.

Ils poursuivirent leur route en pillant la Grèce, en dépit d'un autre affrontement indécis avec des forces supérieures de Stilicon. Ce dernier voulait préserver la puissance d'Alaric et de ses troupes pour pouvoir faire pencher la balance en sa faveur vis-à-vis de Constantinople et lui fournir des recrues supplémentaires. Afin d'éloigner Stilicon des affaires d'Orient, Arcadius le nomma Magister militum (" gouverneur militaire ") de l'Ilyrie orientale, confirmant une position qu'il occupait par la force.

En Occident, les problèmes se multipliaient. Les Vandales et les Alains lançaient des incursions au sud du Danube. Et Radagaise, un Ostrogoth païen, dévasta la haute Italie en 404. Stilicon retira ses troupes des frontières déjà harcelées et les mobilisa en Italie. En 405-406, il se prépara à attaquer l'Empire d'Orient et s'allia avec Alaric en échange de son assistance militaire. Le plan et la rétribution des Wisigoths étaient acceptés quand de sérieux incidents sur la frontière du Rhin firent échouer le projet. 

ROME MISE À SAC

Une pression croissante des Huns sur leurs frontières orientales obligea les Vandales, les Alains, les Suèves et les Burgondes à profiter de l'hiver particulièrement rude de 406-407 pour traverser le fleuve gelé et gagner la rive ouest. À Mayence, la garde romaine sévèrement affaiblie était débordée : il n'y avait plus qu'à envahir la Gaule. Quelques semaines plus tard, Constantin, le commandant romain de la Bretagne, arriva en Gaule, officiellement pour traiter avec les envahisseurs barbares. Mais en fait il se nomma lui-même Auguste, sous le nom de Constantin III, installa sa cour à Arles et étandit rapidement son pouvoir sur l'Espagne.
Pillage de Rome en 410 par Alaric, roi des Wisigoths En plus de ces nouvelles menaces, Stilicon dut affronter Alaric dont les réclamations pour le paiement des services non rendus avaient été refusées par le Sénat. Alaric envahit donc une seconde fois l'Italie en 408 dans le but de neutraliser Stilicon. En Orient, Arcadius mourut la même année laissant pour successeur Théodose II, âgé de sept ans. Mais quand Stilicon tenta une fois encore d'imposer son autorité sur Constantinople, ses opposants de la cour de Milan l'accusèrent de complot afin de nommer empereur Eucherius, son fus. Avec l'accord d'Honorius, Stilicon fut exécuté et les familles des alliés germaniques fédérés qui avaient servi dans l'armée de Stilicon furent massacrées. Ces derniers, et ce qu'il restait des forces vaincues de Radagaise, n'eurent d'autre recour que de se ranger sous les étendards du roi des Wïsigoths Alaric. On les estima à trente mille.
Alaric assiégea Rome en 408 mais fut payé pour se retirer. Il revint l'année suivante et, bien que se trouvant à l'extérieur du mur d'Aurélien, il organisa un gouvernement fantoche. Lorsqu'il revint pour la troisième fois à Rome, en 410, des sympathisants lui ouvrirent les portes. Ses troupes assiégèrent une ville qui n'avait pas été envahie par des étrangers depuis huit cents ans. Les trois jours de pillages et d'incendies orchestrés par Alaric furent peu de choses comparés aux précédentes exactions des Romains. Puis, emmenant avec lui la demi-sœur d'Honorius, Galla Placidia, Alaric gagna le sud de l'Italie et se prépara à poursuivre sa campagne par une invasion de la Sicile et de l'Afrique du Nord, mais il mourut avant même d'avoir eu le temps de traverser la Méditerranée. 

 

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