3 - L' Afrique et le croissant fertile


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L'Egypte

La vie était difficile vers 11 000 av. Les glaciers au-dessus de l'Europe ont rendu la vallée du Nil froide et sèche, tandis que le fleuve était haut et sauvage. Les ressources devaient être rares. Aujourd'hui, le Sahara est l'un des endroits les plus secs de la planète, mais il n'en a pas toujours été ainsi. 

La fin de la dernière période glaciaire (environ 10 000 ans avant JC) a libéré de l'humidité dans l'atmosphère et des pluies estivales sont tombées sur le désert. Des lacs saisonniers (playas) se sont formés, supportant suffisamment d'herbe et de garrigue pour rendre la vie possible pendant les mois d'été. Vers 7 000 avant JC, le climat est devenu idéal pour la colonisation. 

Avec un approvisionnement en eau permanent et des prairies fertiles, les gens pouvaient rester dans le désert toute l'année. Ils ont construit des huttes, creusé des puits et fait des fosses de stockage pour contenir une variété d'herbes sauvages. Peu à peu, le climat est devenu sec et en 4 400 avant JC, les gens ont commencé à abandonner le désert pour s'installer dans les oasis et au bord du fleuve. 

Les premiers à atteindre Nabta Playa ont apporté avec eux certaines des premières poteries d'Afrique, et peut-être le premier bétail apprivoisé d'Afrique. Utilisés pour leur lait et leur sang, plutôt que pour leur viande, ces bovins complétaient un régime de gibier et d'herbes sauvages. Là, ils se sont mis à l'agriculture, une innovation du Levant, déclenchant des développements sociaux et technologiques qui ont conduit directement au début de la civilisation égyptienne vers 3 100 av. J.C.

Chypre (Akrotiri Culture)

Il n’y a jamais eu de pont terrestre pour relier Chypre au continent, donc toutes les arrivées devaient se faire par la mer, ce qui limitait l’accès. En raison de l’environnement insulaire et fragile d’une île comme Chypre, les colonies de chasseurs-cueilleurs n’auraient pas pu survivre à long terme. Les humains de cette période n’ont probablement visité que pendant des périodes sélectives avant de retourner sur le continent. 

Les premières preuves solides de l’activité humaine à Chypre proviennent d’Akrotiri-Aetokremnos, un site situé sur la côte sud-centrale de Chypre, à l’extrémité même de la péninsule d’Akrotiri. C’est contemporain de la période natufienne au Levant ainsi que de l’époque épi-paléolithique. Akrotiri est un abri troglodyte au sommet d’une falaise, à une cinquantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Il y a quatre strates à l’intérieur du refuge, deux avec des vestiges culturels. La strate la plus basse, le niveau 4, se trouve sur un substrat rocheux propre et est un mélange d’os d’animaux et de matériaux ashy, contenant 99 % du matériel de l’ensemble du site.

Photo d'aperçu du site d’Akrotiri-AetokremnosL'encart montre le rooffall recouvrant et protégeant les vestiges culturels 


La majorité des restes sont des os d’hippopotame pygmée, la plupart des autres étant ceux d’éléphants pygmées. Le niveau 3 est stérile, montrant une période d’abandon par les humains. Le niveau 2 montre des traces d’outils en pierre et plus de restes d’animaux. Le site ne semble être utilisé que périodiquement, étant abandonné puis ré-occupé. vers 8200 av. J.-C. Les premières communautés villageoises colonisées du néolithique acéramique précoce commencent à apparaître, alors que les premiers colons commencent à construire des formes plus sophistiquées d’abri. Cette progression dans l’adaptation de l’habitation nécessite également des progrès dans l’entreposage et la préparation des aliments. Ces progrès conduisent à la culture Khirokitia dans un millénaire.

Après la phase d’Akrotiri, il y a un écart d’environ mille ans avant l’apparition d’une culture néolithique acéramique vers 8200 av. J.-C. Les premières communautés agricoles ont migré vers Chypre au cours de cette période et ont introduit des plantes et des animaux domestiques. Une grande quantité d’obsidienne de ces sites suggère également un contact à l’étranger, très probablement avec l’Anatolie. Cela aurait été avec les gens de la Pré-Poterie Néolithique A, peu de temps avant l’explosion dans les migrations paysannes néolithiques vers l’Europe du Sud via la culture Sesklo.

Le croissant fertile

Le natoufien

Les chercheurs font généralement démarrer le processus de néolithisation avec le Natoufien, à la fin de l’Epipaléolithique. Cette phase constitue l’étape 1 de la périodisation établie par l’équipe de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée à Lyon  et a été subdivisée en trois périodes  : 

  • le Natoufien ancien (12 700 à 11 250 av. J.C.),
  • le Natoufien récent (11 250 à 10 200 av. J.C.)
  • le Natoufien final (10 200 à 10 000 av. J.C.).

Les populations natoufiennes étaient des chasseurs-cueilleurs dont l’économie reposait sur l’exploitation d’une grande diversité de ressources animales et végétales et dont l’outillage et l’armement lithiques se composaient en grande partie d’éléments composites fabriqués à partir de microlithes, comme leurs prédécesseurs du Kébarien géométrique. 

Industrie osseuse, poinçons. Provient du site de Mugharet el Wad (Israël), niveau B2. Fouilles de Dorothy Garrod Daté du Natoufien inférieur, v. 14500-13500 BP. Musée d'archéologie nationale.

Leurs implantations sont bien connues dans le Levant sud et sur le littoral méditerranéen alors qu’elles sont en nombre réduit et plus tardives au Levant nord, comme à Abu Hureyra 1 et à Mureybet IA sur le Moyen Euphrate. Les principaux traits singuliers de cette culture sont le développement des premiers « villages », sous la forme de maisons semi-enterrées construites en pierres, la relative abondance des sépultures primaires et secondaires, un mobilier lourd en pierre, et une occupation presque permanente, voire sédentaire, de certains sites comme Hayonim Cave et ‘Ain Mallaha. Le chien est le seul animal domestiqué.


Le Khiamien (10 000-9 500 av. J.-C.)

Le Khiamien est une culture mésolithique du Proche-Orient. Il marque la transition entre le Natoufien et le Néolithique au sens strict, tout en étant parfois rattaché à ce qu'on appelle le Néolithique précéramique A ou NPCA (PPNA).  Le Khiamien s'étend selon les auteurs entre environ 10 000 et 9 500 ans av. J.-C. Son nom vient du site archéologique d'El Khiam, au sud de la Cisjordanie. 

Tant d'un point de vue architectural que du mode de production, la plupart des caractéristiques de la période natoufienne se prolongent au Khiamien, qui est cependant marqué par un nouvel armement lithique, par une légère évolution des habitations, et par la « Révolution des symboles ». Du Natoufien, le NPCA hérite notamment des maisons rondes ou ovales aux murs de pierre, de pisé ou de briques. Néanmoins, de nouvelles recherches mettent en lumière divers éléments jusque-là ignorés et démontrent que, dans la partie centrale du Levant Sud, se développent plusieurs cultures dont le Sultanien et le Khiamien. Longtemps considéré comme une phase de transition entre le Natoufien et le PPNA, le Khiamien est depuis peu intégré au PPNA. 

Les sites à pointes d'El-Khiam en Palestine sont attribués au Khiamien et, géographiquement, s'étendent du delta du Nil au Moyen-Euphrate. Les principaux sites archéologiques relatifs au Khiamien sont Mureybet IB et II, Salibiyah IX et Hatoulah1. 

Même si les premières expériences agricoles ou de domestication animale semblent avoir lieu dans les alentours du Jourdain durant le Khiamien ou même au Natoufien, la chasse et, dans une moindre mesure, la pêche demeurent les sources principales de denrées animales. L’armement en pierre se transforme et l'on voit apparaître de nouvelles pointes de flèches, qui reflètent probablement de nouveaux modes de chasse : les pointes d'El Khiam. C'est à El-Khiam que sont découvertes les plus anciennes pointes de flèches en silex à encoches latérales, dites « pointes d’El Khiam ». Ces pointes constituent le fossile directeur de cette culture. Elles ont été découvertes dans des sites d'Israël, de Jordanie (Azraq), du Sinaï (Abu Madi), du Moyen-Euphrate (Mureybet IB-II).


Le néolithique précéramique PPNA (9 500 - 8 700 av. J.C.)

Le PPNA (Pre-Pottery Neolithic A, 9 500-8 700 BC) est traditionnellement considéré comme le début du Néolithique précéramique, mais certains chercheurs n’y voient aujourd’hui qu’un Protonéolithique. Cet horizon chronologique fait coexister plusieurs ensembles culturels et régionaux, le Sultanien dans le Levant sud, le Mureybétien dans le Levant nord, et le Qermézien, le Nemrikien et le Mléfatien en Djéziré. Même si les céréales (orge et blés) présentent toujours une morphologie de type sauvage, les premières pratiques agricoles y sont attestées par de nombreux indices indirects. On parle donc désormais d’« agriculture prédomestique ». 

Les villages sont clairement sédentaires et plus étendus, et des innovations apparaissent dans le domaine de l’architecture : les habitations circulaires du Khiamien laissent progressivement place à des structures rectangulaires grâce à l’invention du chaînage d’angle, les plans architecturaux se diversifient et l’espace villageois s’organise autour de grands bâtiments communautaires à fonction multiple (stockage, lieu de réunion et de célébrations) puis spécialisée à la fin du Mureybétien.

Le gibier exploité est encore très diversifié mais les équidés, les gazelles et les aurochs sont les plus représentés. Enfin, dans le domaine des représentations symboliques, un très riche bestiaire animalier s’y développe avec les figures principales du taureau, des panthères, des rapaces et des serpents, que l’on retrouve également à Göbekli, à 30 kilomètres au nord de la frontière turque, à la fin du PPNA et au début du PPNB ancien.

Vestiges d'un bâtiment circulaire à Gesher (Israël).

 

Néolithique précéramique PPNB (8 700 – 6 200 av. J.C.)

L’étape suivante du Néolithique précéramique, appelée PPNB dans tout le Levant, est subdivisée en quatre phases dans le nord du Croissant fertile : 

  • le PPNB ancien (8 700-8 200 av. J.C.),
  • le PPNB moyen (8 200-7 500 av. J.C.),
  • le PPNB récent (7 500-7 000 av. J.C.)
  • le PPNB final (7 000-6 200 av. J.C.).

Ces périodes correspondent au plein développement des économies de production et sont caractérisées sur le plan de l’armement par la dominance des grandes flèches pédonculées produites par un débitage bipolaire et dont le type le plus répandu est la pointe de Byblos. Le PPNB ancien est une période connue par les sites de Mureybet IVA, Cheikh Hassan et Dja’de el Mughara en Syrie du Nord, et Göbekli, Nevalı Çori, Cafer Höyük et Çayönü dans le sud-est de la Turquie, ainsi qu’à Shillourokambos à Chypre. 

Sur de nombreux points, cette culture est dans la continuité du Mureybétien. Le plan rectangulaire devient le modèle le plus commun pour les habitations et les techniques architecturales se complexifient avec notamment la construction de sanctuaires ou autres lieux cultuels. Le bœuf, la chèvre, le mouton et le sanglier commencent à être domestiqués mais la chasse occupe toujours une place prédominante. Le PPNB moyen du Moyen Euphrate voit se développer des pratiques socio-économiques et culturelles qui seront rapidement communes à tout Proche-Orient, même si des faciès régionaux peuvent encore être distingués. 

reconstitution de maisons d'Aşıklı Höyük (Turquie) 


Au Levant nord et en Anatolie orientale, l’occupation de certains sites comme Mureybet, Nevalı Çori, Çayönü et Cafer Höyük se poursuit ou survient après une longue phase d’abandon comme à Abu Hureyra, tandis que de nouveaux sites apparaissent comme Halula sur l’Euphrate. Les céréales sont de morphologie domestique et l’élevage des animaux d’embouche est parfaitement attesté. Au PPNB récent, les économies agricoles et pastorales sont parfaitement maîtrisées et forment la base essentielle du système de subsistance. Les échanges interrégionaux sont plus intenses que dans les périodes précédentes. De nouvelles céréales apparaissent en dehors de leur distribution naturelle, comme l’amidonnier, le blé nu et l’orge à six rangs sur le Moyen Euphrate et en Jordanie, l’engrain dans le Levant sud. Une brusque explosion démographique est nettement perceptible au PPNB récent au regard de la taille des villages et de la distribution des sites. L’architecture devient standardisée et la brique moulée est introduite en Anatolie et dans le Moyen Euphrate. La chaux et le plâtre interviennent généralement dans la réalisation des sols, des façades et des aménagements domestiques, et dans la fabrication des contenants mobiliers. 

A la fin du PPNB récent, les traits dominants du PPNB dans les domaines de l’architecture, les techniques de construction, la technologie et les moyens de subsistance changent peu mais la céramique est adoptée un peu partout au Proche-Orient. Seules les régions arides de Syrie et de Jordanie ne la possèdent pas encore et vont continuer à utiliser la « vaisselle blanche » (i.e. en plâtre). Pratiquement désertées durant une grande partie du Néolithique précéramique, ces régions sont alors reconquises grâce au nomadisme pastoral, un nouveau mode de vie socio-économique qui voit le jour à cette période. De nombreux sites ont en commun un assemblage lithique dominé par des burins d’un type particulier, les « burins du désert ». Le village d’El Kowm, dans la Palmyrène, s’en distingue notamment par la nature sédentaire de son implantation. Pour ces groupes de pasteurs sans céramique occupant l’intérieur du Croissant fertile, on parle d’une phase tardive du Néolithique précéramique, le PPNB.

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